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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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John Saint-Croix
Angleterre : "A time to buy, and a time to sell"
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Dix août, lendemain d’émeute. La bonne société anglaise se réveille avec la gueule de bois. Après Londres et ses banlieues, Manchester et Birmingham se sont jointes aux affrontements, embrasement généralisé. Parmi les commentateurs, rares ceux qui dévient de la ligne « ce sont des sauvageons à abattre ». Il y a pourtant beaucoup à dire sur cet été anglais. De Manchester, analyse.

L’association des assureurs britanniques vient d’évaluer les dégâts des récentes émeutes à 200 millions de livres sterling. C’est bien la seule abstraction à laquelle il soit conseillé de s’élever. Aux journalistes, aux politiciens, aux sociologues, et à tous ceux qui sont invités à discourir, ces émeutes posent un certain nombre de contradictions qu’ils ne tiennent pas à résoudre. Les médias anglais font mine de beaucoup s’interroger, sans parvenir à fournir un semblant de réponse aux centaines de questions accumulées, toutes accessoires. Une émission a même recensé les dix causes probables des émeutes, partant du principe qu’il vaut mieux dix hypothèses fallacieuses qu’une bonne raison. Ne pouvant invoquer une question purement raciale, ou religieuse ou même générationnelle [1], les analystes s’en remettent à une condamnation morale qui présente les acteurs de ces journées de la même manière que les émeutiers français des années précédentes : des casseurs, des délinquants, des incendiaires, des brutes et des lâches.
Cet « angle », répété de nombreuses fois, dès le début de la « couverture médiatique » déployée sur ces événements, est résumé en un mot, martelé dans un reportage de Mark Stone sur Sky News : « mindless », sans cerveau. Le géographe américain David Harvey a également souligné, dans un article paru immédiatement après les émeutes, la déshumanisation qui se cache derrière ces choix de langage mettant en avant l’animalité des protagonistes : « "Des adolescents sauvages et nihilistes", comme les a décrits le Daily Mail. Le mot "sauvage" m’a arrêté. Il m’a rappelé que les Communards, à Paris en 1871, étaient dépeints comme des bêtes sauvages, des hyènes, qui ne méritaient qu’une exécution sommaire (et parfois la recevaient) au nom du caractère sacré de la propriété privée, de la morale, de la religion et de la famille » [2]. Quelques jours après les « incidents », sur la façade du centre commercial Debenhams, à Londres, on appelait les honnêtes gens à dénoncer les « rats à capuche » [3].

Dans le même temps, les émeutiers sont dépeints non plus comme des brutes assoiffées de sang ou de dangereux agitateurs, mais comme d’opportunistes pillards dont la seule ambition est de dérober les biens que l’emploi de leurs talents n’a pu leur procurer. Ce qui est étonnant, c’est qu’il y a dix manières de voler bien plus efficaces (elles sont en tout cas pratiquées chaque jour à haut niveau) et beaucoup moins risquées que de se jeter sous les caméras de surveillance qui quadrillent les villes anglaises et dont la concentration n’est jamais plus forte qu’aux abords des magasins... Que les deux thèses, celle du fou sanguinaire et celle du rusé malfaiteur, paraissent contradictoires, n’est pas un problème. Pas plus qu’il n’est difficile de concilier que les émeutiers aient pu vouloir, dans le même temps, piller les marchandises et les détruire par le feu : on prêtera aux incendiaires l’avidité du voleur, et aux pillards l’inconscience homicide du pyromane. Ainsi, en alternant rapidement les « analyses », et sans jamais les confronter, l’une chassant l’autre indéfiniment, il est possible aux responsables du télécran de faire leur métier, c’est-à-dire raconter n’importe quoi et son contraire, simultanément.

Ils sont plus rares à avoir souligné l’euphorie fébrile et provocatrice qui se dégageait presque malgré eux des émeutiers, tout comme de ceux descendus dans les rues pour « défendre leur quartier » ou leur
« communauté » et qui, pour beaucoup, étaient aussi excités que les premiers à l’idée de se réapproprier brièvement le contrôle du pavé.

On signale tout de même des morts ; cinq au total. Qu’on arrête les assassins. La police britannique voudra tenir sa réputation. Elle a même reçu des renforts inespérés de la population, encouragée à se constituer en milice. Les associations de commerçants, lourdement équipées en vidéosurveillance, ne se le sont pas fait dire deux fois. Comme en témoigne l’article d’Elise Vincent dans Le Monde, le système de délation s’est révélé « très efficace », selon Phil Burke, « responsable de la sécurité dans un hôtel du centre-ville » et porte-parole de Pub and Club, l’association de Manchester qui veille à ce que la ville « ait une vie nocturne sûre et vibrante ». Son acolyte, Andrew Stokes, président de l’association des commerçants du Village, le quartier gay historique de Manchester, n’est pas en reste :

« "Nous ne les laisserons pas gagner !", assure M.Stokes qui, comme une grande partie de l’opinion publique anglaise, voit dans les violences des jeunes moins l’expression d’un malaise social que l’assouvissement d’une forme "d’avidité". » « Ce qu’on veut ici, c’est ‘business as usual’ », ajoute le petit commerçant, sans sourire [4]. C’est très sérieux en effet : l’enjeu est de taille. « Nous devons montrer au monde, qui nous a observés avec horreur, que les auteurs des violences que nous avons vues dans nos rues ne sont en aucun cas représentatifs de notre pays ni de notre jeunesse », a insisté (Dave Cameron). « L’immobilier londonien, l’un des plus chers du globe, doit rester un havre pour tous les nantis de la terre. Et les touristes continueront à apporter à l’économie locale ses 102 milliards d’euros de revenus annuels. » [5] On retrouve dans le jargon des promoteurs immobiliers le même plaidoyer pour « un centre-ville vibrant ». En parcourant le catalogue du promoteur Urban Splash, qui propose des « lofts » à 200 000 livres sterling (à peu près 230 000 euros), à Albert Mills, une charmante ancienne fabrique de coton du XIXe reconvertie, on ne croise rien qui ne soit pas « an area of exciting new developpement at the edge of Manchester’s vibrant city ».

De la cité industrielle en déclin à la dynamique métropole globale, la métamorphose ne s’est pas réalisée d’elle-même. Pour accueillir les plus aisés, il a fallu nettoyer le centre de la ville de tous les pauvres qui y demeuraient. Les promoteurs immobiliers se sont chargés de la besogne à partir du début des années 1980, souvent aidés financièrement par les pouvoirs publics ou l’Union européenne. La transformation subie par la ville aux mains des urbanistes, architectes et autres décorateurs a été radicale. Du patrimoine industriel, on a conservé les façades : les plus vieux entrepôts des docks, Merchant’s Warehouse, sont devenus des bureaux ; le Royal Exchange, la bourse du coton, est devenu le Royal Exchange Theater ; les immenses entrepôts de briques rouges de la Nothern Railway Company ont été transformés en un ensemble de cafés, de restaurants, de magasins et de vastes aires de stationnement ; Central Station, l’imposante gare construite en 1880 pour desservir Liverpool et fermée en 1969, se fait aujourd’hui appeler Manchester Central Convention Center. Ceux qui peuvent se le permettre quittent leur bureau pour consommer, à quelques pas de là, dans un quartier où plus personne ne vit, les marchandises qu’ils viennent de contribuer modestement à produire. Ce n’est pas sans intérêt que les autres assistent au spectacle, de plus ou moins loin. Les derniers rangs se sont remplis ces derniers temps, en Angleterre comme partout ailleurs.

Quelques-uns avaient tenté de réinvestir la ville abandonnée, lorsqu’elle était au plus mal. En 1976, les Sex Pistols étaient venus jouer au Free Trade Hall, un édifice qui accueillit les rassemblements politiques et corporatistes de la nouvelle bourgeoisie, puis des événements culturels de toute sorte. Ce soir-là, il n’y avait pas plus de quarante personnes dans la salle, mais plusieurs d’entre eux furent à l’origine de l’aventure du label Factory Records, qui édita notamment Joy Division, New Order ou les Happy Mondays, et qui ouvrit un club, l’Haçienda, en 1982, prenant au mot le Formulaire pour un urbanisme nouveau de Gilles Icvain, écrit 30 ans plus tôt : « Et toi oubliée, tes souvenirs ravagés par toutes les consternations de la mappemonde, échouée au Caves Rouges de Pali-Kao, sans musique et sans géographie, ne partant plus pour l’hacienda où les racines pensent à l’enfant et où le vin s’achève en fables de calendrier. Maintenant c’est joué. L’hacienda, tu ne la verras pas. Elle n’existe pas. Il faut construire l’hacienda. »

Comme dans tout bon épisode du Rock’n’roll, il y eut des soucis avec la drogue et l’argent. L’Haçienda ferma définitivement ses portes en 1997. Aujourd’hui, à son emplacement, des logements de standing, sous l’appellation Hacienda Appartements. La citation de Gilles Ivain est imprimée, en anglais, sur des T-Shirts que le centre d’information des touristes écoule à 25 livres sterling la pièce. Et au sommet du Free Trade Hall flotte désormais le drapeau de l’hôtel Radisson Edwardian Manchester, cinq étoiles.

« Ceux qui voudraient revivre les raves d’antan peuvent se rendre au Fac251, le club de Peter Hook, ancien bassiste de Joy Division et New Order, et Ben Kelly, le designer de l’Haçienda. Fac 251 a ouvert en février 2011 dans les anciens locaux de Factory Records. [...] Conçu pour mettre en valeur la fonctionnalité froide que le nom suggère, Fac251 consiste en trois étages de parpaings de béton, de lumières saccadées et de machines à fumée. Un portrait de Tony Wilson, l’un des fondateurs de Factory Records et de l’Haçienda, se trouve au-dessus de l’entrée. Avec des sets rétro par les DJs locaux Mr.Hook et Mr. Haslam, le club fait recette sur le nom et le son des grandes heures de Madchester, mais il tente aussi d’en rendre l’intégralité de l’expérience sensorielle. Bien sur, on ne note pas sans ironie qu’un club né de l’insatisfaction de la classe ouvrière et de son opposition fondatrice au disco de masse, fasse aujourd’hui l’objet d’un repackaging commercial. » [6] Là, comme dans les nombreux clubs qui refusent la nostalgie et où l’on peut goûter raggaclash, ghetto house, wonky-hop, post-dubstep, fidget house, chillwave ou encore electro-boogie, la scène est « vibrante ».

« Ailleurs se retrouvent d’autres beautés fragmentaires, et de plus en plus lointaine la terre des synthèses promises. Chacun hésite entre le passé vivant dans l’affectif et l’avenir mort dès à présent. Nous ne prolongerons pas les civilisations mécaniques et l’architecture froide qui mènent à fin de course aux loisirs ennuyés. » [7]

Le long des berges réaménagées, les immeubles ont jailli. Les murs de la ville entière sont couverts du programme des travaux à venir, de l’offre de bureaux et d’appartements de choix, sous le contrôle étroit de la fameuse CCTV, closed circuit television, qui s’affiche fièrement au front de chaque immeuble qui en vaut la peine. Les caméras ont colonisé jusqu’aux saules pleureurs qui bordent les canaux de l’ancien port industriel, où l’on peut désormais s’arrêter pour prendre un verre coûtant le prix d’un dîner.

Un peu plus loin, à Salford - où les troubles furent violents -, les signes de ce changement sont également visibles. Cette banlieue attenante à Manchester comprend les anciens docks de la ville, fermés en 1982 et devenus quelques années plus tard l’objet d’un des plus vastes plans de réaménagement du Royaume-Uni. Élégamment rebaptisé Salford Quays, l’endroit abrite maintenant son centre commercial géant, un port de plaisance, et des monuments d’artiste à la mémoire de l’activité industrielle. Architecturalement, par un jour de soleil, ça ressemble à Doha. Sous la pluie, ça ressemble à Doha si jamais il y pleuvait.

Où sont donc passés les gens de Manchester ? Peut-être à Old Trafford, le stade de football tout proche, qui héberge Manchester United. Vendredi 5 août, on y célèbre Paul Scholes, un enfant de Salford, qui aura porté dix-sept années durant le maillot écarlate des Red Devils, avec un succès qui sera difficile à égaler. Peut-être y en a-t-il quelques-uns dans les virages, là où le prix des places descend sous les 30 livres. Les clubs anglais ont depuis longtemps résolu le problème du hooliganisme en augmentant les tarifs. Manchester United, l’un des clubs les plus titrés - et les plus riches - de l’histoire de la discipline, n’a pas de problème pour garnir ses tribunes. Mais combien sont-ils - de ces gens de Manchester - parmi la file d’attente qui s’étend au pied de la statue de Matt Busby [8], à l’entrée de la boutique officielle, le ‘Old Trafford Megastore’ ?

Mercredi 11 août, alors que la fumée se dissipait au-dessus de Londres, Manchester, Birmingham et de quelques autres villes du Royaume-Uni, on fêtait aussi le 46e anniversaire des émeutes de Watts, qui ne sont pas sans porter quelques similitudes avec les événements récents [9]. Le fait que les rangs des émeutiers britanniques de 2011 aient été composés avec beaucoup plus de « diversité » que ceux des Américains de 1965 montre seulement que la colère et l’amertume se sont étendues et ne sont plus le privilège de l’origine.

Vient à l’esprit le texte que Guy Debord avait écrit à ce sujet :

« La révolte de Los Angeles est une révolte contre la marchandise, contre le monde de la marchandise et du travailleur-consommateur hiérarchiquement soumis aux mesures de la marchandise. Les Noirs de LA, comme les bandes de jeunes délinquants de tous les pays avancés, mais plus radicalement parce qu’à l’échelle d’une classe globalement sans avenir, d’une partie du prolétariat qui ne peut pas croire à des chances notables de promotion et d’intégration, prennent au mot la propagande du capitalisme moderne, sa publicité de l’abondance. Ils veulent tout de suite les objets montrés et abstraitement disponibles, parce qu’ils veulent en faire usage. De ce fait, ils en récusent la valeur d’échange, la réalité marchande qui en est le moule, la motivation et la fin dernière, et qui a tout sélectionné. Par le vol et le cadeau, ils retrouvent un usage qui, aussitôt, dément la rationalité oppressive de la marchandise, qui fait apparaître ses relations et sa fabrication mêmes comme arbitraires et non-nécessaires.
(...)
La société de l’abondance trouve sa réponse naturelle dans le pillage, mais elle n’était aucunement abondance naturelle et humaine, elle était abondance de marchandises. Et le pillage, qui fait instantanément s’effondrer la marchandise en tant que telle, montre aussi l’ultima ratio de la marchandise : la force, la police et les autres détachements spécialisés qui possèdent dans l’État le monopole de la violence armée. Qu’est-ce qu’un policier ? C’est le serviteur actif de la marchandise, c’est l’homme totalement soumis à la marchandise, par l’action duquel tel produit du travail humain reste une marchandise dont la volonté magique est d’être payée, et non vulgairement un frigidaire ou un fusil, chose aveugle, passive, insensible, qui est soumise au premier venu qui en fera usage.

Derrière l’indignité qu’il y a à dépendre du policier, les Noirs rejettent l’indignité qu’il y a à dépendre des marchandises. La jeunesse sans avenir marchand de Watts a choisi une autre qualité du présent, et la vérité de ce présent fut irrécusable au point d’entraîner toute la population, les femmes, les enfants et jusqu’aux sociologues présents sur ce terrain. Une jeune sociologue noire de ce quartier, Bobbi Hollon déclarait en octobre au Herald Tribune : "Les gens avaient honte, avant, de dire qu’ils venaient de Watts. Ils le marmonnaient. Maintenant ils le disent avec orgueil. Des garçons qui portaient toujours leurs chemises ouvertes jusqu’à la taille et qui vous auraient découpé en rondelles en une demi-seconde ont rappliqué ici chaque matin à sept heures. Ils organisaient la distribution de la nourriture. Bien sûr, il ne faut pas se faire d’illusion, ils l’avaient pillée... Tout ce bla-bla chrétien a été utilisé contre les Noirs pendant trop longtemps. Ces gens-là pourraient piller pendant dix ans et ne pas récupérer la moitié de l’argent qu’on leur a volé dans ces magasins pendant toutes ces années..." »

Citer Debord est toujours une faute de goût. Cela ne fait pas très sérieux, d’autant que l’intéressé n’a pas le moindre diplôme universitaire. On peut donc, depuis qu’il est mort et que l’on ne craint plus une riposte, s’en donner à cœur joie. La récupération, dans ce cas précis, consiste à le faire passer pour un aimable bouffon ou un joyeux déconneur. Il ne faut pas prendre tout ça au pied de la lettre, Debord a beaucoup exagéré... Parce qu’on a pas pu l’attaquer sur le plan de la logique, on a décidé que ses positions ne pouvaient être soutenues sur un ton sérieux.

L’État français est bien prêt à préempter ses archives pour éviter qu’une grande université américaine ne mette la main sur ce ‘patrimoine’,
mais de là à lui reconnaître un quelconque caractère de vérité, il y a un pas. Ceux-là même qui ont consacré ses papiers ‘trésor national’ ne le franchiront pas, trop préoccupés de récupérer l’œuvre pour s’en servir, s’il se trouvait qu’ils en eussent jamais eu les moyens [10]. Ce n’est pas par dévotion que je cite ce texte désormais vieux d’un demi-siècle. En d’autres circonstances, on pourrait laisser à d’autres le soin de regarder la suite. Mais, dans le moment où nous sommes, il m’a semblé que personne ne le ferait.

C’est pourtant la marchandise que l’on trouve au cœur des actions apparemment désorganisées des émeutiers de Manchester et d’ailleurs.
Les dépossédés ont décidé de se faire voir brutalement, au centre même de la ville, dans les quartiers qui leur sont interdits, non par décret - nous sommes en démocratie ! - mais de fait : si vous n’avez rien à acheter, circulez. Derrière la rage des incendiaires et des casseurs, derrière
l’ « avidité » des pillards, le dénominateur commun, c’est la cible : la marchandise, le « bien de consommation », dont le nom suggère déjà les qualités éthiques dont il est paré. En lançant une brique dans la devanture d’un magasin désert, c’est l’idole que l’on attaque.

Il aura fallu 140 ans pour établir le magasin de meubles House Of Reeves, mais seulement quelques minutes pour le détruire. Le 9 août, au matin, après que les incendiaires ont laissé ce symbole de Croydon en ruines, son propriétaire présentait un visage digne aux journalistes : « Le magasin était là depuis 1867, il avait survécu à deux guerres, une dépression. Et pourtant, il semble que la communauté l’a détruit par les flammes » [11].
Alors que tout le monde pleurait, avec moins de dignité que son propriétaire, la perte de ce monument historique de la distribution, personne ne s’est demandé si ce n’était pas la raison même pour laquelle certains des émeutiers les plus résolus en avaient fait leur cible, spontanément.

Lire la suite : http://www.article11.info/spip/Angleterre-A-time-to-buy-and-a

Notes :

[1Cf. Elise Vincent, « Profils d’émeutiers », Le Monde, 13 août 2011). Voir aussi : Paul Lewis and James Harkin, “Who are the rioters ?”, The Guardian, 10 août 2011.

[2David Harvey, « Feral capitalisme hits the street », Counterpunch, 12-14 août 2011.

[3Luc Mathieu, Libération, 16 août 2011.

[4Elise Vincent, « Autodéfense, pluie et délation : recette d’une nuit calme à Manchester », Le Monde, 12 août 2011.

[5Jean-Michel Thénard, « David Cameron. Les coupes sont pleines », le Canard enchaîné, 17 août 2011.
(Et c’est une bonne occasion pour David Cameron de faire oublier un peu les ennuis nés de ses relations étroites avec les Murdoch, propriétaires du journal News of the World, obligé de mettre la clé sous la porte après un scandale portant sur un large système d’écoutes illicites. Cameron avait engagé Andy Coulson, un ancien responsable éditorial du journal en question ; il s’en séparé depuis).

[6Charly Wilder, « In Manchester, the old sounds linger amid a vibrant music scene », International Herald Tribune, jeudi 28 avril 2011.

[7Gilles Ivain, Formulaire pour un urbanisme nouveau, 1953.

[8Le légendaire entraîneur rescapé du crash qui décima sa si prometteuse équipe.

[9Richard Brenneman, « Echoes of the Watts riot emerge in England », eats shoots ‘n leaves, 11 août 2011.

[10Noël Godin par exemple, écrivait dans un article pour Bakchich au sujet du dernier film de Banksy, Faites le mur, que Guy Debord se serait « gondolé ». Je pense pour ma part qu’il n’y a pas besoin d’être Guy Debord pour trouver que c’est une sombre merde.
Des tentatives un peu plus élaborées ont lieu régulièrement. Parfois on y assigne de plus fortes têtes. Parmi d’autres : Taguieff, confiant que Debord, sur la fin, ressemblait physiquement à Coluche. Qui se ressemble s’assemble : Debord est un rigolo ! CQFD. Et de conclure, magistralement : « Le classement de ses archives personnelles comme "trésor national" par un arrêté du 29 janvier 2009 doit s’interpréter, selon Bruno Racine, président de la BNF, comme "une reconnaissance par l’État de ce que représente Debord dans la vie intellectuelle et artistique du siècle écoulé". Admirable esprit de sérieux de la bureaucratie administrative. Benoît Forgeot, le libraire parisien qui a contribué à l’inventaire des archives du "maître", a salué l’initiative : "L’État accueille désormais l’enfant terrible et lui fait une place dans le saint des saints." Debord, l’ennemi déclaré de tout État, reconnu, voire couronné par l’État français pour sa contribution à la grandeur de la France ? Comment imaginer spectacle plus comique ? »
La récupération d’un auteur par ses adversaires n’est pas un moment joyeux. Lorsqu’elle est posthume, ce qui est rare, c’est encore plus triste.
En talentueux bateleur du monde réellement inversé, Taguieff confond sans effort le mot comique avec le mot triste. Il faut lire : « Comment imaginer spectacle plus triste ? » ; joué par d’aussi sinistres clowns.

« Guy Debord se donne en spectacle », Pierre-André Taguieff, Le Figaro, 11 juin 2009.

[11William Lee Adams, « The London riots : how the community od Croydon consumed itself », Time World, 11 août 2011.




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