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Divergences/Chroniques rebelles
Anarchism in America (6)
Film de Joel Sucher et Steven Fischler

Film proposé en version originale avec une traduction française

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Alors j’ai dit “Allez vous faire voir”, “le premier qui arrive au bus monte”.

Et voilà, j’ai eu cette attitude américaine un peu dingue. Je pense que c’est très américain, nous pensons que nous sommes très malins, nous sommes débrouillards. Je veux dire que nous savons ce que signifie la loi. Nous savons qui l’a faite et comment elle s’applique. Je crois que si vous demandez à des Américains moyens : “À quoi sert la loi ? Est-ce Dieu qui l’a faite ?” ils vous diront : “c’est des conneries. Dieu n’a rien à voir là dedans. Vous savez qui l’a faite. C’est John D. Rockefeller.”

Musique : How Can You Tell an American par Kurt Weil, sur des images de rodéo.

Interview pendant le rodéo.

Q - Est-ce le premier rodéo auquel vous assistez ?

R (famille avec un bébé) - Non, c’est le second. Nous avons emménagé l’année dernière à Truckee.

Q - Ça vous plaît ?

R - C’est un événement important chaque année.

Q - Alors vous viendrez l’année prochaine ?

R - Certainement.

Q - Pensez-vous que le rodéo a quelque chose d’uniquement américain ? Est-ce que cela révèle un côté du caractère américain ?

R - L’indépendance et l’individualisme. Oui, c’est probablement le cowboy, l’idée du cowboy.

Lil’ John dans son camion

Lil’ John - Laissez moi sortir de ce boulevard pour souffler un peu. Nous n’avons jamais eu d’accident grave et je ne veux pas maintenant risquer de renverser un gosse du voisinage qui sort de l’école. Nous conduisons
un Kenworth de 1976, c’est un de ces camions du bicentenaire de la révolution américaine. Ils sont sortis avec ce camion du bicentenaire
pour notre 200e anniversaire ; ils en ont construit 200, c’est la raison de la décoration en rouge, blanc et bleu.

À la base, la mécanique — le changement de vitesse, le moteur, les ponts — sont l’équipement du camion standard, il n’y a rien de plus ou de super spécial sur celui-ci…

Lil’ John, à l’arrêt, devant son camion

Oui, je sais ce que vous allez dire, je suis indépendant. Je n’ai de compte à rendre à personne, et il ne dépend que de moi si je gagne ou pas de l’argent avec mon travail.

Q - Donc, en un sens vous êtes indépendant, mais l’êtes-vous toujours ?

Lil’ John - Ben, nous ne sommes pas réellement indépendants parce que lorsque vous parlez des camionneurs indépendants, forcément on parle de bureaucratie politique, du gouvernement basé à Washington DC. Je veux dire que je ne crois pas qu’un homme à Washington DC puisse me dire comment conduire ce camion, et me débrouiller au niveau finance.

Q - Mais c’est ce qu’ils font ?

Lil’ John - C’est vrai et c’est ce que je dis. Il y a des gens instruits à Washington DC qui nous dictent à nous les gars, ce qu’on doit faire.
C’est dur pour moi d’expliquer à quelqu’un ou de faire comprendre que
si on me laisse tranquille, je me ferais une bonne petite vie et je mettrai un camion bien équipé sur la route, si on m’en laisse la chance.
Je ne sors pas pour trouver une excuse afin d’aller du point A au point B ou d’un endroit à l’autre. Je suis là pour gagner un bon salaire, j’élève quatre enfants grâce à celui-ci, j’ai une femme, une maison sympa à Colorado Springs, et si l’État voulait bien me laisser tranquille avec ses règles et ses lois, je pourrais encore mieux me débrouiller.

C’est ce que je veux dire, il y a … ce n’est pas parce que vous avez été élu ou que vous êtes devenu politicien… De quelque manière que vous preniez cette phrase, cela ne fait pas nécessairement de vous le Big Brother qui connaît tout dans votre domaine, et c’est ce qui arrive à Washington DC. Ces gens-là se prennent pour le Big Brother et pensent que nous ne sommes pas assez malins pour nous occuper de nos affaires.

Karl Hess

Q - Une des choses que nous demandons aux gens, et qu’en quelque sorte nous explorons dans le film, ce n’est pas l’anarchisme des individualistes - comme Warren, Tucker et Spooner - mais savoir s’il existe un anarchisme implicite dans la tradition américaine, dans l’histoire politique américaine. Qu’en pensez-vous ?

Karl Hess - Je pense qu’il existe un anarchisme implicite dans toutes ces tendances américaines qui ont permis d’organiser l’opposition à l’État. Et je pense que les coopératives ont peut-être reflété cette notion. En effet, il s’agit d’organiser les gens non seulement contre l’État, mais aussi contre le mouvement économique de l’époque. En fait, d’un point de vue romantique, il y a une tendance anarchiste dans le caractère américain.

Dans tout cela, il y a un défaut : l’abstraction du patriotisme. Ces gens qui envoient le gouvernement au diable du matin au soir, qui s’opposent à l’État de mille et une manières, dans un temps de crise nationale ils deviendront incroyablement patriotiques et prêts à faire n’importe quoi pour l’État. Ils parleront de “devoir”, de “service”, de “sacrifice”. Les pires mots au monde selon moi. C’est ce qui est en train de se passer en ce moment et je ne sais pas pourquoi. Bien qu’ils soient de bonne volonté, ils pensent que l’État américain est totalement différent des autres États. Sans doute est-ce différent quelque part et c’est ce qu’ils veulent préserver… Ils croient préserver le pays et pensent que la seule manière de le faire est de préserver l’État.

J’ai idée qu’un de ces jours un autre langage viendra qui permette de parler de préserver le pays, le paysage, les voisins, les personnes des communautés, sans qu’il soit question de préserver l’État, alors il y aura de nombreux radicaux parmi les fermiers, les ouvriers d’usines et les habitants des petites villes de ce pays.

Kenneth Rexroth lit son poème sur Sacco et Vanzetti.

En escaladant Milestone Mountain, 22 août 1937.

Depuis un mois maintenant, je me promène dans les Sierras.

Un poème était dans mon esprit,

Des détails de sens et de rythme, comme dans les poèmes,

mais toujours de manière imprécise.

Images d’archives des obsèques de Sacco et Vanzetti

La nuit dernière, je me suis souvenu

de la date où tout a commencé à avoir un sens.

Nous avons discuté tard dans la soirée

Et j’ai expliqué à Marie comment cela s’est passé à Boston,

Comment cela s’était passé durant cette terrible dernière semaine,

Comment des centaines de personnes pleuraient dans les rues,

sans pouvoir rien faire cette dernière nuit.

Je lui ai raconté comment ces heures-là ont changé

la vie de milliers de personnes,

et comment l’Amérique s’est transformé pour beaucoup et à jamais.

Le matin, nous nagions dans le lac froid et transparent,

les mouches bleues sur les papyrus

étaient comme des millions de petites fleurs métalliques,

et je pensais à toi, à Dedham, Vanzetti disant :

“Qui aurait jamais pensé que nous serions à l’origine de cette histoire ?”

Un jour on donnera ton nom et celui de Sacco à des montagnes,

ils entendront ton nom quand ces jours ne seront plus

qu’un vague souvenir de l’époque

où l’homme avait été un loup pour l’homme.

Je pense que le monde se souviendra de toi longtemps,

beaucoup de personnes et très longtemps,

assis sur des montagnes, camarade.

Musique : I Just Want To Say Your Name par Woodie Guthrie sur des images d’archives des obsèques de Sacco et de Vanzetti.

Commentaire sur les images de la répression. Contrôles policiers, déportations, puis du procès de Sacco et Vanzetti…

Au début de la Première Guerre mondiale, les départements de la Justice, du Travail et de l’Immigration se sont alliés pour lancer une campagne de répression. Des policiers ont fait irruption dans les domiciles de militants suspects pour les arrêter et saisir leurs papiers et effets personnels. Beaucoup ont été expulsés. La plupart des victimes étaient étrangers, en général des Russes, des Italiens et des Juifs.

Deux hommes en particulier ont été la cible de cette campagne antiradicale. Ils étaient nés en Italie, résidaient à Boston depuis de nombreuses années, étaient des travailleurs respectables et des anarchistes convaincus.

Fin de la sixième partie du film

Anarchism In America (6)

P.S. :

traduction Christiane Passevant



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