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Christiane Passevant
La guerre est déclarée. Film de Valérie Donzelli
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Un couloir d’hôpital, gros plan sur la marche. Une femme et son enfant, un scanner…
Le sujet est grave, celui d’une lutte contre la maladie d’un enfant.

Et l’on remonte le temps lorsque la mère, Juliette, prend la main de l’enfant pour lui dire "je suis avec toi et je t’aime".

La guerre est déclarée est un film qui se distingue du flux cinématographique habituel. C’est le récit touchant du combat de parents contre la maladie de leur fils.

Jeune couple ordinaire, Juliette et Roméo sont emblématiques de leur génération, ils s’aiment, tentent de s’organiser autour de leur bébé et la vie passe, simple, sans histoire… C’est Roméo qui le premier s’inquiète pour son fils Adam, un retard dans la marche, des vômissements subits, une asymétrie faciale finalement repérée par la pédiatre. L’inquiétude légitime tourne rapidement au cauchemar. Le parcours hospitalier est difficile malgré le soutien, parfois maladroit, des familles. Difficile de réagir devant la maladie et le risque de mort, et cela la cinéaste le met en scène superbement. La panique, la révolte, la déprime prennent parfois le pas sur la nécessité de lutter, d’y croire et de donner à l’enfant l’amour et le sentiment de sécurité dont il a besoin pour s’épanouir malgré la séparation.

La guerre est déclarée de Valérie Donzelli, c’est aussi l’analyse des rapports intimes du jeune couple confronté à une échéance inacceptable. "Pourquoi nous ?" demande Roméo, le père. Pourquoi et surtout comment vivre une épreuve dont il est impossible de prévoir l’évolution ou d’en contrôler le cours ?

Le premier plan rapproché des pas dans le couloir d’hôpital résume à lui seul
ce que cette famille vit au quotidien. La main de l’enfant dans celle de sa mère initie le passage en flash-back à l’origine de l’histoire du couple, la rencontre amoureuse de Juliette et Roméo, leur vie en commun, les petites difficultés de la vie, les fêtes, les ami-es, la famille. Famille classique et conformiste du côté de Juliette, plus marginale du côté de Roméo. Tout semble prévisible et rangé jusqu’au jour où la maladie s’immisce dans cette quiétude banale.

Sans voyeurisme, ni lamento, la réalisatrice a choisi de montrer la réalité, dans toute sa simplicité, de scénariser la vie, le choc, la lutte, le milieu hospitalier, le soutien des autres et leur incapacité à comprendre parfois la situation. S’installe aussi un décalage avec leur milieu, un isolement peut-être nécessaire pour se rapprocher de leur fils. La peur, l’angoisse, la lutte contre la mort, cela tient de l’intime et il est alors difficile de communiquer sans dramatisation.

« Quand on est sorti de cette période très intense de l’hôpital, on a rédigé une espèce de journal, pour garder une trace. C’est à partir de cette matière que le scénario s’est écrit. » Valérie Donzelli et son compagnon ont vécu cette histoire dans la réalité, la maladie de son enfant et cette parenthèse en milieu hospitalier. Elle réussit à retranscrire à l’image et au plus juste les réactions de chacun et chacune face à la situation. C’est aussi une reconnaissance de l’hôpital public, encore service public. Serait-il possible de soigner Adam ailleurs ?

La guerre est déclarée est l’un de ces films dont on se souvient longtemps après la fin de la séance, qui accompagne par des détails, la bande son par exemple, soignée jusque dans cet échange chanté entre elle et lui après l’annonce de la maladie d’Adam. Une telle expérience laisse des traces et l’impression est forte sur le public. Un film naturel, sincère et plein d’émotion. Une belle surprise !




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