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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Pierre Sommermeyer
Ecrits révolutionnaires
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L’État, son rôle historique Pierre Kropotkine ISBN 978-2-918156-02-4 168 p., 11 euros

L’action directe suivi de Le Sabotage Émile Pouget 138 p., 11 euros

Les Lois scélérates de 1893-1894 Francis de Pressensé, un juriste & Émile Pouget 98 p., 11 euros

Editions le flibustier

C’est à la Grande Révolution que revient l’honneur d’avoir commencé la démolition de cet échafaudage de lois qui nous a été légué par la féodalité et la royauté. Mais, après avoir démoli quelques parties du vieil édifice, la Révolution remit le pouvoir de légiférer entre les mains de la bourgeoisie qui, à son tour, commença à élever tout un nouvel échafaudage de lois destinées à maintenir et à perpétuer sa domination sur les masses. Dans ses parlements, elle légifère à perte de vue, et des montagnes de paperasses s’accumulent avec une rapidité effroyable. Mais que sont au fond toutes ces lois ? La plus grande partie n’a qu’un but : celui de protéger la propriété individuelle.

Quiconque a gardé au cœur le moindre souffle du libéralisme de nos pères, quiconque voit dans la République autre chose que le marchepied de sordides ambitions, a compris que le seul moyen de préserver le modeste dépôt de nos libertés acquises, le patrimoine si peu ample de nos franchises héréditaires, c’est de poursuivre sans relâche l’œuvre de justice sociale de la Révolution. À cette heure on ne peut plus être un libéral sincère, consciencieux, qu’à la condition de faire publiquement et irrévocablement adhésion au parti de la Révolution. Cela, pour deux raisons : parce que tout se tient dans une société et que la liberté n’est qu’une forme vide et un vain mot, un trompe-l’œil hypocrite, tant qu’on ne lui donne pas sous forme d’institutions les conditions sociales de sa réalisation individuelle ; puis, parce que le peuple seul a gardé quelque foi, quelque idéal, quelque générosité, quelque souci désintéressé de la justice et que le peuple, par définition, nécessairement, est révolutionnaire et socialiste.

Ce sont là des constatations banales ! Et, cependant, il est nécessaire d’y insister, de glorifier l’effort, parce qu’un enseignement déprimant a saturé la génération qui passe, l’a imprégnée de formules débilitantes. L’inutilité de l’effort a été érigée en théorie et on a prêché que toute réalisation révolutionnaire découlerait du jeu fatal des événements : la catastrophe, annonçait-on, se produirait automatiquement, lorsque, par un processus fatidique, les institutions capitalistes seraient parvenues à leur maximum de tension. Alors, d’elles-mêmes, elles éclateraient ! L’effort de l’homme dans le plan économique était proclamé superflu, son action contre le milieu compressif dont il pâtit était affirmée inopérante. On ne lui laissait qu’un espoir : infiltrer des siens dans les parlements bourgeois et attendre l’inévitable déclenchement catastrophique.

Ce qui vient d’être dit est frappant. Cela a été écrit il y a presque trois siècles. La première phrase a été écrite par Kropotkine, la deuxième est de Francis de Préssensé, la troisième est d’Emile Pouget. Elles sont extraites de trois petits livres parus ces derniers temps à Marseille aux éditions le flibustier. Le premier rassemble différents textes du prince russe parus dans les journaux le Révolté en 1882 ou Les temps nouveaux au début du siècle suivant. Le deuxième porte Les lois scélérates de 1893-1894 comme titre. Il rassemble trois textes, l’un de Préssensé déjà cité, l’autre d’un anonyme, juriste de son état et le dernier de Pouget dont les écrits biens connus, L’action directe et Le sabotage forment le contenu du troisième livre.

Je ne reviendrais pas sur L’Etat et son rôle historique de Kropotkine. D’autres l’ont fait bien mieux que moi. Je m’arrêterais juste sur le dernier texte de cet opuscule intitulé Les droits politiques pour remarquer que contrairement à son époque ces droits ne sont plus contestés, ils sont effectifs, nous pouvons parler, écrire, éditer, nous réunir sans trop de problèmes. Nous savons pourtant que leur exercice ne change pas grand chose à la réalité. Nous savons aussi que si nous ne les exerçons pas ils disparaîtront. Ces lois, qui à la fin du XIX siècle sont votées par des possédants effrayés par quelques bombinettes plus ou moins meurtrières, possédants qui n’hésiteront pas un seul instant à fournir la guerre qui vient en cadavres en devenir à foison, ces lois, qui méritèrent à leur époque l’adjectif de scélérates, sont de retour. Les immigrés font peur. Ils forment le nouveau prolétariat, entité étrange, menaçante, indéfinie. Pour eux, Pouget, expliquant clairement ce qu’est le sabotage de l’outil de production doit apparaître bien étrange, préoccupés qu’ils sont par la recherche d’un travail.

Par contre, la pratique de l’action directe, leur est quelque chose d’évident, de naturel. En témoignent les différentes grèves et manifestations de sans-papiers. Il faut lire Pouget aujourd’hui, particulièrement ce texte intitulé L’action directe il est d’une actualité brûlante.

Merci aux flibustiers d’avoir publié ces trois ouvrages.

Pierre Sommermeyer



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