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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Sachiko S.
Des nuages comme des champignons
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Ce texte est le témoignage d’une fillette japonaise qui avait 6 ans à l’époque du largage des bombes atomiques états-uniennes sur son pays. Le texte, directement écrit en français, est publié tel quel pour en respecter le style et l’émotion.

Divergences

Soudain il se leva un coup de vent tiède et terrifiant, à la suite l’avion vola très bas. Presque en même temps on a été couverts de rayons comme du magnésium. Tous étaient frissonnants effrayés du bruit terrible des bombes à chaque instant. Moi qui faisais la dînette avec mon petit frère et ma petite soeur, j’offrais le repas à un visiteur que mon père m’avait présenté, son ami, comme celui de ma dînette. C’était dans une salle au plafond haut. Mon visiteur terrassa les trois enfants à côté du mur dès que l’éclair se fit voir. Après cinq ou six minutes seulement quand
je m’étais levée, les vitres se brisèrent sans bruit, les meubles se perdirent quelque-part. Voila le vent de la bombe atomique cause de tous ces événements subits.

Bientôt ma grand-mère et ma mère qui étaient dans la salle familiale voulaient accourir dans la grande salle avec inquiétude pour sauver les trois enfants, mais le vent horrible les renversa à mi-chemin dans le vestibule. Tous les deux se trouvèrent sous le porte-parapluie et quelques
sabres à quoi mon père tenait beaucoup alors. Par dessus le marché des petits morceaux de verre frappèrent le front de ma grand-mère. Bientôt, elle était couverte de sang. Le vent cessa après peu. Ma mère a mis sous ses bras ses trois enfants et a essayé de sortir dehors, mais on ne
trouvait nulle-part de chaussures qui ont été éparpillées partout à cause du vent mauvais. Donc les uns se sont enfuis au loin mettant des chaussures dépareillées, ramassées dans les environs, et les autres pieds nus.

Ma famille s’est calmée dans la préfecture pendant quelques temps. Des millions de blessés y ont été transportés et on a soigné leurs blessures. Je me rappelle en cet instant, un homme qui avait perdu connaissance à cause de la pression de la poitrine. Les membres de sa famille, j’ai
cru, continuaient à appeler son nom car s’il avait dormi à ce moment-là, il ne se serait plus jamais réveillé. Ma grand-mère aussi souffrait de sa blessure au front, mais, on n’avait aucun moyen pour faire des pansements, puisque le sac bourré de médicaments et d’ustensiles de traitement avait été perdu avec les autres meubles. Or, on desinfecta sa blessure avec de l’eau de vie en guise de l’alcool. Elle gémissait de douleur plus que jamais parce que l’eau de vie pénétra dans sa blessure.

Autour de moi, les grandes personnes sanglotaient longuement. Moi aussi je pleurais de peur frénétiquement. La flamme obscure de la bougie faisait davantage ressortir notre état misérable.

Tout est devenu bientôt très silencieux dans les environs. J’ai pu respirer l’air dehors après neuf heures. Alors, je l’ai respiré profondément. Juste alors, dans le ciel du soir lointain, j’ai vu les nuages en forme de champignon. C’était précisément les formes de champignon que l’on
pense souvent être le symbole de la bombe atomique. Tout le long de la rue, des viellards et des enfants continuaient a les regarder dans une sorte de haine. Quelques vieilles s’essuyaient les yeux. Et les champignons ne disparaissaient point avant la nuit.

À ce moment-là, il se passa dans la ville un grand incendie. Le feu s’étendit rapidement et enfin il brûla la préfecture même, qui était au centre de la ville.

Je me suis enfuie en voiture avec mes parents vers une auberge dans la banlieue de Nagasaki. À mi-chemin, j’ai vu de nouveau, bien des fois de nombreux blessés qui avaient reçu directement la radiation sur leur corps. Sans doute, personne ne pourra imaginer maintenant ces scènes. La
rue etait pleine de blessés qui attendaient seulement la mort. Leurs corps brûlaient tout rouge, et leurs yeux semblaient implorer de l’eau, mais personne ne la leur donnait pour faire vivre plus longtemps. Les cris au secours ne cessaient jamais. Il y eut encore des gens malheureux : des
enfants boiteux, de jeunes hommes qui perdaient leur sang.

Ces misérables se battaient et essayaient de s’avancer vite, mais c’était impossible de se tenir debout droit ni de marcher rapidement. Quelle grande douleur, la guerre fit au Japon ce jour-là ! Le Japon, notre beau Japon, fut changé dans un instant en un pays vaincu. Ces horribles
spectacles sont restés comme un grand souvenir mémorable dans mon coeur enfantin qui alors avait six ans.

La nuit tomba. Dans une petite auberge, les grandes personnes faisaient la conversation sur les événements du jour. J’étais couchée auprès de ma grand-mère, mais je ne pouvais m’endormir du tout de terreur, bien qu’elle me consolât tout à fait tendrement. Je désire maintenant faire
connaître aux hommes du monde entier cet événement tragique qui se passa le 9 août 1945. En puissent ces millions de tués et de blessés nous inspirer l’horreur de la guerre !



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