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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Nestor Potkine
Collaboration, étroite, entre anatomistes allemands et bourreaux nazis
De l’influence du stress sur la femelle humaine
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Accrochez-vous. Vous pensiez tout savoir des atrocités nazies. Vous pensiez tout savoir de ce qu’un être humain peut infliger à un autre être humain. Les Einsatzgruppen qui abattaient à la mitrailleuse trois mille femmes, hommes et enfants nus dans l’hiver ukrainien, devant une tranchée déjà emplie de cadavres et d’agonisants. Les kapos qui battaient les déportés à mort, les chiens qui déchiquetaient les enfants.

Non. Notre connaissance du crime vient, récemment, d’augmenter encore. Un article d’Heather Pringle dans le numéro du 16 juillet de Science révèle la collaboration, étroite, entre anatomistes allemands et bourreaux nazis. Entre 1907 et 1932, l’Allemagne ne condamnait « que » 20 civils à mort par an, en moyenne. Mais entre 1933 et 1945, les prisons allemandes ont exécuté 16 000 civils, traîtres au Führer, au Reich, à la pureté raciale, etc. De quoi faire avancer la science. Chaque institut d’anatomie fut donc assigné à une salle d’exécution capitale. Et l’institut concerné était prévenu, en temps et en heure, de l’imminence des exécutions, afin qu’un assistant et un camion puissent récupérer le… comment dire ? Le matériel d’étude. Orden muss sein.

Le lien entre prison et université, entre bourreaux et médecins, était si étroit qu’à Vienne les autorités organisèrent la livraison de manière régulière, par tramway, entre la guillotine à la cour d’assises et la faculté de médecine. On surnomma la chose « le transport mortel ». L’efficacité étant la mère du succès, si la morgue de la faculté était pleine, on retardait les exécutions. Une étude de l’université de Vienne, en 1998, citée par Pringle donne le chiffre de 1337 victimes des nazis, disséquées par les carabins. Sabine Hildebrandt, anatomiste de l’université d’Ann Arbor dans le Michigan estime que 10 instituts d’anatomie ont reçu 3228 cadavres de victimes. Elle n’a pas encore calculé ce que reçurent les 21 instituts restants.

L’un des meilleurs livres d’anatomie à la disposition des médecins modernes est L’Anatomie topographique de l’homme de l’anatomiste viennois Eduard Pernkopf. Il y travailla à partir de 1933, jusque longtemps après la fin de la Seconde Guerre mondiale. La perfection formelle et la précision scientifique des peintures anatomiques deviennent nettement moins admirables lorsque l’on sait que Herr Doktor Pernkopf profita amplement de la générosité de la Gestapo et de la cour d’assises. Les anatomistes actuels en discutent encore : peut-on utiliser un travail si bien fait, mais si empoisonné ?
Le pire n’est pas là.

Hermann Stieve dirigea l’institut d’anatomie de Berlin de 1935 à 1952. Andreas Winkelmann, anatomiste au célèbre hôpital berlinois appelé « La Charité » et Udo Schlagen, historien au même hopital, ont récemment révélé que Stieve s’intéressa aux effets du stress sur le système reproductif. Dans les années 1920, il disséqua des poulets. On stressait les poulets en les mettant en présence d’un renard. En cage le renard, on n’est pas des sauvages. Mais. Mais après la prise du pouvoir par les nazis, Stieve commença à vouloir comprendre les effets du stress sur l’ovulation… Humaine. En conséquence de quoi, il discuta avec les dirigeants de la prison de Plötzensee. Il semble n’avoir eu aucune difficulté à persuader les médecins de la prison d’aider ses assistants à prendre les histoires médicales des prisonnières condamnées à mort. Mais ce qui l’intéressait vraiment, c’était d’étudier ce qui se passait dès lors que ces femmes savaient quand elles seraient assassinées, pardon exécutées, une source scientifiquement indiscutable de stress.

On se mit alors à recueillir les cycles menstruels exacts de ces intéressants cobayes, et à noter leurs réactions lorsque la date de leur mort leur était annoncée ! Il va sans dire que leurs cadavres étaient soigneusement recueillis par le dévoué Herr Stieve et plus soigneusement encore disséqués. Et comme il fallait bien remercier les autorités carcérales, Herr Stieve accepta de décharger la prison de l’ennuyeuse tâche d’incinérer les cadavres des condamné-es à mort, même ceux dont l’institut ne se servait pas. Il faut un peu de bonne volonté, dans la vie.
Le dévouement à la science de Herr Stieve et de ses amis matons ne connut aucune limite : Winkelmann et Schlagen ont découvert que, lorsque les bombardements alliés de Berlin devinrent fréquents pendant le jour, Stieve intervint auprès de Plötzensee pour que les exécutions continuent à avoir lieu au petit matin, afin que « les échantillons de tissus puissent être analysés le jour même ». On ne peut que s’incliner devant tant de rigueur scientifique.




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