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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Jean-Manuel Traimond. Photos Christiane Passevant
Arithmétique de la Virginité
Un guide méchant [et parfois moche] de Paris
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Horace Léon, dans Jamais un coup d’épée n’abolira l’hymen, dresse la liste des statues parisiennes de Jeanne d’Arc en plein air : « Six ! Pourtant l’amour de droite pour Jeanne fut tardif ; l’Église catholique ne résolut de donner tort à l’évêque Cauchon et de la canoniser qu’en 1920. Mais l’Église avait compris qu’une vierge patriote stimulerait le culte de la Vierge Marie et désarmerait les accusations d’ultramontanisme.

1/ Coup d’envoi en 1874, où la Chambre monarchiste érige une statue à l’emplacement où Jeanne fut blessée porte Saint-Honoré. La Jeannolâtrie est encore faible, l’inauguration n’attire qu’une cinquantaine de curieux.
La statue deviendra plus tard si populaire auprès de l’extrême droite qu’elle est le seul monument de Paris dont le piédestal soit muni de huit patères pour l’accrochage de couronnes. Joanie-on-the-poney, comme disent les Anglais, est dorée à la feuille.

2/ Jeanne étant venue prier à Saint-Denys la Chapelle, rue de la Chapelle, voilà le curé qui en 1891 commande une effigie. En pied, en plomb.

3/ La même année, la Ville de Paris, à gauche, réplique en installant une statue Boulevard Saint-Marcel.

4/ L’année 1900, une statue due à Paul Dubois, où Jeanne roule le blanc des yeux. Avec l’expression que les bandes dessinées donnent aux personnages surmontés d’une petite spirale indiquant l’empire d’une hallucination heureuse, irrésistible et meurtrière. La statue caracole devant la montgolfière de béton appelée « église Saint-Augustin » [la structure de cette église est en béton armé, caché par un parement de pierre de taille] et à côté du Cercle Militaire, bref à un emplacement très comme il faut.

5/ 1919 : Le Sacré-Cœur voit pousser sur sa façade uniformément blanche deux statues vertes, Saint Louis et Jeanne d’Arc.

6/ 1958 : Les liens entre le Danemark et la France sont peu nombreux, et peu heureux. Le Danemark nous a donné une reine, Ingeborg, que Philippe-Auguste répudia deux heures après le début de la nuit de noces et qu’il refusa toujours de toucher à nouveau, sans jamais révéler pourquoi. Nous lui avons rendu un prince consort, Henri de Montpezat, universellement méprisé par les Danois pour le manque d’élégance avec lequel il passe leur langue au hachoir. Peu rancunier, le Danemark nous a dessiné L’Arche de la Défense. Et Jeanne d’Arc !

En 1948, Holger Wedekinch, danois, offrit à la Ville la Jeanne qu’il avait sculptée en 1930. Si la forme générale ne manque pas d’énergie et de beauté, il est à regretter qu’elle soit figurative et pas abstraite. Car, figurative, voici une acrobate de cirque qui tire la queue de son cheval d’une main en brandissant une épée de foire de l’autre, cependant que la pauvre bête hennit d’indignation.

Embarrassée, inquiète de vexer le Danemark, pays aimable avec qui nous n’avons pas eu trop de guerres, la Ville de Paris mit dix ans à se résigner à placer la chose, rebaptisée La France Renaissante, à la pointe de l’île aux cygnes, là où le spectaculaire pont de Bir-Hakeim détourne l’attention. »




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