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Partir, un point c’est tout
Veronica Vega
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C’est le titre du premier roman de Veronica Vega, qui fut longtemps animatrice du collectif Omni Zona Franca, groupe de poètes, vidéastes, performeurs, plasticiens, etc… Ce roman s’inspire de la vie à Alamar, ville de banlieue de La Havane, où est installé le collectif, pour dire le quotidien cubain, depuis les années 1990, la pénurie, les espoirs, mais aussi l’attente d’un futur qui semble ne jamais venir.

Partir, un point c’est tout est le premier roman de Verónica Pérez Vega. D’inspiration autobiographique, il n’est pas une autobiographie mais bel et bien un roman. Une auto-fiction ? Peut-être, mais collective : celle d’une famille déchirée, d’un cercle d’amis séparés, d’un pays dont les habitants sont disséminés de par le monde. Peu importe l’étiquette, en fait, car c’est par l’originalité et l’efficacité de son écriture que ce livre parvient à convaincre le lecteur. Sa force réside d’abord dans le fait que le témoignage personnel ne se borne pas aux frontières de l’intime.

Ce que Verónica Pérez Vega écrit d’elle et de ceux qui l’entourent en dit long sur Cuba aujourd’hui. Elle raconte un mois de sa vie, ou peut-être une année, ou toute une vie. Car le temps, à Cuba, passe lentement, très lentement. C’est en regardant les photos de la veille que l’on se rend compte qu’un jour vient de passer. Dans le récit, les sujets s’entremêlent : les difficultés du quotidien, l’enfant qu’elle élève seule depuis que le père l’a quittée pour aller s’installer en Espagne, sa vie auprès de sa mère, seule également depuis que l’autre père absent (celui de la narratrice) est aux États-Unis, ses amis qui sont partis chercher ailleurs une vie meilleure et avec lesquels elle correspond par courrier électronique, et ses amis qui sont restés, avec lesquels elle se réunit dans des cercles alternatifs d’artistes et d’intellectuels, en marge des circuits officiels de la culture.

Mais être en marge, à Cuba, n’est pas une mince affaire : la narratrice vit loin du centre de La Havane, à Alamar, une banlieue sans charme que les problèmes de transport ont rendue de plus en plus inaccessible ; son fils a les cheveux trop longs pour être l’homme nouveau que l’école cubaine veut forger ; ses compagnons d’écriture peinent à obtenir leurs autorisations de sortie de Cuba. Elle-même a commencé à écrire son roman sur un passeport périmé, sur lequel jamais n’a été apposé le visa pour les États-Unis demandé en 1993. À quoi bon, d’ailleurs ? Son père lui avait écrit, comme un signe avant-coureur : ” ne viens pas me rejoindre à New York, je ne peux pas te recevoir chez moi. Va plutôt à Miami. ” Ni New York, ni Miami… ce sera pour toujours Alamar. Rarement lue car encore trop souvent victime de la censure, la littérature écrite par des Cubains non expatriés est particulièrement riche.

Avec cette première publication mondiale de Partir, un point c’est tout, Veronica Perez Vega apparaît incontestablement comme l’une des voix
les plus originales et les plus prometteuses de la littérature cubaine contemporaine. Aux antipodes des cartes postales qui montrent une Havane dont même les ruines semblent belles aux yeux de certains, ce roman est un portrait vivant et complexe de Cuba. Rien ne semble
inventé : ni les gens, ni les multiples références au monde cubain
des arts et de la culture, ni les détails du tableau de la vie quotidienne où surgissent quelques reliquats de l’influence soviétique en même temps que la prégnance et l’attirance pour les Etats-Unis, perçus comme un eldorado, une terre de liberté malheureusement accessible pour un quota de citoyens cubains limité chaque année. Écrire un quotidien assez mélancolique sans ennuyer le lecteur, en évitant tout misérabilisme, toute complaisance : tel est le défi que Verónica Pérez Vega a su relever dans ce roman intelligent, polyphonique et dense.



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