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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Jorinde Reznikoff et Klaus-Peter Flügel
"Le capitalisme est comme le borg, il assimile tout"
Gabi Delgado du groupe Deutsch Amerikanische Freundschaft
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La Deutsch-Amerikanische Freundschaft — en acronyme "DAF" — est l’un des groupes emblématiques du Punk allemand, aux côtés de "Fehlfarben" et de "Einstürzende Neubauten". Fondé en 1978 à Wuppertal et Düsseldorf par plusieurs musiciens, le groupe se réduit en 1981 aux deux têtes marquantes qui sont Gabi Delgado-Lopez, le chanteur, et Robert Görl, le batteur. Grâce à leurs éléments précurseurs de punk électro et de musique techno, ils s’émanciperont pour devenir, de même que "Kraftwerk" et "Can", l’un des groupes incontournables de la musique électronique allemande. Les guitares punk seront remplacées par des sonorités électroniques aggressives soutenant leurs textes revendicateurs et répétitifs jusqu’à la transe.

Après diverses périodes de dissolution et de refondation, Gabi Delgado et Robert Görl se réuniront en 2009 pour fêter leurs 30 ans d’existence et de créativité combattives avec une grande tournée intitulée "30jähriger Krieg — Als wär’s das letzte Mal" [La guerre des 30 ans — comme si c’était la dernière fois]. Lors de cette tournée ils reprendront leurs Greatest Hits avec une énergie expressivement incorrompue, prêts à démonter leur propre monument. Casser tout pour voir ce qui se passe après reste leur devise.

http://www.youtube.com/watch?v=olU40fxAXZs

http://www.youtube.com/watch?v=0UA-0ZKFh0g

— Quel est le sens de vos chansons aujourd’hui [1]  ?

Gabi Delgado : 90 % d’entre elles n’ont rien perdu de leur signification. Il n’y a que quelques morceaux qui ont été dépassés par l’histoire, comme par exemple "Kebabträume" ["Rêves de Kebab"], parce que la RDA n’existe tout simplement plus. "Kebabträume in der Mauerstadt/ Türk-Kültür hinter Stacheldraht/ Deutschland, Deutschland, alles ist vorbei" ["Rêves de Kebab dans la ville du Mur/ Culture turque derrière le barbelé/ Allemagne, Allemagne, tout est fini"], cela ne passe plus. Aujourd’hui, il n’y a plus de fil de fer barbelé autour de Berlin. C’est pour cela qu’un tel morceau sera éliminé du programme.

— La chanson „Tanz den Mussolini“ [„Danse le Mussolini“] déchiffrait des idéologies totalitaires…

Gabi Delgado : „… exactement, danse Adolf Hitler, danse le communisme, sans oublier danse Jésus Christ. Il s’agissait de l’interchangeabilité des monuments, peu importe dans quelle direction allait leur intention. D’un autre côté, c’était également une rupture avec des tabous, car il est important de renverser les monuments, même négatifs. En principe, les monuments d’hier sont toujours debout aujoud‘hui.

—  Le mouvement punk en tant qu’attitude est toujours là, mais d’où vient aujourd’hui sa force de provocation alors que le système ne cesse d’intégrer toute contestation ?

Gabi Delgado : Il y a autant de tabous aujourd’hui qu’hier. En principe, une rupture avec les tabous ou une contestation met en question une convention ou un accord dans la société. Et comme la société tient à ses conventions et à ses accords, il y a des contestations. Le capitalisme est comme le borg, il peut tout assimiler. Le capitalisme possède une capacité d’intégration très importante. De la contestation d’aujourd’hui, il fera naître le produit de demain. Et comme Georges Bataille l‘a bien souligné, tous les processus qui s’opposent au capitalisme, la mort, la folie, la maladie, représentent d’énormes tabous. La société n‘est pas plus libre à présent, elle est plus permissive, c’est tout. Cela est dû au fait que de nombreuses instances de cette société ont perdu de leur pouvoir, comme l’État et l’Église.

Aujourd’hui, je peux accrocher un billet de banque sur une croix, cela ne provoquera qu’une faible et éventuelle agitation, alors qu’il y a 500 ans j’aurais été brûlé pour cela. L’Église ne brûle plus personne. C’est dû à sa perte du pouvoir. Si l’Église avait toujours le même pouvoir qu’auparavant, il y a 500 ans, elle brûlerait sûrement les soi-disants hérétiques. La prétendue liberté actuelle résulte de la perte de pouvoir qu’ont subie les institutions que sont l’État et l’Église.

— Quelle signification a eu pour toi le mouvement punk "hier" et aujourd’hui ?

Gabi Delgado : Comme auparavant, le punk représente l’une des formes d’expression les plus énergiques. Le maniement libre des structures musicales et des textes, le fait que l‘on n’ait pas nécessairement besoin d’une formation musicale pour faire de la musique, toutes ces choses qui, à l’origine, étaient vraiment nouvelles, sont toujours valables. Si tu as un morceau, mais que tu ne sais pas jouer de la guitare, qu’importe, apprends trois accords et dis ce que tu as à dire — et tu auras ton morceau. Si tu n’as pas de boîte de production, crée ta propre boîte. Cette approche insolite et fière de l’art et de la musique et de leur marchandisation me semble toujours très juste et très importante.

— Sur votre site internet, il y a un clip dans lequel vous faites appel, dans un style guérilla, à détruire la culture allemande et à résister à l’impérialisme du pop états-unien. En même temps vous soulignez que vous êtes un groupe punk, mais sans guitare… Ce qui pose la question : s’agit-il d’un manifeste politique ou d’un manifeste artistique dadaïste ?

Gabi Delgado : C’est un manifeste politique dadaïste, c’est l’art qui fait la parodie du manifeste politique, mais c’est une parodie.

— Bien que les contradictions socio-économiques durcissent, les rues restent relativement calmes ici. Il n’y a guère de signes de résistance esthétique punk…

Gabi Delgado : C’est vrai, cette observation vaut pour des pays comme l’Allemagne, la France, l’Angleterre. Mais je vois cela d’un point de vue dialectique. Une jeunesse rebelle est suivie par une jeunesse adaptée comme ici actuellement. Par conséquent, la suivante devrait être rebelle de nouveau. Ici, c’est assez ennuyeux. Mais dans des pays comme l’Espagne, la Grèce ou l’Amérique Latine, on peut constater un mécontentement trés grand, une inquiétude et une envie de faire quelque chose contre le systéme

— Un de vos textes s’appelle Gaspille ta jeunesse — c’est ton cas ?

Gabi Delgado : Je l’ai gaspillé et exploité à fond et cela valait la peine. Et si c’était à recommender…

http://www.myspace.com/deutschamerikanischefreundschaft

Notes :

[1Entretien avec Gabi Delgado, avec Jorinde Reznikoff et Klaus-Peter Flügel.

P.S. :

E-Mail : neopostpunk@fsk-hh.org



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