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Christophe
Kanaky : retour aux affrontements ?
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La saison fraîche a été chaude en Kanaky ! Affrontements sur un
aérodrome en mai, mandat de dépôt prononcé à l’encontre d’un responsable syndical en juin, une énorme manif de droite et des gendarmes cibles de tirs d’armes à feu en août… Au-delà des caricatures dressées de toute part, il est important de rétablir certaines vérités afin de lever de néfastes confusions.

L’USTKE et son dirigeant Gérard Jodar ne sont pas soutenus par tous les
indépendantistes, loin de là. Beaucoup gardent le silence mais des voix
s’élèvent pour refuser la valorisation de l’affrontement, jusqu’au
responsable du Palika, une des deux principales composantes du FLNKS,
Paul Néaoutyine. L’USTKE a certainement perdu beaucoup de ses soutiens
lors qu’en juin dernier Gérard Jodar a prédit des événements semblables
à ceux des années 80, quand la Kanaky était au bord de la guerre civile.
L’immense majorité de la population, y compris kanak, ne veut surtout
pas un retour à une telle époque.

L’USTKE est contre l’Accord de Nouméa, qui essaie de promouvoir une
citoyenneté calédonienne et un destin commun. Les Accords de Matignon,
en 1988, avait tout d’un traité de paix : il fallait mettre un terme à
des affrontements très violents, la situation devenait une impasse
sanglante, y compris pour les militants indépendantistes. L’Accord de
Nouméa est une suite, négociée, insistant sur le respect de l’identité
kanak et prévoyant une large autonomie politique et administrative pour
la Kanaky, jusqu’à une possible indépendance en 2014 ou au-delà.

Affirmer une opposition aux méthodes et aux amalgames de l’USTKE ne
revient pas à se ranger de côté des réactionnaires. S’il est clair que
des avancées sont en cours, comme la reconnaissance de plus en plus
concrète de la civilisation kanak, il est tout aussi clair que des
situations intolérables perdurent.

Proclamée colonie française en 1853 la Kanaky a été pillée par la France
et ses habitants bafoués. De grosses fortunes côtoient une misère qui
s’amplifie. Il est tout bonnement impensable, absurde, pour les
principaux possédants caldoches que la Kanaky devienne indépendante et
effectivement il y a un risque que l’Etat français arrive à diluer la
revendication d’indépendance dans une série de compromis. Il se dit de
plus en plus que les référendums sur l’autodétermination prévus dès 2014
ne sont pas la solution, ou arrivent trop tôt : tout, même un « pacte
cinquantenaire » plutôt que l’indépendance.

Par contre les Kanak gèrent déjà deux des trois provinces de Kanaky,
celle du nord et celle des Îles Loyauté. L’indépendance se conquiert
donc aussi à présent dans la capacité à administrer des territoires, à
valoriser concrètement une économie kanak. L’USTKE est critiquée aussi
parmi les indépendantistes pour son choix de rester campée sur une
logique d’affrontements, alors qu’une bonne partie du mouvement
indépendantiste a pris le chemin d’une construction effective de
l’indépendance, y compris par la formation de cadres, par des choix
économiques lourds.
La lutte pour l’indépendance s’appuie également sur la « Déclaration des
Nations Unies sur les droits des peuples autochtones » adoptée en
septembre 2007 aux Nations-Unis. La France est impliquée dans un
processus de décolonisation de la Kanaky chapeauté par l’ONU. La Kanaky
est inscrite sur la liste de pays à décoloniser et la France s’est
engagée à réaliser cette décolonisation. Le « droit des peuples
autochtones » sert évidemment la cause indépendantiste, mais là encore
L’USTKE préfère ignorer cette évolution et continuer la recherche du
conflit violent.
Il ne faut pas non plus oublier que l’USTKE a fondé il y a peu un parti
politique, le Parti travailliste. Les actions actuelles de l’USTKE
peuvent s’inscrire dans une démarche politique de valorisation du parti.
Le conflit à l’origine des nouvelles crispations a touché une société
gérée principalement par des Kanak, Aircal, dont le président fut
pionnier dans la revendication indépendantiste et contre qui les
responsables de l’USTKE connaissent un contentieux ancien. Aircal
desservant les Iles Loyauté où vivent presqu’exclusivement des Kanak,
c’est cette population, pauvre, qui a pâti en premier lieu du long
conflit. L’USTKE peut chercher à provoquer des affrontements pour
diviser le camp indépendantiste, ce qu’elle réussit bien, et espérer
ainsi une recomposition, en faveur de son parti.

De tout cela il faut retirer que la situation de Kanaky est complexe
et qu’y plaquer nos grilles d’analyse occidentales ne peut que fausser
la réalité. Le retour à un climat de violence refusé par une majorité de
Kanak est par contre clairement utile au camp anti-indépendantiste, qui
peut de nouveau jouer sur les peurs pour maintenir ses prérogatives.




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