Bandeau
Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
Slogan du site
Descriptif du site
Amira Hass
Palestine/Israël. Le Shin Beth accusé d’abus de pouvoir dans l’affaire du meurtre de Mer Khamis
logo imprimer

Adnan Naghnaghhiye et Bilal Saadi, fidèles collaborateurs de Juliano Mer Khamis assassiné le 4 avril 2011, sont détenus en Israël sous le régime de la "détention administrative" et sont donc suspendus au bon vouloir des autorités d’occupation.

Rappelons que l’armée et la police israéliennes sont intervenues en dehors de toute légalité internationale, perpétrant un coup de force et ne tenant aucun compte des procédures d’enquête au sein des instances judiciaires palestiniennes.

Qu’en serait-il si la France avait opéré un tel coup de force à l’encontre d’un autre pays sous prétexte d’enquêter sur l’assassinat de l’un de ses ressortissants dans ce pays ? Des réactions ont commencé à se propager dans plusieurs pays, dont ici, aussi bien parmi les milieux culturels, parmi les personnalités ou parmi les associations et partis défendant les droits humains. […]


Juliano Mer Khamis, Paris, 2006.
Photo © Christiane Passevant

Le Shin Beth accusé d’abus de pouvoir dans l’affaire du meurtre de Mer Khamis [1]

Selon les avocats l’assassinat n’ayant pas été caractérisé comme crime de sécurité, le Shin Beth n’a pas, conformément à la loi, autorité pour enquêter. Deux avocats qui s’occupent de l’affaire ont accusé le service de sécurité Shin Beth d’avoir outrepassé ses pouvoirs en enquêtant sur le meurtre du 4 avril de Juliano Mer Khamis, qui était directeur général du Théâtre de la Liberté de Jénine. Abeer Baker, représentant la famille de Mer Khamis, et Smadar Ben-Natan, qui représente l’un des suspects, font valoir que du fait que le meurtre n’est pas déclaré crime de sécurité, le Shin Beth n’a pas légalement pouvoir d’enquêter.

Lors d’un renvoi d’audience mercredi dernier concernant Adnan Naghnaghiye de Jénine, qui travaillait en tant que responsable de la régie et des locaux du Freedom Theatre et vivait à l’étage au-dessus du théâtre, Ben-Natan a demandé si le crime dont il est suspecté « comporte un quelconque élément de délit de sécurité. » Le représentant de la police, l’inspecteur Nasser Salah Nasseraldin, a répondu : « Non, il est soupçonné de meurtre. »

Le Shin Beth a commencé ses investigations presque quatre mois après le meurtre, quand il est devenu clair que l’Autorité Palestinienne ne progressait pas dans l’enquête. Juliano Mer Khamis travaillait à Jénine où le meurtre a eu lieu, mais il était citoyen israélien.

L’enquête du Shin Beth s’est concentrée sur quatre personnes : Naghnaghhiye ; Bilal Saadi, membre de l’équipe du théâtre, qui a été arrêté le 27 juillet ; Raida Sawalem, baby-sitter du fils de Mer Khamis, qui était dans la voiture lors de l’assassinat ; et Rami Hwayel, un étudiant acteur du théâtre. Sawalem n’a pas été arrêtée, mais a été interrogée trois fois.
Naghnaghiye et Saadi ont tous deux été arrêtés pour suspicion d’implication dans le meurtre. Saadi est aussi soupçonné d’appartenance au Front Populaire de Libération de la Palestine.

Officiellement, la police israélienne est responsable de l’enquête. Mais lors d’une conversation entre Baker et l’un des enquêteurs de police, il est devenu clair que la police n’avait pas été prévenue des arrestations — même si au tribunal Nasseraldin a dit que la police et le Shin Beth coopèrent.

Saadi et Naghnaghhiye nient tous deux une quelconque implication dans le meurtre. Mais d’après des documents secrets que le Shin Beth a soumis à la cour militaire via la police, la cour a décidé de les renvoyer à lundi prochain. Ben-Natan a demandé si la police enquêtait aussi auprès de gens non liés au théâtre, dans la mesure où Juliano Mer Khamis s’était plaint de recevoir des menaces de gens opposés à son travail. Nasseraldin a répondu par l’affirmative, mais il a admis que les documents secrets ne contenaient rien qui conduise vers d’autres pistes.

Il est aussi apparu pendant l’audition que la police n’a jamais questionné l’Autorité Palestinienne sur les déclarations que ses enquêteurs ont collecté auprès de témoins oculaires ou d’autres gens interrogés.

Rami Hwayel, l’étudiant acteur, a été arrêté le 6 août mais a été en mesure de prouver qu’il se trouvait à l’étage du théâtre quand le meurtre s’est produit. En conséquence, la cour n’a trouvé aucun fondement permettant de le considérer comme suspect du meurtre — mais elle le tient de toute façon en détention préventive pour suspicion d’être entré une fois illégalement en Israël.

La famille et les amis de Mer Khamis ont dit qu’ils sont satisfaits que des efforts soient effectués pour trouver le meurtrier, mais déplorent les méthodes utilisées par le Shin Beth, qui violent les droits des suspects. Par exemple, il a été interdit à Saadi et Naghnaghhiye de rencontrer leurs avocats depuis leur arrestation, il y a deux semaines. Ben-Natan a déclaré que de telles mesures draconiennes sont rarement prises lors d’enquêtes criminelles ordinaires.

De plus, le Shin Beth, contrairement à la police, soumet de façon routinière les suspects à des privations de sommeil, les menotte pendant les interrogatoires, et ne procède pas à un enregistrement vidéo des interrogatoires. Saadi, par exemple, s’est plaint au juge d’avoir été privé de sommeil, d’avoir du consulter un docteur quatre fois en raison des traitements infligés pendant les interrogatoires et de ne pas avoir pu manger la nourriture puisque ses mains étaient menottées.

Le Shin Beth a répondu que l’enquête « est conduite conjointement par le Sin Beth, les Forces de Défense Israéliennes et la police israélienne, à la lumière du fait qu’un citoyen israélien a été assassiné et en suspectant que le meurtre a été motivé par des raisons nationalistes. La coordination entre le Shin Beth et les autres services de sécurité est conduite conformément aux procédures habituelles mises en œuvre dans toutes les investigations du Shin Beth. »

(Traduction JGG)

Notes :

[1Article paru le 24 août 2011 dans le quotidien israélien Haaretz.

P.S. :

Après l’audience de lundi 21 Aout, nous avons appris que Adnan Naghnaghhiye et Bilal Saadi ne sont plus accusés du meurtre de Juliano ,
ils doivent être libérés dans la semaine.

L’étudiant Rami Hwayel, l’un des acteurs de Waiting For Godot (En attendant Godot) a été condamné à un mois et un jour de prison, pour des séjours illégitimes en Israël. En conséquence, le Freedom Theater a dû reporter la première de cette pièce. De plus, la difficulté à obtenir des visas — Jérusalem-Est étant fermé aux Palestiniens — remet en cause la tournée aux Etats-Unis.

Le 22 Juillet, l’armée israélienne a attaqué une autre fois le Freedom Theatre pour ensuite s’en prendre à la maison de Mohamed Naghnaghiye, le frère d’Adnan et gardien du Théâtre. Les soldats l’ont battu et menotté. Il est maintenant en prison.

Il est clair que l’Armée israélienne et l’État d’Israël ont vraiment l’intention de détruire le Freedom Theater, le Théâtre de la Liberté.

Une pétition nationale " LE THEATRE DE LA LIBERTE DE JENINE DOIT VIVRE ! ", appuyée sur les milieux cuturels et associatifs, est en cours de finalisation.

Information des Amis du Théâtre de la Liberté de Jénine (ATL Jénine), 24 août 2011.




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.47