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Nestor Potkine
« Survivre sans loyer » Extraits d’un bref manuel du squatteur à New York.
Extraits d’un bref manuel du squatteur à New York
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« Les deux tiers des New-yorkais consacrent 40%, ou plus, de leur revenu à leur logement.
Il y a cent mille personnes sans domicile fixe à New York.
La municipalité possède 65% des logements vacants de Harlem et de quartiers comparables.
310 000 logements ont été vidés par l’absence d’entretien, l’incendie volontaire ou l’abandon pur et simple. »

« 1. COMMENT FORMER UN GROUPE

Ce premier pas est peut-être le plus difficile, parce qu’un groupe mal choisi fera plus de mal au projet que ne pourrait le faire la municipalité dans bien des cas. Les gens avec qui vous vivez et travaillez sont plus importants que l’immeuble que vous prendrez. Chaque groupe a son propre style ; certains sont plus politiques que d’autres ; certains veulent faire la fête ; certains sont très terre-à-terre et légalistes ; certains sont artistiques ; d’autres veulent simplement sortir de la mouise. Quel que soit le style de votre groupe, gardez à l’esprit que vous n’êtes pas en relation que les uns avec les autres ; vous êtes aussi en relation avec le voisinage. (...)

Il n’existe pas de groupe de personnes vivant et travaillant ensemble qui tombe d’accord sur tout ; quelqu’un dans le groupe aura toujours à oublier, abandonner ou diluer une idée. Comme vous allez vivre sans propriétaire, sans possibilité d’appeler la police pour résoudre vos conflits, c’est une bonne idée que de réfléchir un peu au choix des gens avec qui vous allez vivre.

Une fois que vous avez décidé de squatter, c’est à vous de faire le premier pas. Comment vous vous y prenez dépend de votre situation. Si vous vivez dans un foyer, vous avez déjà près de vous des personnes dans la même situation que vous. Après avoir étudié ce livre, la prochaine fois que vous entendrez quelqu’un dire « Et merde ! J’en ai marre ! », parlez de votre idée. Asseyez-vous, prenez un café et discutez des avantages et des inconvénients d’un squat. Nous sommes sûrs que vous ne serez pas d’accord avec certaines des choses que nous dirons dans ce livre, tout comme nous sûrs que vous aurez des idées par vous-même. Communiquer de cette façon vous permettra de monter un groupe qui prendra au sérieux l’idée d’un squat.

Nous pensons que six adultes est un groupe assez grand pour prendre un immeuble. Décidez vous-même ce que le mot « adulte » signifie. Si pour une raison ou pour une autre, votre groupe ne compte que deux ou trois personnes, ne soyez pas découragés. Allez-y, parce qu’une fois qu’un squat s’ouvre, vous ne manquerez pas de gens qui chercheront un coin où s’installer.

S’il se trouve que vous êtes isolé, c’est-à-dire que vous vivez seul dans un hôtel, voire dans la rue ou un jardin public, et que vous ne pouvez pas rassembler assez de gens, n’abandonnez pas ! Souvenez-vous que cette ville est pleine de gens sans domicile fixe et que, pour commencer votre propre groupe, vous n’avez besoin que de quelques-uns d’entre eux. Vous pouvez faire de la publicité sur les réverbères et les panneaux de petites annonces. (...)

Nous nous sommes rendus compte qu’avoir des règles est indispensable. Les règles doivent être discutées en détail, et tout le monde doit être d’accord. Il vaut mieux les écrire, parce que les accords verbaux ont tendance à devenir très vagues après quelques mois.
Voici un exemple de règles qui peuvent vous aider à fixer les vôtres :

Pas de drogues dures, parce qu’elles peuvent être un prétexte pour nous expulser.
Pas de violence.
Pas de vol.
Ne pas respecter l’une de ces trois règles peut conduire à l’expulsion hors du squat, même si chacun doit se souvenir que des squatters n’ont aucun droit légal à expulser qui que ce soit.
Chaque membre du squat doit travailler un minimum d’x heures au bénéfice commun du squat. Ce travail peut consister à s’occuper des enfants, ou à d’autres tâches non directement liées au bâtiment. Le travail de chacun dépend des capacités de chacun.
Chaque membre du squat doit payer x par mois pour la reconstruction des parties communes, le toit, l’escalier, la plomberie, l’électricité, etc. (...)
Tout nouveau membre passe par une période d’essai pendant laquelle il/elle travaille sur les parties communes en compagnie des autres membres, après quoi il/elle peut être accepté.e si tout le monde est d’accord.

Ces règles sont les nôtres ; votre environnement est sans doute différent. Pensez, avant d’expulser qui que ce soit, à la cruelle vague d’expulsions qui a mis tant de gens à la rue.

2. TROUVER UN IMMEUBLE ET L’INSPECTER

New York est pleine d’immeubles vides dont l’état va de la coquille totalement détruite à l’intérieur jusqu’à l’immeuble absolument intact. Pour trouver quelque chose, le mieux est de se promener en gardant les yeux ouverts. Il vaut mieux se concentrer sur les quartiers où il y a déjà beaucoup de squatters, parce que, là, le voisinage sera moins négatif. Regardez bien les immeubles à côté de celui qui vous intéresse.

Si l’immeuble a l’air d’avoir été rénové pour les riches, ça peut vous attirer des ennuis de la part des voisins ou de la police. On peut parfois résoudre le problème des voisins en leur parlant, en leur expliquant son cas. Quelques statistiques sur le nombre de personnes sans domicile fixe ne font jamais de mal. Dites-leur qui est dans votre groupe, et quelle est la situation de chacun. Soyez réaliste et honnête.
Essayez de voir quelles informations vous pouvez obtenir des voisins, en particulier l’histoire de l’immeuble et si il a été déjà utilisé depuis qu’il a été abandonné.

Essayez de savoir si la municipalité, les politiciens, les gangs ou les promoteurs immobiliers ont des vues dessus. Si oui, essayez de savoir s’ils sont sérieux, et, en particulier s’ils ne le sont pas beaucoup, si vous avez des chances de pouvoir vous installer et de rester.

Soyez polis, mais méfiez-vous des gens qui vous veulent du bien un peu trop tôt. Faites particulièrement attention à ne braquer aucun voisin le premier mois, c’est-à-dire la période pendant laquelle vous établissez, légalement, votre résidence. (...)

Inspectez les murs extérieurs de l’immeuble qui vous intéresse. Est-ce qu’il y a de gros trous dans les murs ? Est-ce que les murs ont l’air bombé ou près de s’écrouler ? Est-ce qu’il y a un gros vide là où on devrait voir les joints de ciment ?
Si oui, cherchez ailleurs.

Est-ce que la corniche, ou les volets, ou les fenêtres se détachent ? Si oui, cela présente un danger pour les passants, et il faudra réparer. Mais souvenez-vous surtout que même si une corniche n’est qu’une décoration, qu’elle soit abîmée est un signe que le reste, qui ne se voit pas, peut être abîmé aussi.

Bon, jusque-là, de l’extérieur, votre immeuble n’a pas l’air trop mal. A l’intérieur maintenant. Le mieux, pour ne pas être embêté, est de faire ça le soir. Cela dit, si vous connaissez le quartier, vous vous sentirez peut-être assez à l’aise pour y aller pendant la journée. De toute façon, il vous faut une lampe électrique puissante. Et il faut faire très attention où vous mettez le pied :c’est très facile de passer le pied à travers un plancher pourri, ou de perdre l’équilibre parce que le cadre d’une fenêtre vous reste dans les mains. En général le lieu le plus dangereux dans un immeuble abandonné, c’est le haut, parce que sous le toit les fuites, plus importantes, font tout pourrir. Mais les étages inférieurs ne sont pas vraiment plus sûrs, la vandalisme et l’incendie volontaire [pour les primes d’assurance, Ndt] ont pu frapper n’importe où, cependant que des années de fuite ont pu pourrir le plancher aussi.

Normalement, la voie d’accès la plus facile est par-derrière. Vous pouvez escalader l’escalier de secours [extérieur dans les immeubles américains, Ndt] et passer par une fenêtre. Si par derrière c’est muré, vous pouvez passer par le toit, où c’est normalement facile d’entrer.
Bon, mettons qu’il n’y a pas d’issue par derrière. Vous avez besoin de cinq personnes et d’une échelle de quatre mètres. Deux personnes font le pet. Une personne tient l’échelle, les deux dernières rentrent à l’intérieur. Il vaut toujours mieux essayer d’avoir avec vous quelqu’un qui a l’habitude des vieux immeubles, alors, s’il n’y a personne qui ait ce type d’expérience dans votre groupe, essayez de trouver quelqu’un hors du groupe pour vous aider.

Si vous avez la malchance d’avoir choisi un immeuble complètement muré, il faut y aller par le toit. Et si vous ne pouvez pas passer par le toit, il faut débloquer au burin quelques parpaings de béton d’une fenêtre et passer par cette ouverture. Nous vous recommandons de ne pas faire passer beaucoup de monde pour ne pas attirer l’attention.
C’est plus facile d’entrer si vous avez fait ami-ami avec le voisin d’à-côté, parce que vous pouvez arriver sur le toit par son toit à lui.

Et voilà ! Après des semaines de plans, de gens qui ne viennent pas aux réunions, de discussions, ça y est, vous êtes à l’intérieur et vous êtes prêts à inspecter le bâtiment. Il est à peu près certain qu’il va avoir l’air, et l’odeur, d’une merde. Il y aura des meubles pourris, des débris, des bouts de plafond tombés. Certains appartements auront été incendiés. Ne soyez pas découragés, c’est tout à fait normal.

Inspectez le toit. Voyez s’il y a des trous. Essayez de voir s’il manque des poutres. Pour voir si le bois est pourri, plantez-y un couteau et voyez jusqu’où ça va. Regardez ça là où l’eau stagne. Cela dit, un bon centimètre de pourriture ne signifie pas nécessairement que la poutre est fichue. Les poutres du milieu des plafonds sont les plus importantes, parce que ce sont celles qui cèdent les premières.(...) Si les poutres de plancher penchent de plus d’un centimètre ou deux, la structure est probablement dangereuse. On peut quand même placer des étais, récupérés dans d’autres immeubles abandonnés.

Inspectez les escaliers. Si vous avez de la chance, il ne manquera que quelques marches. S’il n’y a plus du tout d’escalier, vous avez du pain sur la planche. Peut-être trop pour vos forces. Et un squat a été expulsé par les pompiers parce qu’il n’avait pas d’escaliers. Une évacuation par la municipalité peut se combattre légalement assez longtemps, une évacuation pour raisons de sécurité est rapide et sans pitié.

Inspectez le tout-à-l’égout. Il est à peu près sûr que les toilettes seront fracassées ou enlevées par la municipalité, mais la tuyauterie est peut-être récupérable. Suivez les tuyaux d’évacuation jusqu’au sous-sol, et regardez tout du long s’ils fuient. La municipalité peut avoir fait exprès de les percer pour décourager les squatters. Les tuyaux de cuivre auront certainement été enlevés [le cuivre coûte très cher. Ndt.], mais des tuyaux d’acier sont peut-être encore là et utilisables. Si votre plomberie est en bon état, vous pourrez avoir de l’eau assez vite. Sans ça, il vous reste la borne d’incendie à desserrer à la pince aviation.

Inspectez la porte d’entrée. Si elle a été murée avec des parpaings, assurez-vous que la porte est utilisable ou une fenêtre est utilisable avant de déjointer les parpaings. Soyez prêts à prendre le contrôle de l’entrée de l’immeuble une fois que vous y serez rentré et surtout que vous ne cacherez plus le fait que vous y habitez.

3. EMMENAGER

Bon, vous voilà prêts à emménager. Si le quartier est crade, il est très possible que personne ne vous embête pendant que vous casserez les parpaings. Au marteau-piqueur, on dégage une porte en sept minutes. Enlevez les parpaings du trottoir. Balayez le trottoir pour en enlever les débris, qui révèlent ce que vous venez de faire. Vous avez le choix, faire ça très discrètement, avec des sentinelles pour prévenir de l’arrivée des flics, ou amener le plus grand nombre possible d’amis et de supporters et défier les flics d’intervenir. Il est possible, et peut-être mieux, de travailler de l’intérieur, pour enlever comme ça les parpaings un à un.

Il faut avoir une porte et un cadre de porte prêt à être placé dans la nouvelle ouverture. Mesurez et faites votre trou aux dimensions du cadre de porte que vous aurez. De toute façon, travaillez vite et discrètement. Une fois à l’intérieur, s’il n’y a pas de porte utilisable, soit vous faites une barricade, soit vous mettez une porte. Les cadres de porte et les portes sont assez facilement récupérées sur les immeubles abandonnés et les chantiers. A moins que vous ne soyez vraiment très fort, il faudra deux personnes, ou un caddie pour déplacer la porte et son cadre.

Pour installer la porte d’entrée, placez le cadre dans l’ouverture et remplissez autour des bords avec des bouts de parpaing et du mortier (deux sacs de mélange à mortier devraient suffire). Assurez-vous que le bas du cadre sera exactement de la même largeur que le haut, une fois qu’il sera mis en place. Sans ça la porte ne fermera pas. Utilisez une planche qui a été coupée à juste la bonne épaisseur pour garder le bon espace sous le cadre pendant qu’il est installé. Assurez-vous que le cadre est bien droit, pas tordu ou plié ou penché. Si vous avez un cadre en métal un peu tordu, vous pouvez le redresser au marteau, en le mettant sur le trottoir et en utilisant un bloc de bois pour qu’il ne soit pas trop abîmé.

Installez le cadre de façon que la porte ouvre vers l’intérieur de l’immeuble. Il y a des crochets d’acier sur l’intérieur de cadre qu’il faut plier pour qu’ils ancrent le cadre dans le mortier. Pendant que vous remplissez l’ouverture autour du cadre, assurez-vous que vous remplissez aussi l’intérieur du cadre qui ne serait pas aussi solide sans cela. Si vous n’avez pas pu vous acheter une serrure solide pour la porte, une chaîne et un cadenas suffisent. Passez la chaîne dans un premier trou dans la porte et un second dans le mur du cadre.

Peignez le nom de votre groupe et votre adresse sur la porte. Le mieux est de faire le plus de travail possible en avance, de façon que, le jour où vous vous lancez, vous n’ayez qu’à mettre la porte et son cadre ensemble en place d’un seul coup.

Mais si tout ça est trop pour vous au départ, il faut quand même que vous ayez une sorte de barricade, et que vous ayez en permanence quelqu’un à l’intérieur pour laisser sortir ou entrer les gens. Ne laissez jamais votre squat vide sous aucun prétexte, en particulier juste après avoir emménagé. Il faut avoir quelqu’un en place le jour, quand la plupart des gens sortent. Le risque de voir arriver la police et autres malfaiteurs juste après votre arrivée est très élevé. Ne laissez entrer personne dont vous n’êtes pas sûrs. Et certainement aucun flic, ni personne de la municipalité s’ils n’ont pas un mandat de perquisition. Laissez la porte fermée et cadenassée en permanence, ne vous asseyez pas sur le porche avec la porte ouverte. Parce que, comme vous occupez les lieux illégalement, il n’y a pas de raison de transformer votre porte en invitation permanente pour les flics et les voleurs. Il n’y a rien de pire que de revenir chez soi et de découvrir qu’on vous a fauché vos outils, vos radiateurs électriques et vos sacs de couchage, hormis monter vers votre appartement et rencontrer un junkie qui en descend avec votre radio dans une main et un couteau dans l’autre.

Votre sécurité dépend de votre capacité à rendre l’entrée de votre squat si difficile que la plupart des voleurs passeront leur chemin. Mais si votre immeuble a l’air minable et qu’on voit bien qu’il n’y a que des pauvres qui y vivent, vous n’avez peut-être pas besoin d’autant de sécurité. Il vaut quand même mieux barrer vos fenêtres du rez-de-chaussée avec des parpaings. Ou même avec du contreplaqué. Enlevez ce qui pourrait servir à escalader la façade en cassant, ou en mettant des tessons de bouteille dans du ciment. Une bonne longueur de fil barbelé en-dessous des fenêtres du premier étage ne peut pas faire de mal. Attention aux ouvertures par le toit.

Notez que le fait d’avoir une porte avec une serrure, des lits et du matériel de cuisine n’est pas seulement important pour votre bien-être, mais ça permet aussi d’établir votre résidence, donc de ralentir les procédures d’éviction. (...).

4. REPARATIONS URGENTES

Dans la plupart des cas, les réparations les plus importantes à entreprendre dans un immeuble abandonné concernent le toit, qui, à peu près certainement, fuira. Le toit a d’habitude un ou plusieurs trous de grand dimension, que ce soit à cause d’un incendie, des pompiers ou des vandales de la municipalité. Pour votre confort il suffit de choisir des pièces où il n’y a pas de fuites. Mais un immeuble où le toit fuit beaucoup ne laisse pas beaucoup d’endroits où vivre. Donc ce n’est pas un bon immeuble à squatter, entre autres parce que plus il y a de squatters, plus il est facile de combattre les procédures d’expulsion et les incursions des criminels et des dealers. Plus vous êtes nombreux, plus c’est facile de retaper votre nouveau domicile.

L’entretien à long terme d’un immeuble dépend plus du toit que de n’importe quoi d’autre. Si le toit n’est pas entretenu, il pourrit, jusqu’à ce qu’il s’écroule. Alors les parquets s’écroulent à leur tour et un jour les murs s’écroulent eux aussi. Ce qui laisse un gros tas de moellons et de poutres pourries qui coûte une fortune à la ville en frais d’évacuation, ce qui est pourtant ce qu’elle laisse faire avec des milliers d’immeubles qu’elle possède.

Enlevez tous les débris du toit et balayez-le. Comblez les trous. Vous pouvez mettre des plaques de contreplaqué. Si le travail est considérable, il vaut mieux faire des plans, sur du papier, qui vous aident à réfléchir à ce qu’il faut faire, qui permettent de prévenir les éventuelles erreurs et à tout le monde de comprendre ce qu’il faut faire. Les bibliothèques publiques sont pleines de livres utiles sur l’art du charpentier, de l’électricien, du plombier, etc.

Si réparer le toit dépasse vos forces pour l’instant, le plus simple est de mettre une bâche de plastique lourd, tenue en place par du ciment. Pensez d’abord à nettoyer la surface à couvrir. Vérifiez que la gouttière existe et qu’elle est vide. Le mieux est de couvrir tout le toit d’un coup avec la même bâche. Si vous devez couper le plastique pour couvrir tout le toit, assurez-vous que là où les bouts se rejoignent, un bout recouvre l’autre, et que vous avez bien bouché le tout avec du ciment, sans laisser la moindre ouverture. (...) Ce n’est qu’une protection temporaire, mais si vous avez bien fait votre travail, ça devrait vous durer un hiver. Mais la chaleur de l’été va cuire le plastique, qui cassera. Une bonne technique pour faire durer votre plastique plus longtemps est de le faire reposer sur un lit de ciment. Assurez-vous que vous ne laissez pas de bulles et que tout le plastique colle au ciment. S’il vous reste du plastique, vous pouvez l’utiliser pour bloquer les fenêtres qui n’ont plus de vitres. Et s’il vous en reste encore, vous pouvez vous en faire des tentes d’intérieur, qui seront très pratiques pendant l’hiver new-yorkais.

Mettez des étais où il faut, bloquez l’accès aux pièces où le parquet ou le toit sont dangereux. Attention, placez les étais contre quelque chose de vraiment solide, sans ça vous ne ferez qu’aggraver le problème.(...) Même si les murs extérieurs sont en général porteurs, et les murs intérieurs en plâtre généralement pas, il vaut mieux ne pas enlever un mur au-dessus duquel, à l’étage supérieur se trouve un autre mur au même endroit. (...)

Les trous dans les conduites d’évacuation des eaux peuvent être bouchés par plusieurs méthodes différentes, dont la fibre de verre, le ciment pour toit, et les matériaux que l’on utilise pour réparer les carrosseries. Tant que vous n’aurez pas réparé vos conduites, vous serez contraints de vider votre pisse et toutes les autres eaux sales dans le caniveau. Ne les jetez jamais par la fenêtre !

Pour enlever les débris, commencez par les étages du haut et descendez. Ne jetez rien par les fenêtres, si vous ne voulez pas que vos voisins se plaignent. (...)

C’est une bonne idée de prendre des photos ou des vidéos du travail que vous avez fait pour l’immeuble, même si vous croyez que ça peut servir de preuve de votre illégalité. Non. Et gardez les factures de tout ce que vous achetez, parce que tout ça prouve que vous êtes des habitants sérieux, de bons citoyens, pas des vagabonds (l’un des stéréotypes négatifs contre les squatters).

5. LUMIERE, CHALEUR, ET SECURITE INCENDIE

Les bougies sont la manière la plus simple d’éclairer [et de très loin la plus belle. Ndt.] Les meilleures bougies sont celles qu’on trouve dans de larges écrins de verre, en général avec une image de saint peinte dessus [dans notre beau pays catholique, les églises débordent de ces grosses bougies pour neuvaines. Si vous ne voulez pas choquer les fidèles, les capsules de bouteilles de bières font un joli bruit de pièce de monnaie dans le tronc à offrandes. Ndt.]. Elles durent longtemps et ne s’éteignent pas au moindre souffle. Le froid ne les fragmente pas. Vous pouvez avoir plus de lumière avec une bonne vieille lampe à pétrole. Si vous les utilisez, pensez à couper la mèche de temps en temps pour obtenir plus de flamme et moins de fumée. (...)

A New York, le chauffage n’est pas un luxe en hiver. Un locataire peut attaquer son propriétaire en justice s’il ne chauffe pas assez [Le mauvais état du chauffage central dans un grand nombre d’immeubles de New York a de quoi stupéfier. Ndt.]. Les poêles à kérosène, même s’ils sont encombrants et assez dangereux, sont pratiques et pas chers. Ils sont illégaux, mais on peut quand même en acheter facilement. Votre kérosène sera bien moins cher hors de Manhattan. Attention ! Ne stockez pas votre kérosène dans la même pièce que les radiateurs, et ne vous endormez jamais avec le radiateur allumé.

[Suit un long développement sur l’art de construire des poêles à bois en recyclant de vieux barils, un peu comme les marchands de marrons chauds. En France, l’usage d’un tel poêle constituerait un excellent prétexte pour une expulsion pour raisons de sécurité. Les tout petits mais très puissants radiateurs électriques sont devenus très bon marché, mais les conseils suivants valent pour eux aussi. Ndt.]

Avoir des extincteurs et des détecteurs de fumée est une bonne chose, tant pour vous que pour prouver aux autorités que vous respectez les règlements de lutte contre l’incendie. Quelle que soit la façon dont vous chauffez votre logement, ventilez-le soigneusement et ne laissez jamais un radiateur ou un feu allumé sans surveillance. Gardez les passages et les escaliers libres d’obstructions. Placez des extincteurs ou des seaux de sable ou d’eau à chaque étage, à un endroit facile d’accès. (...)
Note de février 1997. L’après-midi du 9 février 1997, un petit feu accidentel se déclencha au deuxième étage de l’East Fifth Street Squat, à cause d’un petit radiateur électrique. Les habitants évacuèrent l’immeuble et le laissèrent aux mains des pompiers, qui prirent tout leur temps pour éteindre l’incendie, ce qui aggrava les dégâts. Une fois le feu éteint, la police empêcha illégalement les habitants dans leur logement qu’ils décrétèrent « dangereux » et démolirent le jour d’après sous les yeux mêmes de ces habitants. Morale : éteignez vos feux vous-mêmes et faites autant confiance aux pompiers qu’à la police.

6. IMPROVISER LES TOILETTES, L’ALIMENTATION EN EAU ET LA CUISINE

Utilisez des seaux ou des bouteilles vides pour les « eaux usées ». Pour garder les seaux propres ne jetez jamais le papier hygiénique dedans et rincez-les souvent à l’eau de Javel. Les chantiers regorgent de grands seaux de plastiques, idéaux. Pour chier, visez dans quelques pages du New York Times, repliez-les, mettez-les dans un sac poubelle, et jetez le sac poubelle dans les poubelles municipales. Evitez de le faire dans les poubelles de vos voisins. Si vous laissez votre squat devenir sale, non seulement vous risquez de vous faire expulser très vite, mais vous rendrez la vie plus difficile aux autres squatters.

Gardez vos aliments dans un sac pendu, de façon que les souris et les insectes et les chats n’y arrivent pas. Faites de même pour vos ordures et jetez-les chaque jour. [Le traducteur se souvient d’avoir vomi en découvrant dans son évier, après avoir négligé de faire la vaisselle quinze jours durant, d’énormes vers blancs. Depuis, son argenterie et son cristal étincellent. Ndt.]

(...)

Pour rendre votre squat plus confortable, vous pouvez contacter l’église du coin ou la Croix-Rouge. Il se pourrait bien qu’ils vous donnent, ou vous vendent pour pas cher, des couvertures. Quand il fait vraiment froid, pour avoir vraiment chaud, il faut se faire une espèce de tente autour de son lit, qui conserve la chaleur émise par le corps. Une bonne isolation est créée en recyclant de vieux tapis ou de vieux tissus sur les planchers, les murs, le plafond. Le papier journal fait un excellent papier peint, en particulier sur les murs où la peinture s’est écaillée.

On peut acheter des portes, des fenêtres et des cadres de fenêtre aux chantiers de démolition, ou les récupérer.

L’électricité, l’eau et d’autres services peuvent être obtenus par certaines méthodes que vous pourrez découvrir en utilisant votre imagination ou l’expérience des autres squatters. Par ailleurs, un raccordement à l’électricité est une preuve de résidence.

[Le dernier chapitre, intitulé « Emmerdements légaux » ne servirait pas à grand-chose dans le contexte français, très différent du contexte américain. Ndt.]




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