Bandeau
Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
Slogan du site
Descriptif du site
Nestor Potkine
L’écologie antiterroriste, un problème épineux
logo imprimer

Cela leur a pris longtemps, mais les hommes d’affaires ont fini par comprendre que l’écologie rapporte. Le vert, après tout, est la couleur du dollar. Attendons-nous donc à une déferlante de produits de cette aimable teinte. Un article de Georges Bourquard (indiqué par l’ami René) réussira toutefois à nous surprendre. Car il décrit une solution écologique à l’épineux problème des clôtures. C’est comme l’obus et la cuirasse, qui se courent après l’un l’autre dans une course sans fin, la clôture et l’intrus n’en finissent plus de se battre. Mais comme en France on a des idées, un pépiniériste de l’Ain a inventé une clôture aussi impassable qu’écologique.

Il suffisait d’y penser : on peut franchir un arbuste épineux, pas une combinaison d’arbustes épineux plantés à 80 cm les uns des autres, et surtout, tressés ensemble au cours de leur croissance. « Avec le temps, les végétaux se soudent et deviennent impénétrables » déclare Maxime Douvre, l’un des pépiniéristes antiterroristes. Certains feront preuve de scepticisme et marmonneront que la tradition de la Ligne Maginot, apparemment, refuse de mourir, et qu’un bon lance-flammes, un bulldozer… Non, il ne s’agit pas d’empêcher toute intrusion, il s’agit d’empêcher toute intrusion secrète. Le lance-flammes moyen laisse des traces incompatibles avec la discrétion requise pour toute intrusion dans les sites sensibles.

Digression : il est typique de notre société de cochons de kidnapper l’un des mots les plus charmants de la langue, « sensible » — un clitoris est sensible, un cœur est sensible — et de l’épingler aux bâtiments les plus blâmables de la planète, centrales nucléaires, laboratoires de recherches militaires, prisons clandestines…

Un aspect piquant de l’arbuste combattant est sa capacité à leurrer l’attaquant mal intentionné : une haie, se dit le barbu assassin, voilà qui ne saura me retarder un instant, par Allah ! Mais l’astuce française et chrétienne prouve sa valeur, car les mille épines ont pour appréciable vertu de retenir l’indélicat. Qu’on peut en conséquence arrêter, envoyer se faire torturer chez les pays moins efféminés, et garder en combinaison orange dans une base, ailleurs.

Notre nanoprésident a beau nous avoir remis dans le giron central de l’OTAN, nous ne plaisantons toujours pas avec l’indépendance nationale. Les héros en bleu, le GIGN en d’autres termes, ont donc testé la haie patriotique, tressée autour du CEA de Saclay. Satisfaits, ils ont décerné le label SuperDupont à Mr. Daniel Soupe, propriétaire des Pépinières Soupe et de Sinnnoveg, Société d’Innovation Végétale, spécialisée, j’imagine, dans le salsifis explosif, le poireau biométrique, la carotte patronale et, pour le marché du cerveau policier, le pois chiche.

Sauvera-t-il aussi l’économie française ? Pourquoi pas ? Car, patron à la pointe du progrès, avec ses 115 salariés, Monsieur Soupe vend pour 7 millions d’euros de tresses par an. Et pas cher : de 40 euros le mètre à 120 euros si vous voulez l’arrosage intégré. Enfin, au-dessus, ça se discute, parce qu’on peut évidemment épicer l’épine de béton, pour les sites et les pays où l’on a de bonnes raisons de craindre les attaques au camion-bélier. On n’oubliera pas le point saillant de son catalogue, les cocktails épines-barbelés, épines-« câble-rasoir » (le barbelé moderne, celui qu’on déroule en élégantes spirales), épines-capteurs électroniques, etc.

Plein d’humanité, Daniel Soupe travaille en outre sur des murs végétaux destinés à remplacer les vilaines glissières de sécurité, métallique, des routes. Avec ses murs chlorophylliens « toute l’énergie sera absorbée par les arbustes, pas par les passagers de la voiture en perdition ». Il va le démontrer prochainement dans des crash-tests : « À 60 Km/h, l’habitacle ne devrait pas être déformé. »

En attendant, les affaires de notre philanthrope ne piquent pas du nez : les déchetteries sont intéressées, car elles sont en général déjà singulièrement vilaines et placées dans des endroits pires (sous les ponts d’autoroutes, par exemple), alors, un peu d’amicale verdure sera la bienvenue. Pourquoi ? Parce que dans nos sociétés où chacun est assuré d’un gagne-pain, ou au moins d’un quignon, on trouve encore des rustres pour vouloir se faire un peu d’argent de poche en dérobant les métaux récupérés par les déchetteries.

L’agroalimentaire marocain, lui aussi, veut ses haies. Pourtant, personne n’a faim au Maroc, personne ne pique donc de fruits ou de légumes dans les maraîchages du pays. Non, personne, juste les touristes qui s’ennuient.
Il semblerait que des gares s’équipent de ces haies pour empêcher le franchissement des voies, et que la curiosité des prisons, françaises ou autres, ait été piquée. Sans parler de particuliers aux résidences attirantes. Enfin, gloire des gloires, Monsieur Soupe a bien vendu aux Floralies. De Bagdad.

Patriote jusqu’au bout, il déclare à leur propos : « Et encore, on ne leur a pas tout montré, pas ce que l’on a de plus sophistiqué en tout cas. »

Nestor Potkine, qui réfléchit à une délicieuse recette de cuisine, la haie fourrée au pépiniériste.



Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.86.39