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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Christiane Passevant
Le jour de l’addition. Aux sources de la crise
Paul Mattick (L’Insomniaque). Traduction de Norbert Gobelin et Rémi Trom. Préface de Charles Reeve
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« “La plupart […] des activités économiques ont pris la forme du gain et de la dépense d’argent”. Nous sommes tellement habitués à cette situation que nous remarquons à peine sa spécificité historique : nous avons tendance à oublier que, par le passé — dans la plus grande partie du monde, et jusqu’à très récemment —, la plupart des gens produisaient eux-mêmes une bonne part ou la plus grande part de leur nourriture, de leurs vêtements, de leur habitat et des autres biens indispensables à la vie. Il convient donc de se rappeler que, si l’argent est apparu et a eu une fonction importante dans de nombreux types de sociétés, la société capitaliste est la seule où il joue un rôle central dans la production et la distribution, au point que la quasi-totalité des biens et des services que nous utilisons au cours d’une journée a été acquise contre le paiement d’une somme d’argent. » Paul Mattick, Le jour de l’addition.

Le Jour de l’addition de Paul Mattick est un livre essentiel par le retour aux « sources de la crise » qu’il opère afin de mieux saisir le processus capitaliste dont la finalité est claire : plus de richesse pour les riches, et plus de misère pour les pauvres. L’accumulation du capital, c’est l’accumulation de la pauvreté et les crises profitent amplement au capital.
Explication trop simpliste diront les spécialistes de la communication qui se livrent à des prouesses médiatiques qui sont autant d’écrans de fumée destinés à brouiller les pistes d’une analyse critique ou d’un simple constat de bon sens. Et les chantres du système et leurs spécialistes aux ordres se plaisent à présenter la crise comme un grand corps malade méritant
« tous les soins politiques et moraux ». Des soins qui exigent
certainement les milliards de dollars donnés aux banques !

La crise actuelle « masque les pathologies qui l’ont fait naître ».
Néanmoins le système serait-il susceptible de se rétablir en retrouvant
la « croissance positive » grâce à un « capitalisme moral » et la reprise
qui soi-disant se dessine à l’horizon de 2010, selon les experts économistes en veine de micro et de caméras ?
« On préfère se persuader que la croissance reprendra son cours “naturel”. Or, si l’extension de la dette suffisait à engendrer la prospérité, nous vivrions déjà dans un âge d’or. Le problème, c’est que les sommes gigantesques qui ont circulé dans le monde entier au cours des trente dernières années ont moins conduit à la croissance de ce que les économistes, par les temps qui courent, nomment “l’économie réelle”
(la production , la distribution et la consommation de biens réels et de services tangibles) qu’à l’expression d’une économie virtuelle dont la
vraie nature devient en ce moment visible à tous — et qui a avant tout profité au secteur financier. »
Monde libéral et merveilleux seul garant de la démocratie contre l’effondrement des valeurs occidentales !

Pour nos économistes médiatiques émérites, les « lois naturelles » du système présentent certes quelques défauts, négligeables cependant pour un contribuable citoyen prêt à payer pour la remise à flots du système tant vanté. « L’argent [ainsi ponctionné serait] dépensé non pour financer des biens ou des services, mais uniquement pour remplacer les sommes d’argent extravagantes qui ont désormais quitté ce monde cruel — ou,
plus précisément, l’argent que les gens tenaient pour réel et qui s’est révélé fictif… » Or « la crise économique actuelle n’est qu’un épisode de la crise sociale permanente par laquelle se reproduit […] le capital, [et] cet épisode lui-même reflète la banqueroute morale et culturelle du modèle de civilisation capitaliste. »

Au « Greed is good » (La cupidité est bénéfique), on oppose à présent une « reprise d’ordre moral » et la nécessité d’une « dimension politique morale » pour faire bonne mesure face à une crise mondiale de la civilisation de marché. Mais « au vu de l’histoire du capitalisme, on peut s’attendre […] à ce qu’ils nous entraînent dans de nouveaux désastres, assurément cruels […] et peut-être fatals, à l’espèce humaine — mais bénéfiques […] pour l’économie… Car un tel système ne peut surmonter les calamités que par de plus grandes calamités, sous peine d’abdiquer l’empire du monde. »

Alors, que faire ? comme l’écrit Paul Mattick, car finalement c’est ce qui nous importe, au-delà du constat navrant d’un désastre social et écologique. Résister ? La résistance s’inscrit dans une remise à plat des diatribes des économistes vantant un système aberrant qui aboutit immanquablement à la paupérisation des populations et à des catastrophes écologiques. Il faut donc sauver les êtres humains en priorité, pas les banques.




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