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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Jacques Langlois
De la crise ; comparaison entre le modèle libéral et le projet proudhonien
 : non au libéralo-capitalisme bonapartiste (Tsarko) ou au social-libéralisme invertébré (Vincent, François, Ségolène et les autres) ; Proudhon, t’es le meilleur
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INTRODUCTION : pourquoi comparer et comment ?

Ou si le 1er, le libéralisme, porte la crise comme la nuée l’orage, le second, le proudhonisme, serait une solution pertinente pour l’éviter. Cependant, Il est difficile de comparer un régime qui a hélas été réalisé, et qui a conduit à la catastrophe économique puis financière survenue dès fin 2006 et une doctrine seulement projetée. Ce qui signifie aussi que les soi-disant experts, soit n’ont rien vu venir, soit ont soigneusement caché la merde au chat pour enferrer les petits détenteurs de titres, alors que la crise était devenue évidente depuis septembre 2007) et a définitivement éclaté en septembre 2008 quand les autorités US ont laissé Lehmann Brothers tomber en faillite. Le projet n’a eu que des débuts d’exécution, qui plus est assez limitée (conseillisme en Europe de l’Est en 1920, anarcho-syndicalisme en Espagne en 1936, bribes d’autogestion sous Tito en Yougoslavie dans les années 60).

La tâche est d’autant plus ardue que les deux systèmes, le réalisé, au moins en ce qui concerne ses origines, et le projeté, ont quelques dimensions communes (la modernité, le rôle du travail, la limitation ou la disparition de l’Etat, le primat de la liberté individuelle) et que si la comparaison peut avoir un sens il faut qu’elle soit menée dans bien des domaines, dans les substrats cachés, voire occultés car étant devenus le sens commun. La chose est redoublée par la scission entre la doctrine affichée et les réalisations pratiques. Qui plus est, l’utopie proudhonienne ne fait pas de coupure entre les aspects politiques et économiques des choses, alors que le libéralisme, peu à peu transformé en néolibéralisme, sépare, apparemment, la dimension politique et culturelle du domaine économique. Enfin, il est clair que le libéralisme, en tant que processus de réalisation des principes libéraux, a montré bien des évolutions et des contradictions quand il n’a pas tout simplement été contredit et même perverti par suite de son intrication avec le mode de civilisation et de production capitalistes.

A ce sujet, il convient d’observer qu’il y a un abime entre la théorie libérale et sa mise en pratique par les politiciens et les manageurs. Cela existe dans les deux domaines de la théorie politico-juridique et dans le fonctionnement réel de l’économie. Il est facile de prouver que les tenants pratiques du libéralisme, sous son masque théorique qu’ils ont manipulé pratiquement à l’envi, ont encouragé et mis en place les structures et les règles qui détruisaient les principes mêmes du libéralisme sincère et originel. Prenons l’exemple ici de l’ordure Adolf (Adolphe) Thiers se présentant comme républicain et qui était en fait un préfasciste partisan de la défense de l’ordre bourgeois et capitaliste avec les moyens de la terreur d’Etat dans la répression des communards. C’est ce qui peut fasciner le plus : l’incroyable plasticité de la théorie libérale, qui, dans son contenu substantiel, autorise à peu près tout, y compris Pinochet et la nouvelle Chine convertie à l’économie de marché tout en maintenant un pouvoir politique totalitaire. On verra que cette flexibilité s’explique facilement car le contenu même du libéralisme théorique n’a pas de substance suffisante pour empêcher des interprétations et des pratiques multiples. Cela est d’autant plus aisé qu’il n’y a pas un libéralisme théorique mais plusieurs, lesquels sont eux-mêmes en contradiction les uns avec les autres. La dissension n’épargne pas non plus le socialisme, qui montre des variantes « libérales » (voir M. Peillon) ayant conduit au « solidarisme » de la 3e république française au début du 20e siècle, à la social-démocratie à la Ferdinand Lassalle (réalisée chez les Teutons), à la Fabian society chez les Grands-Bretons.

On peut d’ores et déjà prouver que le libéralisme actuel répète les saintes écritures de ses pères fondateurs tout en les violant en permanence aujourd’hui. Je l’ai fait dans mon essai : « Petit imprécis de (contre) libéralisme ». Car le libéralisme originel contient, dès ses débuts, des contradictions que ses thuriféraires ont soigneusement évacuées. On verra lesquelles en s’inspirant des remarquables travaux de Jean-Claude Michéa et quelques autres auteurs peu présentifiés par des médias compradores et fantoches acquis au libéralisme et au marché mondialisé et corrompus par les exigences de la publicité et des détenteurs capitalistes des moyens d’expression et d’édition.

Par ailleurs, il ne faut pas négliger que Proudhon n’a rien d’un utopiste ; il n’a rien inventé mais a génialement observé et analysé les multiples expériences de coopération nées à son époque : associations, mutuelles, coopératives ; il a mis toutes ces faits en relation pour les articuler dans un système socio-économico-politico-juridique dit fédératif et mutuelliste. Proudhon n’a pas inventé le mutuellisme ; ce qu’il a ajouté et qui est fondamental, c’est que la société ne pouvait pas être une simple juxtaposition d’associations coopératives et de mutuelles locales mais que celles-ci devaient être généralisées et organisées dans une optique sociétale globale pour former un autre système social.

S’il y a des points communs entre libéralisme et proudhonisme, il y a en revanche des différences énormes, à commencer par ce qui concerne les bases philosophiques, politiques, juridiques, économiques à comparer pour en examiner les implications et les contradictions internes.
Et il faut commencer par les fondements les plus profonds des deux conceptions en lice. Notre comparaison suivra donc le plan suivant :

- les bases anthropologiques des deux systèmes, la nature de l’homme
- la pensée sociologique ou les conceptions sur la dimension sociétale et groupale des choses
- l’arrière-plan moral et culturel, la morale et l’éthique, le type de civilisation, la relation entre le juste et le bien
- les fondements politiques et juridiques (le droit), la forme de la démocratie, la place des communautés locales ou spécifiques dans le concert politique
- l’éducation, le travail et la connaissance
- les conceptions économiques et financières

Dans cette structure d’analyse, je pars de ce qui est le plus fondateur, le plus relatif à la dimension institutionnelle plus ou moins enfouie des deux conceptions à comparer. J’essaie aussi d’illustrer le propos en montrant en quoi l’actualité récente de ce que j’appelle le libéralisme pratique percute les vieux principes du libéralisme politique des origines, avant qu’il ne soit phagocyté par le capitalisme camouflé en libéralisme économique justifié par son ancêtre politique et en quoi les fondements mêmes du proudhonisme pourraient donner les bases d’un vrai socialisme et d’un modèle sociétal qui empêcherait les vices constitutionnels du capitalisme associé (à mauvais escient) au libéralisme. Passons donc en revue quelques secteurs où les différences apparaissent à la fois comme pertinentes et éclairantes des enjeux de société et de projet. Dans ce travail de « déconstruction » et de décryptage, on ne pourra éviter de présenter quelques références historiques sur lesdits enjeux.
Le lecteur ne s’étonnera pas de ce que texte mélange des apports théoriques et des exemples pratiques. En effet, il faut montrer en quoi le libéralisme réel n’a plus grand-chose à voir avec ses fondements théoriques et originels, comment le néolibéralisme économique et financier a supplanté son ancêtre politique et juridique. Les exemples des pratiques sont souvent tirés de l’actualité, cela en offrant une place d’honneur à notre nouveau président depuis le 6 mai 2007. C’est une façon de lui souhaiter un mauvais anniversaire alors qu’il reste 3 ans à tirer. Pour ce faire, j’ai essayé de conserver le style ironique et concret que j’utilise dans mes articles du Monde libertaire.

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