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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Madeleine Pelletier 1874-1939
Féministe d’avant-garde
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Madeleine Pelletier est une femme hors du commun qui s’est instruite par ses propres moyens et a conquis de haute lutte un métier d’homme prestigieux. C’est une forte personnalité qui a défendu farouchement et sans compromis ses idées novatrices sur les rapports entre les sexes.
C’est une féministe d’avant-garde qui a combattu pour l’accès égalitaire des femmes à la vie professionnelle et aux responsabilités politiques ainsi qu’à la libre disposition de leur corps (contraception, avortement). C’est une militante ancrée à gauche qui s’est heurtée aux préjugés sexistes des hommes dans les divers partis où elle s’est inscrite.

Née dans un milieu pauvre, affectivement et matériellement. Son père, cocher de fiacre, a une attaque et reste paralysé lorsqu’elle a 4 ans.
Sa mère tient un magasin de fruits et légumes près des Halles. Ils auront 12 enfants dont seuls 2 survivront. Son enfance est dominée par la personnalité de sa mère : fille illégitime, royaliste et catholique fanatique.

Brillante élève, elle quitte volontairement l’école à 12 ans malgré l’insistance des religieuses pour qu’elle reste. Elle a des rapports conflictuels avec les
« autres » : les élèves et certaines religieuses. Elle est « différente ».
À partir de 13 ans, elle fréquente les milieux anarchistes bien qu’elle n’adhère pas à toutes leurs thèses, en particulier elle pense que l’on ne
peut pas se passer d’un gouvernement.

Elle lit énormément et à partir de 16 ans elle étudie seule. Elle veut sortir de son milieu par la culture intellectuelle. Elle prépare seule le baccalauréat qu’elle réussit avec la mention « Très bien » en philosophie, à 23 ans. Nous sommes en 1897. L’année suivante, elle décide de faire médecine. A l’époque il y a 4 500 étudiants dans cette discipline dont 129 femmes, parmi lesquelles 100 étrangères. Elle obtient une bourse du conseil de Paris. Elle s’intéresse à l’anthropologie et rédige un mémoire sur la « crânométrie » (étude comparée de la taille du crâne et/ou du cerveau) où elle prouve que la taille du cerveau n’a aucun rapport avec l’intelligence. En 4e année de médecine elle s’oriente vers la psychiatrie.

En 1902 elle est interdite de concourir à l’internat dans le service psychiatrique hospitalier, car « il faut jouir de ses droits civils et politiques » ! Comme on le sait, à cette époque, les femmes étaient considérées comme des mineures et n’avaient pas, en particulier, le droit de vote. Elle mène sa première campagne féministe avec l’aide de Marguerite Durand et de son journal « La Fronde ». Grâce à cette campagne, la loi est changée et l’année suivante Madeleine Pelletier passe avec succès le concours. Elle est ainsi la première femme interne des asiles psychiatriques de la Seine.

Ses études médicales terminées, elle devra cumuler l’activité de son cabinet médical (80-82 rue de Gergovie, quartier pauvre de Paris) - où les patients ne se précipitent pas, car on ne fait pas confiance à une femme médecin - avec des responsabilités d’urgentiste de nuit et de médecin fonctionnaire des PTT. Toute sa vie Madeleine Pelletier sera rejetée par ses camarades de lutte, comme par beaucoup de féministes. Elle est différente. Elle s’habille en homme, et porte ses cheveux courts. Elle n’est pas une pionnière (rappelons-nous George Sand), mais elle est la première à donner un sens politique à son geste : « Si je m’habille comme je le fais c’est parce que c’est commode, mais c’est surtout parce que je suis féministe ; mon costume dit à l’homme : « Je suis ton égale », écrit-elle. Elle refuse toute forme de sexualité et valorise le célibat.

Inlassablement, elle portera sa parole féministe chez les francs-maçons, les socialistes, les communistes et, bien sûr, les féministes. À partir de 1904 elle devient franc-maçonne par anticléricalisme, entre autres. Elle se lie d’amitié avec Louise Michel. Elle lutte contre la misogynie. Rejetée, elle prend ses distances avec les instances francs-maçonnes en 1906, tout en restant maçonne sa vie durant.

De 1906 à 1914 elle mène une intense activité d’écriture dans les revues féministes, socialistes et révolutionnaires. Elle veut organiser le militantisme féministe et s’intégrer au Parti Socialiste. Elle choisit la tendance guesdiste de « justice sociale », puis la tendance « Hervéiste » apparemment plus révolutionnaire. En 1907 elle écrit un article fondamental dans la « Revue Socialiste » : « Les facteurs sociologiques de la psychologie féminine ». Avant Simone de Beauvoir, elle démontre que l’« on ne naît pas femme mais qu’on le devient » et tout comme Monique Wittig le fera, elle conçoit le rapport entre les sexes comme un rapport social. La même année, elle est l’une des déléguées du PS au congrès de l’Internationale Socialiste à Stuttgart. Elle est rejetée par Rosa Luxembourg et Clara Zetkin parce que
« bourgeoise » !

En 1908 elle publie un article, « La femme soldat ». Tout le monde
l’accable : l’extrême gauche l’accuse de militarisme ; Hervé la trouve trop excentrique ; les féministes la critiquent parce qu’elles sont pacifistes et antimilitaristes. Madeleine est pacifiste et antimilitariste, mais personne n’a compris qu’elle poussait la logique égalitaire jusqu’au bout !

Très impressionnée par les suffragistes anglaises, elle décide de franchir le pas. En 1910, le PS la présente aux élections dans une circonscription où elle n’a aucune chance. Elle obtient néanmoins 4 % des voix ! En 1910, elle est la féministe la plus connue en France et à l’étranger. Elle rompt avec Hervé qui a viré à droite et se présente à nouveau aux élections en 1912.
Elle se retire du PS qui crée le « Groupe des femmes socialistes », dans le but de marginaliser Madeleine Pelletier. Elle est détestée, sa forte personnalité dérange. Elle renoue avec l’anarchisme, sans illusion sur leur féminisme. En 1913 elle prend position en faveur d’une légalisation de l’avortement. Cela fait l’effet d’une bombe ! Elle sort l’avortement du cadre néo-malthusien et remet en cause la morale chrétienne. Indignation des socialistes et des féministes. Elle pratique des IVG. Elle devient une paria.

Elle écrit un article qui valorise le célibat qu’elle considère comme un « état supérieur ». En 1914, elle organise une manifestation pour le suffrage des femmes qui regroupe un millier de personnes. En août de la même année une campagne sur le même thème recueille 505 000 voix. La guerre sonne le glas de cet espoir. Un dernier texte paraît, sur le thème de l’éducation des filles. Il faut éduquer les filles comme des garçons. Son universalisme est masculin. Madeleine Pelletier s’engage à la Croix-Rouge où elle participe aux soins des blessés. Elle tient un journal.

En 1920 elle adhère au Parti Communiste et écrit dans « La voix des femmes », hebdomadaire d’extrême gauche, féministe et pacifiste. En 1921 elle voyage en URSS (elle doit se travestir en femme, un comble !). Elle est déçue sauf en ce qui concerne la liberté des femmes. Elle rencontre Alexandra Kollontaï. Elle soutient l’URSS, mais elle a perdu beaucoup de son élan révolutionnaire. En 1926 elle quitte le PC car on veut la contraindre à rompre avec la franc-maçonnerie.

Après la guerre, grande offensive pro-nataliste. Madeleine Pelletier
intervient à de nombreuses reprises par écrit ou oralement au « Club du Faubourg » [1] sur les thèses néo-malthusiennes de l’avortement et de la contraception. Elle est l’objet de scandales par ses prises de position. Un procès est intenté au Club du Faubourg à la suite de l’une de ses interventions. À partir de 1926 elle se mobilise contre Mussolini. Aucun sujet ne la laisse indifférente : la prostitution, le sexe et la morale, la maternité, le droit au travail des femmes (dans une période de crise économique), la collectivisation des tâches domestiques.

Elle devient très en vue et doit renoncer à son poste de médecin des PTT.
En 1932, elle adhère au « Mouvement Amsterdam-Pleyel » contre la guerre. En 1933, elle est accusée d’avoir pratiqué un avortement sur une jeune domestique. Elle est menacée de poursuites judiciaires. Elle se défend, le danger s’éloigne, momentanément. En 1936, Madeleine Pelletier se réjouit de voir entrer des femmes au gouvernement. En 1937 elle est victime d’un AVC et reste confinée chez elle.

En 1939, la droite revient au pouvoir. Madeleine Pelletier est à nouveau accusée dans une affaire d’avortement (suite à une délation) sur une enfant de 13 ans, violée par son frère. La presse rapporte largement les faits. On perquisitionne son domicile. Mais elle est jugée irresponsable. Compte tenu de son état de santé, on réalise qu’elle n’a pas pu pratiquer cet avortement. Cependant elle est jugée comme « un danger pour elle-même, pour autrui et pour l’ordre public » et condamnée à être internée. Elle passe 48 heures à Sainte-Anne où 37 ans plus tôt elle avait fait des études de psychiatrie, puis est internée à l’asile d’aliénés de Perray-Vaucluse (à Epinay-sur-Orge), car elle ne correspond pas aux stéréotypes de « mère et d’épouse » ! Deux articles dans la presse dénoncent son internement comme politique. Elle recevra cinq visites d’Hélène Brion avant de mourir désespérée le 29 décembre 1939 à 65 ans.

Notes :

[1Créé par Léo Poldès en 1918. Trois réunions par semaine. Exposés d’invités suivis de débats participatifs sur des sujets politiques, de société, d’arts (en particulier le cinéma) etc…

P.S. :

Voir le site de Marie-Victoire Louis (71 textes)

http://www.marievictoirelouis.net/index.php?id=251

Bibliographie :

- Madeleine Pelletier, une féministe dans l’arène politique, Charles Sowerwine et Claude Magnien, Les Editions Ouvrières, Collection « La part des hommes », 1992.

- Madeleine Pelletier (1874-1939). Logique et infortunes d’un combat pour l’égalité, Paris, Côté-Femmes, 1992, direction Christine Bard.




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