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Christiane Passevant
La Bombe. De l’inutilité des bombardements aériens
Howard Zinn (LUX)
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« Dans l’abri, tout le monde criait à tue-tête […] Je ne sais combien de fois j’ai imploré qu’on m’ampute les bras et les jambes brûlés. »

En 1945, l’objectif des bombardements atomiques était de tuer des civils. Les villes d’Hiroshima et de Nagasaki n’avaient pas été choisies au hasard ou en raison de la proximité de bases militaires, ces villes étaient au Japon parmi les plus peuplées. L’utilisation de bombes nucléaires était donc une démonstration de force, qualifiée par le président Truman avec une indécence notoire de « plus grand événement dans l’histoire », et destinée à intimider les Soviétiques. D’où la question posée par le sociologue Kai Erickson dans le livre de Howard Zinn, La bombe. De l’inutilité des bombardements aériens : « dans quel état d’esprit un peuple essentiellement honnête doit-il se trouver, quel genre de contorsion morale doit-il accomplir, pour être prêt à anéantir jusqu’à 250 000 êtres humains dans le seul but de marquer des points ? » Question essentielle et brutale dans le contexte de la vague d’attaques guerrières perpétrées par les "forces alliées" occidentales au nom d’"interventions humanitaires".

La démonstration atomique sur les villes d’Hiroshima et de Nagasaki a coûté la vie à des centaines de milliers de personnes, les 6 et 9 août 1945. Les années suivantes, la mort a continué de frapper avec la contamination et les radiations subies par la population civile. Il fallait donc une énorme dose de cynisme et d’indifférence pour oser parler de « plus grand événement dans l’histoire » quand il s’agit de crime de guerre.

« En une fraction de seconde, dans un rayon de 800 mètres, les personnes exposées à la boule de feu provoquée par Little Boy ont été carbonisées, réduites en amas fumants, leurs organes internes évaporés. […] Parsemant rues, ponts et trottoirs d’Hiroshima, ces petits tas noirs se comptaient par milliers. Au même moment, des oiseaux prenaient feu en vol. Dans un crépitement, insectes, écureuils et animaux de compagnie étaient anéantis.Richard Rhodes, The Making of the Atomic Bomb, New York, Simon and Schuster, 1986, in Howard Zinn, La bombe. De l’inutilité des bombardements aériens. »

Prise de conscience de l’atrocité et des conséquences abominables de bombardements, ce petit livre de Zinn décrit et condamne la stratégie militaire qui s’enorgueillit de sa puissance en massacrant des victimes civiles. Ce texte d’un opposant à la politique étrangère étatsunienne est d’autant plus important que se répètent les mêmes décisions avec les mêmes justifications inacceptables pour que la puissance d’un État puisse exercer son droit de « commettre des atrocités, que ce soit à Auschwitz, à My Lai, en Tchétchénie, à Waco ou à Philadelphie où les familles membres du groupe MOVE ont subi les bombes incendiaires de la police. »

Les bombes sont au cœur de la stratégie militaire étatsunienne, de Hiroshima à l’Irak, à la Libye aujourd’hui… Mais les Etats-Unis sont un modèle, et le gouvernement français, entre autres, n’est pas en reste, ni l’armée israélienne d’ailleurs pendant la guerre au Liban de 2006 ou les massacres de civils en 2008-2009, durant l’opération « Plomb durci ».

P.S. :

Howard Zinn

La Bombe. De l’inutilité des bombardements aériens

Traduit de l’anglais par Nicolas Calvé (Lux)

Howard Zinn (1922-2010) a grandi à Brooklyn dans les quartiers pauvres d’immigrés. Il a été professeur de science politique à l’université de Boston pendant plus de 40 ans. Historien des résistances et de l’incidence des mouvements populaires sur la société américaine, il est l’auteur de nombreux livres, dont Une histoire populaire des États-Unis de 1492 à nos jours (Lux/Agone) et La mentalité américaine : au-delà de Barack Obama (Lux).




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