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Yoland Simon
Le second quinquennat de Nicolas Sarkozy
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Passé le temps de savourer ce triomphe aux Présidentielles de 2012 où, à la suite de nouvelles émeutes de banlieue qui effrayèrent les braves gens, Marine Le Pen accéda au second tour, oui, passé ce temps, Nicolas Sarkozy ne tarda pas à s’ennuyer. Une sotte révision constitutionnelle, adoptée quelques années plus tôt, lui interdisait de se représenter en 2017. Dès lors, à quoi bon s’agiter ? Ces déclarations fracassantes, ces dénonciations sans appel, ces lois empilées comme des assiettes, ces sommets où régulièrement où il sauvait la France, l’Europe et le monde, rien de cela n’avait de sens s’il ne contribuait à sa réélection. Et puis, il en avait assez de payer sans cesse de sa personne et de mouiller toutes ses liquettes, sans qu’on lui en sache toujours gré. Au demeurant, il finissait par se lasser devant la répétition lancinante des mêmes problèmes : la crise qui perdurait, le chômage qui s’aggravait et, pire, les agences de notation qui continuaient de nous tancer. De plus en plus souvent, il laissait le champ libre à Claude Guéant, ce nouveau maire du Palais qui, depuis Matignon, dirigea quelques opérations mémorables contre des armées de Maures et de Roumains qui attaquaient régulièrement notre beau pays.

Mais d’autres ennemis menaçaient la tranquillité du Président. Ils se réunissaient régulièrement dans des cercles plus ou moins secrets, dans des clubs aux appellations ronflantes, des écuries présidentielles où l’on se flattait de miser sur le bon cheval, pour l’échéance de 2017. Le plus dangereux de ces prétendants était sans contexte Jean-François Copé, dont Nicolas s’efforçait d’enrayer l’irrésistible ascension. Peine perdue. Soucieux de flatter le nouvel homme fort de la majorité, la piétaille des députés multipliait les escarmouches. Même les ministres du gouvernement n’en faisaient plus qu’à leur tête et envoyaient promener les conseillers de l’Elysée, naguère si puissants et dont maintenant, on se moquait éperdument. Certes, les fins stratèges du sarkozysme pur et dur tentèrent bien de placer François Fillon en embuscade. Mais lorsqu’il ne put s’imposer à la tête d’une U.M.P., rebaptisée Union Pour le Renouveau, l’affaire fut pliée.

Et un congrès extraordinaire fit un triomphe au cher Jean-François qui tint pour l’occasion un de ces discours historiques dont on recueille plus tard les fruits dans les urnes de la République. Il souleva l’enthousiasme des militants en dénonçant une démocratie confisquée par des éminences grises qui décidaient de tout, derrière les murs du château. Évidemment, il épargna Nicolas, qu’il n’appelait plus que l’actuel Président, à qui il rendit des hommages appuyés, tout en réaffirmant qu’il fallait tourner certaines pages et rompre avec l’opacité de certaines pratiques. Pour tenter de contrarier les visées de ce dangereux arriviste, le Président se résolut à de grands changements. Il fit appel à Xavier Bertrand, plus souple, pensait-on, et moins arrogant que l’austère Claude Guéant. La manœuvre fit long feu et des sondages calamiteux ne tardèrent pas à déconsidérer ce Premier ministre doucereux, marionnette d’un Roi usé et dont on ne parvenait pas à freiner l’inévitable déclin.

Bientôt, les soucis domestiques accrurent le désarroi de Nicolas : Quelques démêlés avec son fils Jean, qui ne supportait plus la tutelle des Balkany, et surtout le départ de Carla qui avait traîtreusement profité des obsèques de Berlusconi, pour demeurer en Italie. L’événement dégrada fortement l’humeur du Président et, depuis ce jour fatidique, il connut de longs moments d’abattement et souffrit de terribles migraines. On tenta de le consoler et Jacques Séguéla entreprit de dénicher une nouvelle première Dame dont la République ne pouvait se passer. En vain. L’hôte de l’Elysée demeurait muré dans son chagrin. L’action, seule, pouvait le remettre d’aplomb. Il lui fallait se retourner vers les Français qui l’avaient élu et réélu. Reconquérir une popularité qui s’effritait inexorablement. Régulièrement, il reprit ses prêches télévisuels, s’invita sur TF1. Mais la première chaîne avait beaucoup perdu de sa superbe et même le retour de P.P.D.A. n’avait pas réussi à relever une audience qui devenait si confidentielle qu’il arrivait qu’Arte la dépassât. Comble de l’impertinence, dès qu’il avait fini de parler, on demandait son avis à Jean-François Copé ou à un de ses hommes liges qui dispensaient des commentaires aussi sournois que fielleux.

Mais le plus abominable forfait fut la couverture d’un Paris-Match où l’on voyait Carla filer le parfait amour sur une plage de l’Adriatique avec son nouvel ami, un des fils cachés de Mike Jaeger, si l’on en croyait Voici.
La publication mit en fureur Nicolas qui exigea des sanctions contre le Directeur du périodique. Mais un Tartuffe de service rétorqua que, si l’on pouvait comprendre son mécontentement, on n’entendait pas pour autant déroger au principe de la liberté de la Presse.

Comble de l’ignominie, le même Paris-Match, consacra à ce filou de Copé, un reportage de vingt pages où l’on voyait l’étoile montante de la droite, trôner dans son bureau de l’Assemblée, s’activer dans sa mairie de Meaux et pique-niquer en famille sur une plage du Touquet où il prenait ses vacances en toute simplicité, lui. Sans doute, pour renouer une fois encore avec un pays profond dont il vantait toujours les mérites, le Président continuait de visiter les coins les plus reculés de nos belles provinces. Mais là où naguère, à Landerneau ou à Romorantin, il fallait mobiliser des milliers de gendarmes et de policiers pour endiguer la ferveur populaire et tenir à l’écart des manifestants un peu moins bien intentionnés, il suffisait aujourd’hui de quelques gendarmes locaux pour contenir derrière des barrières les maigres bataillons de nostalgiques qui avaient accompagné les victoires de 2007 et de 2012. Pire, les cohortes de Sud ou de la C.G.T, les troupes du N.P.A ou de Lutte ouvrière négligeaient de déplacer leurs banderoles et leurs haut-parleurs.


Dessin de Cardon

Cependant, le Président connut deux belles occasions de reconquérir l’opinion. Ce fut d’abord la disparition de Jacques Chirac où il apparut sur toutes les chaînes du P.A.F. et prononça, dans un grand moment d’émotion, le magnifique discours d’Henri Guaino qui célébrait la mémoire de ce grand Républicain, digne héritier du Général de Gaulle, et comparable aux plus grandes figures de la République : Blum, Jaurès ou Clemenceau. Quelques semaines plus tard, Giscard d’Estaing succomba à son tour. On recourut cette fois à Frédéric Mitterrand qui rédigea un admirable panégyrique où il fut question de Mazarin, de Louis XV, de la Reine Astrid et du shah d’Iran. N’étaient les circonstances, ce fut pour Nicolas une grande satisfaction de se tenir aux côtés de Bernadette, toujours aussi courageuse, puis d’Anémone toujours aussi discrète, et de retrouver tous ces chefs d’état à qui il avait si souvent tapé dans le dos ou qu’il avait, comme Angela, embrassé maintes fois. En ces deux circonstances, quelques thuriféraires qui n’avaient pas encore changé de camp chantèrent les mérites d’un Président qui avait indéniablement changé et revêtu, définitivement, les habits de sa fonction. Bonheur de courte durée car, immédiatement, Nicolas dut essuyer une nouvelle rebuffade : l’élection sous la coupole de Dominique de Villepin, au fauteuil de Valery Giscard d’Estaing. À cette occasion, le flamboyant Dominique fit, comme il est d’usage, l’éloge de son prédécesseur dont il loua la distinction, l’élégance, la grande culture et surtout, perfidie évidente, la haute stature.

Au moment où j’écris ces lignes, le quinquennat tire à sa fin, la campagne électorale bat son plein. Le Président a assuré de son soutien celui qui a repris le flambeau et qui porte les couleurs de sa famille politique. Jean-François Copé, vous aviez compris. Mais si l’on vous dit que, parfois, il rencontre François Bayrou qui plus que jamais croit à son destin, ou qu’il a noué quelques contacts avec la gauche qui pense qu’enfin son heure est arrivée, oui si vous lisez cela dans certaines gazettes ou sur Internet, n’en croyez rien. Ce sont d’infâmes rumeurs.

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