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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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D’une Espagne rouge et noire
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Bulletin de critique bibliographique réputé mais assez confidentiel, À contretemps va alimenter une nouvelle collection lancée par les éditions Libertaires.
Historiens et militants libertaires applaudissent.

À contretemps est une revue atypique spécialisée dans l’histoire du mouvement libertaire. Depuis 2001, orchestrée par Freddy Gomez, elle paraît « au gré des lectures, des envies et des circonstances » à raison de trois ou quatre livraisons par an. Forte de 31 numéros, elle a traité bien des sujets, bien des époques, bien des figures tels ces « énergumènes » de l’anarchie (illégalistes et individualistes de la Belle époque). Il a été question également d’Armand Robin, de Rudolf Rocker, de Stig Dagerman, de Louis Mercier Vega, d’Albert Libertad, de Victor Serge, de Nietzsche, d’anarchisme mexicain, brésilien ou japonais, d’octobre 1917… et bien sûr de l’Espagne libertaire.

Ce sont des articles concernant l’Espagne rouge et noire qui sont rassemblés dans le premier volume de la collection À contretemps lancée par les éditions Libertaires ce mois-ci. On y trouve des textes passionnants parus dans la revue entre 2002 et 2007. Quatre acteurs majeurs du « bref été 1936 » de l’anarchisme s’y expriment avec sincérité, sans occulter les polémiques et les erreurs qui ont miné les libertaires espagnols.

Les entretiens avec Diego Abad de Santillan (1897-1983), Félix Carrasquer (1905-1993), Juan García Oliver (1902-1980) et José Peirats (1908-1989) n’ont pas pris une ride. Réalisées en 1976 et 1977, les interviews nous font revivre bien des épisodes historiques depuis le début des années 1930. Entre le coup d’état militaire du 19 juillet 1936 et la dramatique Retirada de janvier 1939, chaque vieux militant a son lot de souvenirs et d’explications à livrer sur la « guerre d’Espagne ». Et pas des moindres. Diego Abad de Santillan et Juan García Oliver, anciens ministres, le premier à l’Economie dans la Généralité de Catalogne, le second (garçon de café et ancien taulard) à la Justice dans le gouvernement du Front populaire, avaient évidemment des éléments cruciaux en mémoire.

Avec Félix Carrasquer, nous nous arrêtons sur la vie bouillonnante des collectivités d’Aragon, la pédagogie libertaire et autogestionnaire qui était délivrée, la vie égalitaire dans les athénées, la libération des mœurs, le naturisme… Enfin, José Peirats, ouvrier briquetier-journaliste et historien, parle notamment du foisonnement de la presse anarchiste et anarcho-syndicaliste (La Revista Blanca, Tierra y Libertad, Solidaridad Obrera, Acracia, CNT, Tiempos Nuevos…).

En lisant les quatre témoignages, le lecteur peut se faire une idée assez précise des événements. Le jeu vivant des entretiens croisés permet d’éviter le piège de la mythologie et des falsifications historiques. Les militants, pas toujours d’accord entre eux à l’époque, ne cachent pas les dilemmes et les contradictions auxquels étaient confrontés militants et dirigeants de la Confédération nationale du travail (CNT) ou de la Fédération anarchiste ibérique (FAI). Tous se retrouvent cependant pour dénoncer les méfaits des sbires staliniens qui n’hésitaient pas à assassiner les militants de la CNT ou du POUM.

Au fil des pages, on lit évidemment le nom des grandes figures de l’anarchisme du siècle dernier (Durruti, Ascaso, Montseny, Berneri… mais aussi Voline, Rocker, Archinov, Nettlau, Emma Goldman). On découvre que les anarchistes, ayant appris par un informateur qu’un coup d’état se préparait, ont alerté le gouvernement républicain. Lequel traita les anars de fous dangereux… On apprend que le beau drapeau rouge et noir symbolisant la jonction du syndicalisme et de l’anarchisme serait né le 1er mai 1931 à Barcelone.

Coincés entre la poussée des totalitarismes européens et la lâcheté des démocraties, les jours heureux de l’Espagne libertaire semblaient comptés dès le début. Malgré les déchirements, les désillusions et les polémiques, de belles pages ont été écrites par des femmes et des hommes qui, entre guerre et révolution, osèrent partir à l’assaut du ciel.

On peut en savoir plus sur la revue À contretemps en écrivant à a-contretemps@wanadoo.fr ou en allant sur le site http://acontretemps.org

P.S. :

À contretemps, D’une Espagne rouge et noire (entretiens avec Diego Abad de Santillan, Félix Carrasquer, Juan García Oliver et José Peirats), éditions Libertaires, 258 pages, 15 euros. Illustrations de Marcos Carrasquer, de Jean-Louis Phan Van et de Vincent Van Damme.


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