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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Ce que furent les conseils ouvriers hongrois
Témoignage de Ferenc Töke,
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l’un des anciens vice-présidents
du Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest

(Paru dans la revue Etudes (Bruxelles), n°3, 1960)
(Traduction revue, corrigée et complétée)

Je suis issu d’une famille ouvrière. Très jeune, j’ai

commencé à travailler comme apprenti à l’usine d’appareils de T.S.F. ORION. Reçu compagnon, je devins ajusteur-outilleur, mais désireux de continuer des études qui, jusque-là avaient été très sommaires, je m’inscrivis à des cours du soir. Grâce à quoi je fus versé dans les cadres en qualité de chronométreur, profession qui, certes, n’est pas populaire en Hongrie. Néanmoins lorsque, pendant la révolution, on procéda aux élections du conseil ouvrier de mon entreprise - je travaillais alors à la fabrique d’Appareillage Téléphonique, qui employait quelques 3 000 ouvriers - je me trouvai en tête de liste avec une confortable avance de voix sur les autres. Quand ces élections provisoires furent confirmées, je voulus retirer ma candidature pour raison de santé, mais le personnel du département où je travaillais protesta contre cette défection, et je fus de nouveau élu. J’ajoute que j’avais adhéré au parti social-démocrate à l’âge de 16 ans, et que depuis j’ai conservé mes convictions sociales-démocrates. Cependant, comme une grande partie des ouvriers de mon pays, j’étais devenu membre du Parti des Travailleurs Hongrois (le parti communiste).

Je sais que mon témoignage ne sera pas une image complète des conseils ouvriers ; je ne peux dire que ce que je sais. Par contre, je dirai tout sans rien ajouter, sans rien négliger. Ce que j’ai dit, j’en prends la responsabilité. Evidemment, il est possible que, dans les détails, concernant les dates ou autres choses, je fasse une erreur, mais du point de vue de principe et historiquement, tout se déroula tel que je le raconte.

Après les événements du 23 octobre 1956, cessant de participer aux combats insurrectionnels, je me rendis à mon usine. C’était, je crois, le 25 octobre. Sur les 3.000 travailleurs de l’entreprise, quelques 800 étaient réunis au foyer culturel. Sur l’estrade avaient pris place le directeur, le secrétaire du parti, le président du comité d’usine et quelques autres fonctionnaires, c’est-à-dire les permanents. Dans la salle, des ouvriers. Les dirigeants essayaient de mettre sur pied un conseil ouvrier. En effet, le Conseil National des Syndicats venait de prendre une initiative, approuvée par le Comité Central du parti, en vertu de laquelle on devait former un conseil ouvrier dans chaque usine, afin que les travailleurs aient un droit de regard plus étendu sur la marche de l’entreprise pour qu’ils dirigent réellement les usines. Ce fut la forme officielle des mesures prises, par lesquelles ils ont voulu garder leur place, tout comme là où - étant les initiateurs - ils pouvaient rester du côté du feu. Mais les conseils ouvriers ont été formés dans un temps critique où rien ne pouvait être imposé aux ouvriers. L’esprit libre de la révélation fut tellement fort que l’ouvrier voulant un changement ne désirait aucunement accepter une décision émanant de Gerö.

Ici, je dois ouvrir une parenthèse consacrée aux événements précédents. Au cours des semaines précédant la révolution du 23 octobre, l’atmosphère était tendue à l’usine. Les ouvriers, contre toute attente, beaucoup lurent les journaux affichés qui donnaient par exemple une place importante au cas de Mme Rajk. Cette dernière avait reçu des autorités 200.000 florins, en récompense, somme qu’elle avait remis immédiatement aux Collèges Populaires. Sa déclaration disant qu’on ne peut effacer les années de souffrance par aucun argent a fait un tel bruit dans l’usine que les ouvriers se groupant devant les journaux ne parlèrent que de cela, pendant des heures. Le procès des participants à l’émeute de Poznan en Pologne dont la presse hongroise a largement diffusé les débats fit également grand bruit. Et en particulier, la conclusion du procès annonçant que l’A.V.H. polonais avait été le principal fautif en tirant sur les masses. Je dois parler aussi des articles de journaux, au cours de presque toute l’année, et particulièrement des déclarations des écrivains. Les articles furent affichés et les ouvriers les ont immédiatement discutés. Contrairement aux années apolitiques suivant 1948, les ouvriers étaient politiquement très actifs. Ils ont commencé à discuter politique, d’une manière particulièrement active, bien que ces discussions ne tendissent à aucun but précis. Ils ne parlaient que des événements présents.


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