Recrudescence de la haine aux États-Unis

jeudi 16 avril 2009
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Les États-Unis ne cesseront jamais de nous étonner. Au moment où les Américains élisent le premier président noir, les organisations prônant la haine pullulent. Un rapport du Southern Poverty Law Center (SPLC) nous apprend qu’elles ne cessent d’augmenter depuis quelques années. Elles sont plus de 926 (chiffres de la fin de l’année 2008) alors qu’elles étaient 602 en 2000. Le passage de George W. Bush à la Maison Blanche aura décidément fait de profonds ravages au sein de la société américaine.

Ces organisations regroupent des skinheads, des néonazis, des membres du Ku Klux Klan, mais aussi, il faut le préciser, des ségrégationnistes noirs antisémites. Les suprématistes noirs ne font pas de quartier à Obama, qualifiant celui-ci de marionnette ou de noir de service.

Du côté des skinheads, la rhétorique n’est guère rassurante : un des numéros de leur revue de prédilection, National Socialist, portant un titre on ne peut plus clair : Kill this Nigger ? La montée d’Obama a provoqué une nette remontée du Ku Klux Klan qui était plutôt dans une phase de déclin avant 2008. Le nombre de chapitres de cette organisation suprématiste blanche protestante fondée en 1865 montre un redressement spectaculaire l’an passé, passant de 155 à 186.

Il n’y a pas qu’aux États-Unis que le KKK connaît une expansion, plusieurs chapitres ont surgi l’an passé sur le territoire canadien, plus précisément en Alberta.

Le déclin du KKK avant 2008 était dû à la forte concurrence des néonazis, skinheads et autres organisations xénophobes. Selon le rapport du SPLC, le débat autour de l’immigration qui a pris de l’ampleur à partir de l’an 2000 a favorisé les néonazis et les skinheads au détriment du KKK.

Les suprématistes blancs n’ont reculé devant rien pour promouvoir la haine : ils ont fait courir une rumeur selon laquelle la crise des surprimes était essentiellement due au fait que les banques ont été forcées à consentir des prêts hypothécaires aux pauvres, en particulier aux immigrants.

Un chiffre a même été avancé : plus de 5 millions de mauvais prêts hypothécaires auraient été contractés par des immigrants. L’histoire fabriquée de toutes pièces a pris de l’ampleur quand le Drudge Report a mis un lien vers une radio de droite localisée à Phénix qui présentait le fait comme véridique.

CNN a même contribué à la propagation de la fausse nouvelle. Michelle Malkin, dont les chroniques sont reprises dans de nombreux journaux américains, est allé jusqu’à s’en prendra au "massive illegal alien mortgage racket", ajoutant que ce n’était pas une coïncidence si les zones les plus touchées par la crise des hypothèques "also happen to be some of the nation’s largest illegal alien sanctuaries".

Le pire, c’est que les prêts hypothécaires risqués ont été émis par des entreprises de financement en dehors du programme public favorisant l’accession à la propriété (Community Reinvestment Act) incriminée par les commentateurs de la droite américaine.

Malgré tout, encore aujourd’hui, certains commentateurs continuent d’affirmer que l’accès facile au crédit favorisé par le gouvernement américain est la cause principale de la crise des surprimes, alors que celle-ci est plutôt due à la voracité du secteur financier.

Le parallèle avec la période de crise économique qui a favorisé la montée des Nazis en Allemagne est saisissant.

Southern Poverty Law Center. The Year in Hate. On peut consulter une carte de ces associations haineuses ici.



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