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Migrations magazine n° 6
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L’ouverture des frontières à l’Est de l’Europe a rendu une nouvelle visibilité aux Roms, Tsiganes, Gitans voire aux Gens du voyage, puisqu’on amalgame souvent des populations qui ont pourtant des origines, des histoires et des cultures diverses. Cette nouvelle visibilité a réactivé des stéréotypes qui ont cours depuis toujours, serait-on tenté de dire : misérables, sales, marginaux, rétifs à toute norme, souvent mendiants, forcément voleurs... D’autres clichés nous sont plus contemporains : faux demandeurs d’asile et quémandeurs d’aide sociale, notamment.

Populations mal entendues, objets de malentendus. Elles ne sont pas les seules à subir le rejet et la discrimination, mais ils se manifestent à leur égard de façon particulièrement intense et violente. Il y a 70 ans, les nazis avaient décidé leur extermination. Aujourd’hui, des discours politiques anti-roms, tant à l’Est qu’à l’Ouest de l’Europe, entretiennent la croyance de leur nuisance. Expulsés par centaines, enfermés derrière des murs anti-roms, ils sont "ballottés entre des pays qui n’en veulent plus et d’autres qui n’en veulent pas".

"Roms, Tsiganes, Gitans : les malentendus" tente de dissiper ces malentendus, de déconstruire des croyances tenaces, de contribuer à lutter contre la stigmatisation.

07 mars : L’UE et la question rom

En prolongation de ce numéro, migrations|magazine organise le mercredi 7 mars une table ronde sur le traitement par l’Union européenne de la "question rom", avec Hélène Flautre, députée européenne, Martin Olivera, ethnologue, Caroline Intrand qui travaille au CIRÉ sur ces questions. Cette table ronde se tiendra à 20h à la Maison du Livre, 28 rue de Rome, 1060 Bruxelles. Elle s’inscrit dans le programme "Roms, Tsiganes, Gitans, gens du voyage… Entre mythes et réalités" (voir www.lamaisondulivre.be).

Édito : Un malaise européen

Aucune idée sur la différence entre un Gitan et un Rom, entre un Tsigane et un Manouche ? Vous ne savez pas plus s’ils vivent toujours en roulotte tirée par des chevaux ? Les « Roms » sont en fait une mosaïque de communautés très diverses dont les ascendants sont arrivés en Europe de l’Ouest dès le XVe siècle. Aujourd’hui, c’est la plus grande ethnie transnationale d’Europe et ils sont sédentaires à 80%. Depuis les années 1990, beaucoup de Roms d’Europe de l’Est migrent vers l’Ouest en quête d’une vie plus décente ou pour fuir les discriminations, voire les persécutions. Mais l’accueil est loin d’être optimal.

Leur premier défaut est d’être trop visibles, dans des bidonvilles au bord des autoroutes françaises, aux carrefours et dans le métro : mendiant avec leurs enfants, accordéonistes et misérables, peut-être voleurs. On ne sait pas vraiment d’où ils viennent, ce qu’ils font, s’ils sont vraiment pauvres et leur visibilité les rend vulnérables à la construction des préjugés.

Le second est d’arriver à un moment où l’Europe riche ferme ses portes, choisit ses travailleurs avec précaution, gagne des points sur les terres des discours nationalistes et xénophobes et en plus, subit des crises économiques à répétition. Des « étrangers » pauvres et repérables, différents ethniquement et culturellement, même s’ils sont européens, sont les cibles parfaites de gouvernements en recherche de légitimité sécuritaire. Pour peu qu’en plus, ils soient un peu délinquants...

Á l’heure où l’extrême droite hongroise, troisième force politique du pays, propose de construire des camps de haute sécurité pour parquer les Roms, « menace à la sécurité publique », on érige au sein même de l’Union européenne pas moins de sept « murs antiroms » pour séparer les ghettos roms de la population majoritaire, on expulse des familles de leurs campements par centaines, sans proposer de solution de relogement en Italie, France, Bulgarie, Serbie, Grèce, Roumanie, on continue à pratiquer la ségrégation dans les écoles en République tchèque et en Slovaquie, on laisse des crimes contre les Roms impunis, on incite à l’Ouest les pays de provenance des Roms à l’Est à empêcher ceux-ci de quitter leur territoire car ce sont de « faux demandeurs d’asile », on entretient, à l’Est comme à l’Ouest, à travers des discours politiques anti-roms la croyance de leur nuisance... « Leur situation dans tout le continent reflète ce que l’Europe a de plus négatif, en terme de discrimination exacerbée, de rejet, de racisme, d’impuissance à accepter et à gérer la diversité », dixit le Conseil de l’Europe.

Mais pourquoi ces Roms, ces Gitans, ces Tsiganes font-ils à nouveau l’objet d’un tel acharnement ? Sont-ils coupables d’autre chose que d’une culture non identique aux cultures majoritaires ? Sont-ils les boucs émissaires trop évidents d’une Europe en crise ? Depuis plus de 40 ans, le Conseil de l’Europe, et plus récemment la Commission et le Parlement européens se sont consacrés à la « question rom ». Les États membres de l’Union européenne devaient rendre à la Commission pour le 31 décembre 2011 un « Plan d’Action pour l’inclusion des Roms ». Nous verrons au printemps s’ils ont joué le jeu. Rien n’est moins sûr.

Parce que les discriminations dont sont victimes les Roms, les Tsiganes, les Gens du voyage sont tenaces et ont déjà conduit aux pires catastrophes il y a seulement 70 ans, il est plus qu’urgent de plonger dans la réalité tsigane d’aujourd’hui.

Caroline Intrand

P.S. :

Caroline Intrand travaille au CIRÉ sur la question des Roms et sur les politiques européennes.

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