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Philomène Le Bastard
Petit cours d’autodéfense en économie. L’abc du capitalisme
Jim Stanford (traduition de Nicolas Calvé/éditions LUX)
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Qu’est-ce que la dette publique ? D’où vient l’inflation ? Le profit est-il une source de progrès ? Le chômage est-il un mal nécessaire ? Que recouvre exactement le PIB ? L’État nuit-il à l’investissement ?

Des questions parmi tant d’autres qui taraudent le/la quidam ordinaire assailli-e jour après jour par des nouvelles incompréhensibles débitées par des « spécialistes » assermentés, jouant de formules cabalistiques pour, semble-t-il brouiller des pistes déjà floues.

Mystérieuse et confuse, l’économie est trop souvent mise hors de la portée de la majorité de la population qui cependant en fait les frais lors des crises qui, elles, sans aucun doute profitent à la minorité des décideurs capitalistes, les happy few du business mondial. Dans ce contexte, où les dés sont plus ou moins pipés ? Comment démêler le vrai du faux ?
Peut-on traduire les codes d’une science qui nous paraît obscure ?
Enfin doit-on être adopter une attitude de passivité ignorante devant les assertions des experts, agréés par les pouvoirs ? Sont-ils/elles les seul-es autorisé-es à répondre à des questions dont dépend pourtant l’avenir de tous et de toutes ?

Le Petit cours d’autodéfense en économie de Jim Stanford veut rompre ce déséquilibre qui perdure depuis des lustres grâce à l’analyse critique de situations concrètes, auxquelles s’ajoutent des synthèses expliquées par des schémas récapitulatifs.

Dans son Petit cours d’autodéfense en économie, Jim Stanford fait œuvre pédagogique en débarrassant cette discipline de la nécessaire artificialité destinée à des individu-es lobotomisé-es. Il était temps de dégonfler la baudruche ! Il démystifie les dessous des cartes du capitalisme et ses processus, souvent avec une ironie mordante, sans détours et avec un bon sens qui décourage les adeptes de discours alambiqués. Son objectif : être compris.

Un must de l’illustration économique, sans le langage jargonneux habituel, ni la glose des économistes patentés dont les figures de style obscures sont ici démontées.

Petit cours d’autodéfense en économie

L’abc du capitalisme

Jim Stanford (traduition de Nicolas Calvé/éditions LUX)

(Extrait)

Ne faites jamais confiance à un économiste

La plupart des gens considèrent l’économie comme un domaine hautement technique, hermétique, voire mystérieux, qu’il vaut mieux laisser aux experts en la matière, à savoir les économistes.

Comprendre l’économie ne devrait pourtant pas être si difficile. Après tout, la science économique s’intéresse tout simplement à la manière dont on travaille, à ce qu’on produit, à la façon dont on en assure la distribution et, au bout du compte, à l’usage qu’on en fait. Elle cherche à savoir qui fait quoi, qui obtient quoi, et ce qui est fait de ce qui est obtenu.

Si l’on s’en tient à ces notions les plus élémentaires de la vie de tous les jours, on peut affirmer que tout le monde possède un minimum de connaissances en matière d’économie. Ainsi, tout le monde devrait avoir son mot à dire sur la question.

De plus, étant un domaine où les gens interagissent, coopèrent ou entrent en conflit, l’économie constitue un phénomène social (même Robinson Crusoé ne travaillait pas seul : Vendredi n’était jamais bien loin). Elle ne peut être réduite à des forces matérielles comme la technologie ou la productivité : elle est aussi le fruit des rapports entre les gens dans la société.

Il n’est donc pas nécessaire d’être un économiste pour en savoir long sur le sujet. Tout le monde en fait l’expérience, y contribue d’une manière ou d’une autre, y porte attention. Comment fonctionne-t-elle ? Comment se porte-t-elle ? Les intérêts de qui sert-elle ? Chacun a une bonne idée de la place qu’il occupe dans le portrait d’ensemble de l’économie (par rapport à celle des autres, au passé ou à ses attentes). Voilà ce à quoi la science économique devrait s’intéresser.

Selon moi, hélas, la plupart des économistes ne partagent pas cette conception fondamentale, enracinée dans le sens commun, de l’économie. Ils ont plutôt tendance, du haut de leur savoir, à faire preuve de condescendance envers les masses ignorantes. Leurs exposés sont empreints d’un jargon inintelligible qui, en général, n’ajoute rien à leurs raisonnements. Exégètes autoproclamés d’une science mystérieuse et inaccessible, ils ont la prétention de savoir ce qui est bon pour les gens – et de le savoir mieux que quiconque –, et prennent plaisir à échafauder des théories abracadabrantes et incompréhensibles pour le commun des mortels. L’importance qu’ils se donnent à eux-mêmes, et qu’on leur reconnaît, est à l’image de la démesure de leur objet d’étude, qui se mesure en milliards, voire en billions.

Cela explique pourquoi des économistes interviennent chaque soir dans les journaux télévisés. Les bulletins de nouvelles ne présentent presque jamais d’anthropologues, de biologistes, de travailleurs sociaux, de nutritionnistes ou d’architectes. Ces spécialistes mériteraient sans doute d’être entendus davantage (et les économistes un peu moins), car leurs conseils pourraient s’avérer plus judicieux pour le bien-être économique à long terme de la population.

Rien n’offre meilleur exemple de cette attitude « je-sais-tout » que les débats entourant le libre-échange. Les économistes orthodoxes considèrent comme un fait avéré la thèse selon laquelle le libre-échange entre deux pays profite toujours aux deux parties. Quiconque met en cause ou conteste cette vérité (qu’il s’agisse de syndicats, de militants pour les droits sociaux ou de nationalistes) fait preuve d’ignorance ou défend des intérêts contraires au bien commun. Il faut donc soit mieux informer ces trouble-fête (pour un économiste, rien n’égale la joie d’exposer cette merveilleuse théorie de l’avantage comparatif), soit se contenter de les ignorer. Voilà exactement ce que font la plupart des gouvernements. (Ironiquement, même des économistes orthodoxes reconnaissent aujourd’hui que la théorie classique de l’avantage comparatif est fausse, et ce, pour maintes raisons, dont nous traiterons dans la quatrième partie de cet ouvrage. Néanmoins, cette critique n’a nullement ébranlé leur attachement quasi religieux à la doctrine du libre-échange.)

Et ce n’est pas tout, car ces experts savent monnayer leur arrogance. Hors du monde universitaire, la grande majorité d’entre eux sont au service d’organisations ayant tout intérêt à perpétuer le statu quo : banques, firmes de courtage, grandes entreprises, associations patronales et gouvernements.

Pendant ce temps, dans les facultés, la plupart des économistes (mais assurément pas tous) adhèrent à une variante particulière de la science économique : l’école néoclassique. Tout aussi empreinte d’idéologie que de scientificité, celle-ci fut élaborée à la fin du XIXe siècle dans le but de défendre le capitalisme plutôt que de simplement l’expliquer. Encore aujourd’hui, ses adeptes déploient des efforts considérables pour tenter de valider un éventail d’hypothèses bizarres, politiquement tendancieuses et manifestement fausses, comme celles qui prétendent que la possession d’un patrimoine financier est intrinsèquement productive, que tout le monde est rémunéré en fonction de sa productivité ou que le chômage, en fait, n’existe pas.

P.S. :

Jim Stanford est économiste et le fondateur du Progressive Economics Forum, réseau canadien d’économistes progressistes.

L’ouvrage est illustré par Charb, avec une préface d’Éric Pineault.




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