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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Nicolas Mourer
Le système A
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Qu’ont en commun Joël Mauvigney, Benoît Lemelle et Jacqueline Ury ? Ce sont des spécialistes de l’andouillette. Ils évaluent, selon des critères précis, la qualité d’une andouillette dont la meilleure peut se voir affublée du quintuple A, notation suprême. Exerçant une influence sur la réputation gastronomique d’un restaurant proposant de la tripe, perdre un A, peut, pour un professionnel, être aussi préjudiciable que de se voir déclasser au Michelin, insulté au Guide du Routard, égratigné par le Gault et Millau, ou désembourgeoisé dans Guide Bleu. Tremblez restaurateurs, les petits cochons veillent à la qualité de la cuisson, au respect de l’élaboration, en clair : aucune part d’ombre dans la préparation de la chose molle n’est tolérée. Le label AAAAA ne supporte pas que l’on soit un trublion de la charcutaille. Vous pouvez toujours candidater via le site : http://aaaaa-asso.fr/

Vendredi 5 août 2011. Le Congrès a bénéficié de douze petites heures pour affiner sa stratégie de communication avant d’annoncer le fiasco. Républicains et Démocrates ne tiennent plus en place : impatiences dans les pieds, comme des ânes. En effet, le verdict doit inéluctablement apparaître aux grands yeux du public, de l’opinion, des marchés, des pouvoirs publics : l’agence Standard and Poor’s vient d’enlever un A au triple A qui auréolait les Etats-Unis de la réputation de gestionnaire inattaquable en matière de déficit public. En clair, la dette restait souveraine en l’état (sic !). Sitôt le A disparu, la bourse mondiale panique, les cours s’effondrent, les valeurs les plus cotées passent au rouge. Même chez nous, les entreprises qui pavoisaient au CAC 40 voient leurs investisseurs se carapater jusqu’à provoquer le dévissage des banques, Société Générale en premier qui se vautre avec un rabais de -14,67%. Des rumeurs de faillite courent, la SG dément. Papi, on va mettre notre pognon sous les matelas, dans les pots de fleurs : adieu les SICAV, les assurances vie, les fonds de trésorerie dopés au taux d’intérêts grapillés sur les crédits revolving… Même l’euro envisageait d’exploser, aux dires des économaîtres, les experts du chiffre. Mais : Barack Obama a tout de même le sens de la logique et nous raconte, lors d’une allocution de dix minutes, que même que si on a deux A (AH !, AH !), et ben on en a trois quand même (Ah, ah ?). Mais : not’ Sarko qui prend des m’zures en cavalant devant les caméras, interrompt ses vacances pour rassurer les marchés. Comment ? En organisant une réunion extraordinaire, dans un Palais de l’Élysée en travaux d’où rien ne sort d’autre qu’un bilan nickel, une feuille de route inchangée. Bref, stopper ses congés, pour réunioner et finir par ne rien dire : cela n’a rassuré personne. C’est louche…

Standard and Poor’s, c’est l’agence météo des cotations boursières, avec Fitch et Moody’s. Ces trois-là se marrent, ok : mais comment fonctionnent-elles ? Quelle idéologie sous-tend leurs préconisations ? Je vous le dis nettement : la navigation pifométrique. Il n’est que de voir leur
« critérier », à savoir leur tableau d’évaluation. En gros : AAA = sécurité optimale / de AA+ à BBB- = De bonne qualité à qualité moyenne inférieure / de BB+ à B- = Spéculatif / de CCC+ à CCC- = Risque substantiel extrêmement spéculatif / D = en défaut. Soit, mais « optimale » par rapport à qui ? Par rapport à quoi ? « substantiel », mais de quelle substance parle-t-on, là où l’absurdité règne ? Et que signifie « en défaut » lorsque la dette est évaluée à 1646 milliards pour la France et 2000 milliards pour l’Italie et que ces deux pays conservent la cote ?

Il existe dans ce bas monde, des gens de bon sens, qui aiment le vin, la vie, la salade et s’amusent un peu en notant, sans se prendre trop au sérieux, des tripes, avec leurs tripes. Pas de motivations commerciales, financières ou publicitaires chez nos gars de l’andouillette. On aime se faire plaisir.

Il existe dans ce monde bas, des gens qui émargent au rayon d’une philosophie merdique : l’apeuprisme. C’est un courant de pensée qui jauge la réalité en amalgamant, avec un radar acheté chez grosso merdo, des notions troubles et usent d’une influence à la « va-comme-tu-flippes ». On les paie pour ça, avec le déficit qu’ils évaluent on les paie. Et plus le déficit est grand, plus on creuse le nôtre en les payant. C’est un trou sans fond. Un trou de connerie, un trou dans lequel on navigue à vue. Standard and Poor’s, c’est l’histoire de quelques mecs qui se la jouent à huis-clos, partent trois jours dans un hôtel club de Miami, constatent qu’il y a moins de touristes que l’année dernière, que le whisky coca est dégueu par rapport à celui qu’on buvait avant, serrent la pogne au shérif du coin et, comme il a eu une gastro la veille, il a le teint gris, alors la note risque de vaciller. On fait une réunion… pardon, une conference call, avec les leader analysts du groupe et l’on se dit que ces paramètres vaseux, qui se recoupent avec quelques règles mathématiques déracinées, vont décider du sort de l’économie mondiale. Pire : du sort des populations, des famines, des précaires, des petites gens, des braves gens qui ne se rendent même plus compte que le pouvoir politique n’existe plus. Les pères fouettards n’en ont que l’apparence puisqu’ils sont eux-mêmes dépassés par ce qu’il est convenu d’appeler : un non-événement. Un A en moins… Il y a quelque chose de l’ordre de l’extrême droite dans ce A qui s’en va, quelque chose de révoltant qui nie la réalité de la mort des gens, les suicidés de la dette, les sacrifiés du surendettement.

Si ceux-là, si nous, si vous, si tout le monde a encore ce courage et un semblant de deniers en poche, je les invite à réaliser ce geste simple : acheter une andouillette, l’envoyer en colissimo chez Standard and Poor’s pour leur montrer que cinq cris d’amour avec des grand A valent mieux que trois murmures d’andouilles.




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