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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Nicolas Mourer
Mise en examen
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Bonjour Monsieur le Député. Asseyez-vous, je vous en prie… On vous a jamais appris la politesse non ? « Bonjour », « Merci », vous ne connaissez pas ? Hmm ? Oui, comme vous dites « ça commence bien ». D’ailleurs, c’est commencé depuis un petit moment Monsieur le Député : votre manège… Ah, au fait je ne me suis pas présenté : Olivier Collage, je suis chargé d’instruire votre dossier… Pardon ? Vous m’imaginiez plus grand ? Espérons que la compétence ne se mesure pas au nombre de centimètres Monsieur le Député. Votre avocat ? Ne vous en faites pas, il va arriver. Il doit être pris dans les embouteillages. Mais ça ne nous empêche pas de bavarder un peu : donc… Comment ? Ce que je veux ? Mais je vais vous dire ce que je veux… Je veux procéder à votre mise en examen pour abus de bien sociaux, abus de confiance, présentation de comptes inexacts, et j’en passe en attendant votre avocat ça vous convient ? Et tout ça, sur le dos de vos adhérents et avec leurs deniers. Vous êtes le numéro 1 du parti Monsieur le Député, alors c’est normal, vous ouvrez le bal. Alors après j’interrogerai le numéro 2, puis le numéro 3 puis ainsi de suite.

Ah, voilà votre avocat… Maître Parlebas, bonjour… Oui, votre client a besoin de médicament, j’ai entendu, ça se voit ; il sera examiné à la maison d’arrêt, comme c’est la règle. Alors, allons-y… Ah, non, mais on fume pas dans mon bureau là… Non, j’ai dit on ne fume pas dans mon bureau et je vous conseille de me parler sur un autre ton, s’il vous plaît.
Si j’ai bien compris, deux gouvernements successifs vous ont accordé leur confiance en vous octroyant des portefeuilles de ministre, et visiblement vous pensez que cette confiance suffit à vous blanchir. Oui, parce que de ces portefeuilles, il semble que vous en ayez un petit peu abusé, Monsieur le Député. Vous le savez aussi bien que moi, non ? Le petit jeu des commissions… Les morts que vous avez fait voter pour faire élire votre collègue en échange de quelques émoluments compensatoires… Comment ça vous ne pouvez pas tout vérifier, mais moi je peux le faire… Hein ? Vous dites ? C’est pas si simple ? Mouais, c’est pas si compliqué. Il suffit de regarder les listes : un mort, ça ne vote pas, Monsieur le Député. Ah ! Vous n’étiez pas au courant ! Ah bon…


Mais revenons sur terre, moi je vais vous dire ce que je pense. Je pense que vous avez honteusement profité de la situation et que vous avez poursuivi un but d’enrichissement personnel au profit de votre famille et de vos amis en détournant l’argent des adhérents et en touchant des bakchichs de la part des collègues que vous avez faits élire, Monsieur le Député. Oui, je connais le refrain, vous venez d’un milieu qui connaît la valeur du travail, qui a gravi les échelons un à un avec effort et persévérance. Je vous sais gré de m’épargner la grandeur de la France… Comment ? Mais je n’ai pas du tout l’intention de vous pigeonner, Monsieur le Député.

(Le Juge sort une photo, celle d’une femme très élégante)

Vous la connaissez ? C’est qui elle ? Comment, votre collaboratrice ? Je vais être un tout petit peu plus précis que vous : c’est votre ancienne maîtresse dont vous avez fait votre collaboratrice. Elle lui va très bien d’ailleurs cette robe. Il y en a pour combien là-dessus ? Non mais je sais pas, la robe, les bijoux, le pull ! Vous ne connaissez pas le prix ? Attendez… Vous habillez une femme de la tête au pied, sans compter les à-côtés, hôtels, voyages, restaurants, et vous ne connaissez pas le prix ?... Et beh, heureusement qu’chuis là. Décembre dernier, voilà un relevé de toutes les factures payées avec la carte du parti, me semble-t-il. Vous auriez pu être un peu plus discret… Oui, c’est insensé, j’vous l’fais pas dire… Je vous apporte un verre d’eau, mais répondez à ma question d’abord, Monsieur le Député : comment justifiez-vous ces dépenses ? Vous ne savez pas… Ecoutez ce n’est pas de ma faute si vous avez une double vie mais ne mélangez pas les espaces…

Tenez, parlez moi de ces commissions extravagantes que vous avez versées depuis le début de votre règne : dossier « Hérode » ; vous êtes d’accord avec la somme ? Vous pensez que c’est monnaie courante… Monnaie courante, monnaie courante, le mot est plaisant, mais ce n’est pas l’avis de la cour des comptes, Monsieur le Député, il semble que vous ayez fait un usage pitoyable des deniers de l’Etat… Vous voulez que je vous explique : on lance une campagne électorale, on surévalue le coût de l’opération, et on se sert au passage. Ca s’appelle des rétro commissions que vous avez placées sur un compte à l’étranger, Monsieur le Député, et elles prouvent que vous avez blousé vos adhérents, vos électeurs et que vous vous êtes piégé tout seul, et tout ça à cause de qui, d’une femme ? Vous l’aimiez au moins ?… Ah, vous avez rompu parce qu’un océan vous séparait. Joliment dit… Et au-delà de cet océan, un somptueux appartement, sur Central Park tant qu’à faire, où vous l’avez installée. Elle vous a même écrit une lettre, je vous la lis ? Non ? J’ai les comptes de ce qu’elle vous a fait dépenser : aspirateur de piscine dernier modèle, 4000 euros, la piscine, forcément, 50 000 euros, et encore ça ne comprend pas le SPA qu’elle vous a fait changer de place. Deux SPA, deux forages : une bagatelle… Bon, enfin ça c’est pas pour vous faire peur, mais tout ça c’est tout de même sur le compte du parti… Vous savez combien de gens gagnent le smic en France, Monsieur le Député ?

Mais qu’est-ce que vous avez là, dans le cou ? Pourquoi vous vous grattez comme ça ? Vous êtes rouge… Des problèmes de peau ! Faîtes attention, la maladie du vote c’est contagieux, élire peut gravement nuire à la santé des élus, et aussi à celle des autres, alors je vous conseille d’arrêter vos manigances et d’être coopérant, ça me permettra peut-être de signer plus rapidement votre levée d’écrou.

Bon, ben, moi j’ai fini pour aujourd’hui. Maître Parlebas, je vous laisse étudier le dossier de Monsieur Le Député. Ah oui, ça, il y a beaucoup de pages, oui, mais votre client me donne beaucoup de travail vous savez ? Et contrairement à vous et vos problèmes dermatologiques, je n’ai pas l’intention d’y laisser ma santé.

Alors au plaisir ?




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