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KITEJ n° 1 Éclipses de la vie
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KITEJ MANIFESTE

« Pour lire la Kitège ésotérique qui est cachée sous les apparences de la Kitège exotérique, il faut une inversion ou conversion spirituelle :
car c’est avec les yeux de l’âme que l’on découvre au-delà de l’évidence obvie une Kitège intelligible, comme c’est avec l’oreille de l’âme
que l’on entend les cloches d’une Kitège silencieuse, d’une Kitège transmondaine aussi imperceptible pour l’ouïe triviale que l’harmonie des
sphères célestes.Tel est le sens de cette Ville invisible et inaudible, impondérable et impalpable que l’âme délivrée de la pesanteur atteint au
terme de son ascension ».
Vladimir JANKÉLÉVITCH, La Rhapsodie.Verve et improvisation musicale, Paris, Flammarion, 1955, pp. 127-128.

Indexées sur l’argent et les valeurs marchandes et financières, prises dans les engrenages de la machinerie échangiste
du capital et assimilée de force aux principes de rendement, d’entreprise économique et de concurrence permanente,
la vie et ses productions ne sont-elles pas dans le même temps indexées sur la production de la mort, sur
l’anti-production ? Si de génération en génération les individus vivants continuent de produire, sans jamais satisfaire
leurs besoins, les critères économiques, la valeur dite objective des choses qui les aliènent, les logistiques compétitives
de création de plus-values et les agencements bureaucratiques des administrations qui gèrent leur existence et
marchandent leur propre mort, ne se condamnent-ils pas aussi à visiter des horizons d’ennuis morbides, de destructivité,
d’agressivité, d’atrophie, d’agonie et d’autonégation ? Comme dans les ontologies nihilistes des divers fascismes,
le néant n’est-il pas devenu pour tout le monde le but et la finalité lucrative de la vie, réduisant alors l’affectivité
à l’angoisse, l’action à la stérilité ou à l’assèchement, les rêves à leurs dimensions archaïques, la rencontre au calcul
des parts de marché, la volonté à la nolonté, la foi à la mauvaise foi ? Pour répondre à ces questions, il s’agirait de
traquer et critiquer, comprendre et dénoncer les représentants individuels et collectifs, les incarnations idéologiques,
imaginaires, symboliques, artistiques, culturelles, institutionnelles, administratives, etc., de cette pétrification des advenirs
de la vie qui a trouvé dans le système capitaliste transnational un terrain psychopathopolitique à la hauteur de ses
ambitions. Nos capitalismes intérieurs, qui sont autant de formes d’oubli de la vie, de ses dons et de ses déterminations,
transpercent nos chairs affectives et les inflamment lentement. Il s’agit de modes de production, spécifiques et cachés,
d’existences qui vivent de la mort car elles se soumettent aux phénomènes pandémiques d’abstraction économique et de
réduction totalitaire de l’immanence transcendantale de la vie. La revue Kitej, en voyage aller-retour de l’ici et maintenant
vers l’ailleurs et l’intempestif, refuse un tel renversement de la téléologie de la vie et propose de donner la part
belle à la raison émouvante, critique et dialectique ainsi qu’à l’embrasement des libres possibilités des vivants.Voir
l’invisible, dire l’indicible, penser l’impensable contre l’Homme unidimensionnel du spectaculaire intégré sont les
vecteurs de cette aventure vers une présence/absence toujours mystérieuse : la vraie vie.

Les courants intellectuels qui sous-tendent ce regard et étayent ces intentions de recherche sont d’une part le
Freudo-marxisme (Wilhelm Reich, Otto Fenichel, Erich Fromm, etc.), d’autre part la Théorie Critique de
l’École de Francfort (Max Horkheimer,Theodor W. Adorno, Herbert Marcuse, etc.). Des liens sont par ailleurs tissés
avec la critique de la biopolitique menée par Michel Foucault mais aussi avec la phénoménologie critique et matérielle
(Edmund Husserl, Jean-Paul Sartre, Michel Henry, etc.), l’ethnopsychanalyse (Georges Devereux, Tobbie
Nathan), la philosophie du mystère, de l’instant ou du presque-rien (Vladimir Jankélévitch), la philosophie vitaliste
du faire (Henri Bergson) et le mysticisme des chrétiens primitifs ou hétérodoxes (les Pères de l’Église, Maître
Eckhart, etc.). Mais ces trajectoires aussi variées nous invitent surtout à une ouverture théorique complémentariste et sont
en fin de compte le souffle qui nous pousse à de nouvelles rencontres textuelles et sensibles, à de nouvelles combinaisons
d’écrits qui embraseraient le sens de la vie plutôt que de le laisser tomber. Il en est ainsi par exemple en ce
qui concerne la place de l’art dans la revue : la place de la peinture, de la sculpture, des collages et du dessin dans
notre ambition d’une textualité sensible et critique ; la place de la poésie et de la littérature comme « explosifs charnels
 » des concepts mais aussi comme horizons de « petits sabotages » éclateurs de vérité, comme le souhaitait si
ardemment Theodor W. Adorno.

SOMMAIRE

- À l’ombre de la vie
- Roger DADOUN
Kitej - quitté-je - Mortibus ?
- Christelle WABLE
Mutilés de vie (sculptures)
- Françoise SCHWAB
Vladimir Jankélévitch :
philosophe de la vie
- Isabelle de MONTMOLLIN
Un philosophe modernissime :
Vladimir Jankélévitch
- Françoise SCHWAB
Bergson, Jankélévitch :
élans vitaux Cédric DEMANGEOT
Émeute, ébauche (poème illustré)
- Vincent CHANSON
Dialectique de la vie mutilée
- Olivier GRAS
Sexualité et philosophie de la vie
- Jean-Pierre FALIÈS
L’évidement de la vie d’après Unamuno
- Nicolas ZURSTRASSEN
Ce peut-il qu’advienne dans l’histoire des hommes un
fracasser leur « infracassable noyau de nuit », provoquant
Culture et biopolitique de l’envoûtement
- David CHRISTOFFEL
Champions du rendement vital
- Billy DRANTY
Écrasé sous quoi (poème illustré)
- Jean-Luc DEBRY
L’exil intérieur
- etc.->



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