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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Benoît Eugène
Tunisie. Révolution sans la révolution
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Je suis à Tunis depuis samedi. Le café en face de chez moi (il y a 15 ans) derrière la synagogue est devenu un café wifi. Tout le monde fume des chichas en regardant le feuilleton des révolutions "arabes" (qu’ont-elles d’arabe, that is the question). Mais pas de manif de soutien au peuple lybien. Tunis est toujours Tunis.

Comme jadis en République « démocratique » allemande. Personne ne parle. Et surtout pas de la Révolution. Dans les journaux, “Révolution” a remplacé “changement”, et on stigmatise les casseurs (imaginaires, d’ailleurs : il n’y a pas de manifestations) et les travailleurs en grève (là, il y en a beaucoup) qui menacent la révolution, comme autrefois le « développement »... À Sfax, la place du 7 novembre a été rebaptisée « place du 14 janvier » (c’est « un triomphe de la révolution »). Je suis arrivé le 5 mars.

Le 4, cette saloperie de constitution de 1959 a été suspendue peu après que le gouvernement soit tombé. On le doit aux révolutionnaires, venus des régions un peu oubliées de l’Ouest, là où tout a commencé, et qui ont occupé la place de la Casbah jusqu’au 4 février. Depuis, on prépare les élections à l’assemblée constituante, mais il n’y a rien. Pas de meetings. Pas de tracts. Pas de journaux. Pas de discussions dans les cafés.L es campus que j’ai visités sont amorphes. Et bien sûr dans cette capitale des deux petites-bourgeoisies (petits commerçants et intellectuels), pas de paysans, pas d’ouvriers visibles.

Ces pseudo-révolutions ressemblent fort à un changement de gouvernance, comme on dit aujourd’hui dans toutes les allées du pouvoir. Avec à la clé, le néolibéralisme (personne ne parle d’abolir cette épées de Damoclès qu’est le traité de libre-échange avec l’UE que les technocrates benalistes faisaient seulement semblant d’appliquer). Pour le moment, les voix qu’on entend se prononcent en faveur d’un régime parlementaire. J’ai peine à croire cependant que la Tunisie sera le premier pays à abolir le présidentialisme. Après tout en 1959, c’est aussi vers là que tendaient les travaux de l’assemblée constituante avant le coup d’État de Bourguiba. Une histoire qui risque de se reproduire.


Manifestation de soutien de l’Intifada tunisienne, 15 janvier 2011. © N. Trumel

Du côté de mes anciens collègues de l’IRMC [Institut de recherche sur le maghreb contemporain], ça donne ça (Bulletin de l’IRMC) :

« Cette “révolution des esprits” est susceptible auprès des étudiants et chercheurs sur le Maghreb puis le monde arabe et musulman, de renouveler les sujets de recherche objets d’articles, mémoires ou thèses sur des thèmes tels que la transition politique, les notions de revanche sociale, de rumeur, la question des suicides par immolation. Autres thèmes : les solidarités ; les jeunes et le changement social ; Internet et les nouveaux modes de communication ; les révoltes populaires régionales ; les
rapports de force entre l’Armée, l’État et la police ; les compromis politiques et le jeu des partis dans les gouvernements de transition ;
les relations du social, du politique et du religieux. »

Une révolution scientifique par immolation en somme. Et surtout ne pas sortir de l’“aire culturelle” qui vous donne des airs de spécialistes et de quoi croûter...




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