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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Nestor Potkine
L’Envolée
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Il y a des ailes qui donnent des claques. En particulier, celles de « L’Envolée, pour en finir avec toutes les prisons », l’étonnante revue anti-carcérale dont je viens de consulter le numéro de juin 2010. On sait depuis longtemps que les prisons, au prétexte de protéger la société des individus dangereux, servent surtout à menacer les pauvres, et à mettre à l’écart ceux d’entre eux qui ruent dans les brancards. Nils Christie, le criminologue norvégien, et bien d’autres, ont aussi fait remarquer que, à l’instar de l’exploitation industrielle de la force de travail des déportés dans les camps de concentration, les prisons servent à exploiter une main-d’œuvre guère capable de résister. Et encore moins en position d’exiger une rémunération décente.

Mais cette revue cogne si sec qu’il suffit de lui laisser la parole.

Extrait d’un poème d’« AHB » (le numéro traite entre autres de la culture en prison…) :

Les yeux crevés sur un livre

Le ventre étripé sur le vide

Le nez plongé dans la censure

Qui donc me parle de culture

Avec cette sensation morbide

D’être né entre quatre murs

Pour accoucher au bord des rides

D’une écriture sans signature

Extrait d’ une interview de Laurent Jacqua :

Ils préparent le fait de ne plus laisser sortir personne : ils construisent des hôpitaux-prisons, des établissements pour mineurs (EPM), des centres pour les fous, etc. Les fous, ils les mettent en prison. Les malades, ils les mettent en prison. Les chômeurs, ils les mettent en prison. Ceux qui ont un défaut de permis, ils les mettent en prison. Et puis tous ceux qui vont pas être contents, ils vont les mettre en prison ! Donc ils augmentent le nombre de places. Plus le choc économique va être grand, plus les prisons vont se remplir. Les pauvres d’hier sont les détenus d’aujourd’hui, et ainsi de suite. On va arriver à des classes qui étaient aisées et qui finissent au trou. Du coup, y en a qui se suicident, comme à France Télécom, parce qu’ils sont à bout. Et après ? Ils vont tuer leur père, leur mère, leurs enfants et ils vont se retrouver au placard. Il y a quinze ans de ça, ils regardaient Faites entrer l’accusé. Maintenant, c’est eux qui vont en prison. Il y a parfois des trucs graves qui se passent en prison, comme le mec qui s’est retrouvé à Rouen pour défaut de permis et qui s’est fait égorger par son codétenu. C’est comme les mecs qui arrivent à Fleury et qui n’ont jamais rien volé, t’imagines ? (…) L’industrie des chaînes a de beaux jours devant elle.

 :

Ils m’ont fait revenir à Versailles, pas pour mes beaux yeux, mais parce que je suis utile pour eux, et je suis un bon élément pour leur rapporter de l’argent. À la centrale téléphonique qu’ils viennent de créer à la MAF, je suis payée à l’heure, et en plus chaque rendez-vous pris pour le commercial avec un client, si la vente est réussie, c’est un achat de 25 000 euros qui est signé. Et nous on touche un euro… Quant à tes heures travaillées… avant de partir, je n’ai même pas eu ma paye complète, il me manquait 150 euros. Franchement, on nous parle de réinsertion et on n’est même pas capable de nous payer correctement. On participe à cette économie bananière qui ne leur rapporte que bénéfices. Et en plus, ils nous prennent pour des cons. Peut-être qu’avec certains détenus, cela fonctionne, car la plupart malheureusement n’ont jamais travaillé dans une société où tu as quand même des droits, un syndicat pour te conseiller et t’aider à les faire valoir. J’arrive au travail quelquefois, ne cherchant pas à savoir si je vais bien ou pas : on est en prison quand même, avec tous les soucis particuliers qu’un enfermement génère. « Allez, allez, des rendez-vous, les filles ! » « On ne parle pas ! » Y a des jours où on était à dix dans une petite salle, toutes au téléphone ; imaginez le bruit, même pas d’isolation.

Et l’éditorial :

Des jeux et des lois

On nous amuse ; on voudrait nous voir soutenir les bleus… ils patrouillent dans les halls, ils contrôlent, expulsent et enferment, mais on en fait les héros de « l’équipe France » sous la douche de rigueur.
Quand la prison prend l’eau, comme à Draguignan mi-juin, on emmène les prisonniers en balade pour éviter « qu’ils ne se livrent aux pillages » de rigueur.
Quand c’est l’eau qui prend le pétrole comme en Louisiane fin avril, les prisonniers les plus méritants gagnent une formation de nettoyage des côtes.
On nous amuse : dehors, c’est foot à l’écran, dedans pareil, en payant plus cher. Regarder ailleurs, l’écran des sites de paris en ligne. Y perdre un peu plus de cet argent qui manque déjà. En masse, les masses renflouent le compte courant d’un Etat qui rembourse les banques de leurs jeux foireux.
On nous amuse : dehors c’est Fête de la musique et technivals sous gyrophares ; dedans, c’est ateliers d’écriture sous contrainte. Paroles et musique en liberté surveillée. Pour ceux qui pètent les plombs, soixante places à gagner en UHSA pour déguster des psychotropes multicolores.
On nous accuse ; de nous promener en bandes un peu trop rugueuses ; de ne pas assez engraisser les concessionnaires ; de nous servir dans la caisse ; de refuser d’être soignés à vie ; de nous battre avec nos maigres muscles ; de ne pas croire aux nouveaux monstres que l’on exhibe ; de critiquer les faux critiques…
Jeu pour matons : combien de temps, un prisonnier qui a mis le feu à sa cage met-il pour crever ?
Jeu pour humanistes : combien de temps un prisonnier qui a fait vingt piges tient-il à l’extérieur ?
La seule règle, y’en a pas… d’arrangement, dixit Nino !

http://lejournalenvolee.free.fr/

P.S. :

Choix des textes par NP




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