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Ronald CREAGH
Nations Unies : le discours de Chavez, Président du Vénézuéla
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Bien que la presse française se soit montrée discrète sur le sujet, le président Chavez du Vénézuela a fait un tabac aux Nations-Unies. Son discours, au lendemain de celui de ses collègues Georges W. Bush des Etats-Unis et Ahmadinejad de l’Iran, a recueilli des applaudissements si prolongés qu’il fallut demander à l’auditoire de s’arrêter.

Le président vénézuélien avait commencé de manière spectaculaire. Parlant de la même chaire où Bush avait parlé le jour précédent, il traita celui-ci de Satan, déclara que cela sentait encore le souffre et fit le signe de la croix comme pour se protéger.

Chavez entama son discours en montrant ostensiblement l’ouvrage de "l’anarchiste" Noam Chomsky, Hegemony or Survival, qui a été traduit en de nombreuses langues et il invita son auditoire, et tous les Américains en particulier, à lire cette critique de l’impérialisme de leur pays. Prolongeant son propos empreint d’humour froid, il assura qu’il devait purifier le livre de Chomsky avec de l’eau bénite, puisque Bush avait posé ses papiers au même endroit la veille.

Assurément, cette rhétorique démagogique ne peut qu’attirer la sympathie de tous ceux qui remettent en cause l’Empire. Mais il ne faut pas non plus oublier que Chavez est aussi aller embrasser les despotes de Cuba, d’Iran et de Syrie, tout comme un Sarkozy s’est montré l’homme-lige de George Bush. [1] Cet autre terroriste ne manque pas de vassaux parmi les classes dirigeantes de la France et d’ailleurs.

Au-delà de la gesticulation, l’histoire dira si ce moment fut aussi historique que celui de Kroutchev frappant de sa chaussure la table de conférencier d’où il s’adressait à l’auguste auditoire de l’ONU. Ce qui importe, c’est d’analyser les différents objectifs visés par le discours de Chavez, discours que l’on peut d’ailleurs consulter sur l’Internet.

Il est clair en premier lieu, qu’il s’agit d’une remise en question de l’hégémonie américaine. Contrairement à tous ses prédécesseurs, Chavez ne s’est pas contenté de dénoncer : il mène une attaque de front contre Bush, en termes personnels, utilisant contre son adversaire le langage de ce dernier. Il dénonce un Chef d’Etat qui voit des terroristes partout où il est contesté. Il le traite d’hypocrite quand celui-ci va consoler les Libanais et les autres peuples qui ont été bombardés avec son soutien.

Il souligne aussi ce que tout le monde redoute, le fait que les luttes actuelles laissent augurer un avenir aussi menaçant que long. Les nouvelles possibilités de destruction massive rendent encore plus urgent la nécessité d’arrêter les agressions états-uniennes.

L’ampleur de l’attaque représente aussi une tentative pour détourner l’attention portée au conflit entre les puissances nucléaires et l’Iran. L’aréopage des Nations Unies avait assisté la veille à une confrontation entre les Présidents Bush et Ahmadinejad, répétant l’un et l’autre les arguments connus. Chavez invite à se situer sur un plan plus large, mondial, et en particulier à prendre en compte le point de vue des pays tiers.

Concrètement, le discours constitue aussi une critique sévère des Nations Unies, et plus particulièrement du Conseil de Sécurité, dont la restructuration est réclamée par de nombreuses nations du tiers-monde, qui considèrent avec raison qu’une place trop grande est accordée aux grandes puissances.

Il y a enfin un objectif très pratique. Chavez cherche à obtenir un siège pour le Vénézuéla à ce même Conseil de Sécurité où doit se tenir l’élection d’un siège pour l’Amérique latine en octobre prochain.

Le discours de Chavez représente un retour du mouvement des pays non alignés des décennies 1960 et 1970. Le président vénézuélien a d’ailleurs contribué à la remise en cause du soutien inconditionnel des pays d’Amérique latine à la politique de leur voisin du nord. Les Etats-Unis ne peuvent plus s’appuyer en toute facilité sur l’Organisation des Pays Américains (OAS : Organization of American States) ni sur le soutien du continent à leurs menées aux Nations-Unies. Chavez a échappé symboliquement à la déférence marquée par ses prédécesseurs à l’égarde des dirigeants des Amériques : il revient d’un voyage en Chine. Bref, il s’agit de donner une dimension mondiale à son combat.

Avec l’adoption d’une telle attitude, Chavez a-t-il signé son arrêt de mort ? Il ne faut pas oublier la tentative de coup d’Etat en 2002, la campagne menée contre lui par les médias et les multinationales, notamment par Gustavo Cisneros, qui dirige la chaîne Venevision.

Il n’en est pas moins vrai que le président vénézuélien s’est engagé dans une action sans précédent :
il a promis de vendre aux citoyens pauvres de New York avec 40% de réduction, quelques 94 millions de litres d’essence, de quoi chauffer environ 70.000 appartements. Le programme est mené sous la direction de Joe Kennedy, le fils de Robert Kennedy, et il doit s’étendre au reste du pays. Chavez a procédé de la même façon à l’égard d’autres nations d’Amérique latine.

Les grands médias des Etats-Unis s’efforcent de dénaturer Chavez, et il vaut mieux compter sur les actions de plus en plus insurrectionnelles de certaines populations d’Amérique latine que sur les stratégies inconstantes des gouvernants. Néanmoins, les actions des pouvoirs publics ne sont pas toujours anodines.

Ronald Creagh

Notes :

[1On peut remarquer, en passant, que "l’antiaméricanisme" de bien des Français exprime aussi leur opposition aux porte-paroles attitrés de la France bien établie, pour qui la Maison Blanche représente le nouveau prêt-à-penser.




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