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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Nicolas Mourer
L’anarchiste du XXIIe siècle
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Mes chers ami-es,

Ce soir, je veux vous parler d’un homme que je connais bien, un homme qui pendant des années, a vécu une aliénation sans précédent, un homme qui a cru être écouté, qui a cru être responsable de son avenir, qui a cru prendre en main son destin, un homme qui avait le sentiment d’appartenir à une citoyenneté sans même savoir la signification de ce mot, un homme dont la déception a été bien plus profonde que les espérances. Vous le connaissez : cet homme, c’est moi.

Et si vous me voyez aujourd’hui devant vous, avec tant d’assurance et d’aplomb, c’est qu’un changement radical s’est produit à l’intérieur même de mon système cognitivo-politique. En effet, mes chers amis, je viens de découvrir La Méthode simple pour en finir avec le bulletin de vote. Je sais ce que vous allez penser : qu’il s’agit d’une énième technique utilisant les stratégies de management motivationnel afin de mobiliser les masses autour d’une cause sans intérêt ? Il n’en est rien. Je ne viens ni d’une autre galaxie, et ne me prends pas pour un nouveau théoricien génial, ni même un quelconque gourou. Je souhaite simplement vous montrer à quel point cette phrase de Jacky John Rousseau peut vous aider à trouver la liberté : l’homme nait bon, c’est le droit de vote qui le rend con.

Tout cela vous paraît absurde, et je le comprends. Mais croyez moi, d’ici quelques minutes, vous réaliserez avec une certitude inébranlable que jamais il n’y aura assez de place pour nos rêves dans une urne. Bien au contraire, les rêves auxquels vous aspirez sont en vous, en vous seuls, et ne dépendent pas d’un maître que vous auriez choisi. D’ailleurs, que signifie pour vous ce verbe : « choisir ». Croyez-vous qu’un maître ait peur que vous choisissiez un autre que lui ? Certainement pas ! Le suffrage universel ne fait pas peur aux puissants car les gens votent exactement comme on leur dit. Si ce n’était pas le cas, vos maîtres ne vous donneraient pas cette parcelle d’autorité qu’est le bulletin de vote : autrement, vous seriez tenté d’en abuser, n’est-ce pas ?

Le séminaire que je vous propose de suivre se déroule sur un weekend et utilise des outils novateurs issus de l’anarchoscience libertaro-interactive. Ils vous aideront avec une extrême efficacité à venir à bout de cette dépendance qui se manifeste au minimum tous les cinq ans.

Il s’agit d’abord de revenir aux causes fondamentales du vote, dont je vous rappelle qu’il est accompagné du mot « droit » en période non-électorale et du mot « devoir » en période électorale. Cela suffit à montrer à quel point notre cerveau subit ce que l’on pourrait appeler des
« substitutions démocratico-sémantiques. » La nouvelle psychiatrie matricielle étudie depuis une dizaine d’années ce phénomène dit de
« saccades lexicales ». Une fois ce symptôme repéré, vous remarquerez les points communs qui existent entre l’électeur et le fumeur. L’institut de recherche en tabacologie a récemment mis au jour ces ressemblances. Bien que le fumeur commence la cigarette en général avant 18 ans, la dépendance au bulletin de vote devient aussi forte que celle due à la nicotine et ce, statistiquement, vers l’âge de la majorité. Les raisons qui poussent l’individu à voter ou à fumer sont d’ailleurs strictement identiques : sentiment d’appartenir à une communauté, impression de contenance et de supériorité sur l’autre, sensation de plaisir extrêmement passager et volonté délibérée de passer pour un adulte aux yeux de ses petits camarades.

Je tiens également à évoquer deux phénomènes d’importance : d’une part « l’électoralisme passif » qui consiste pour l’individu non inscrit à subir les insultes des électeurs, d’autre part, tout comme le fumeur occasionnel, notons l’existence du « comportement référendaire », encore appelé
« scrutophilie compulsive », dont le trouble se caractérise par une absence de régularité dans le comportement électoral.

Une fois cette constellation de symptômes repérés, vous me demanderez, à juste titre, qu’ai-je à gagner en arrêtant de voter ? Tout d’abord de l’argent. En effet, vous pensez que le vote est entièrement gratuit, contrairement à la cigarette. Demandez vous alors simplement qui finance les campagnes électorales et vous prendrez conscience que, là encore, le tabac et le bulletin sont des voisins de pallier. Ensuite, évoquons la santé, et plus précisément la santé psychique. Selon un scénario d’échec à répétition, l’électeur n’est qu’un candidat raté, souffrant d’une névrose postélectorale appelée « déception du troisième tour ». Si vous additionnez l’ensemble des électeurs, vous additionnez également l’ensemble de leur traumatisme, si bien que le suffrage se transforme en ratage universel. Pour résumer cette sensation déceptive, rappelons ce dicton suisse : dimanche, votation ; lundi, à l’usine. Ou encore : votez aujourd’hui, regrettez-le demain. Une fois que vous avez donné votre voix, vous n’avez en effet plus rien à dire, si bien que l’on peut parler dans le cadre du vote, de voix de garage. Pour certains d’entre vous, il n’y a même plus de voix du tout, puisqu’être politicien, c’est surtout savoir écouter le silence des urnes.

Mes chers ami-es, ce séminaire est d’une importance capitale pour toutes celles et tous ceux d’entre vous qui s’imaginent encore que le vote changera quelque chose à leur existence tout comme les enfants imaginent le Père Noël au pied de leur lit. Je puis vous dire que le bénéfice premier que vous tirerez de cette nouvelle liberté réside dans la relation nouvelle que vous entretiendrez avec votre partenaire. Sexuellement parlant, le vote est avant tout un droit masculin qui n’a été concédé aux femmes que tardivement : l’isoloir est d’ailleurs un lieu masturbatoire par excellence. De fait, l’homme a cru s’arroger un surplus de virilité par le seul fait qu’il a détenu pendant longtemps le privilège, illusoire, du bulletin comme de son propre sexe. Le vote est par conséquent un des facteurs de l’hétérocentrisme machiste qui oppresse les femmes…




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