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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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David Venegas Reyes "Alebrije"
L’espoir est en nous
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VOCAL-APPO 16 janvier 2009, Oaxaca de Magón, ville de la résistance.

Texte communiqué par
Terre et Liberté émission de Radio Libertaire dont l’objectif est d’informer sur les luttes des peuples sans Etat et de débattre sur ce qui, dans leurs modes d’action et leurs cultures, intéressent les libertaires (décisions collectives, fonctionnement horizontal, autonomie vis à vis de l’Etat et des partis politiques...).

L’année 2009 commence, et avec elle, un sombre panorama de pauvreté, de répression,
d’autoritarisme, de guerres génocidaires et de spoliation menace les vies de millions d’hommes et de
femmes dans le monde entier.
Rien de neuf, diront ceux qui ont habitué leur cour à l’injustice, à garder les yeux secs devant la
souffrance des autres et les oreilles sourdes à la clameur de ceux qui réclament la justice et la
liberté. Exagération, diront ceux qui ne regardent le monde que par l’étroite lucarne de l’écran de
télévision où ils contemplent jour après jour un monde pimpant de fausses espérances et de
démagogies ornées de clinquant, où on appelle terroriste ou radical celui qui défend son territoire un
caillou à la main, et où on appelle démocrate celui qui à coups de balles, de bombes et de missiles
assassine des peuples sans défense. Dans ce monde télévisé, une capuche sur le visage et des
vêtements noirs sur le corps suffisent à justifier la criminalisation, la répression et l’assassinat
impuni, tandis que le visage découvert des gouvernants génocidaires est le symbole de la
démocratie et de l’État de droit.

Le modèle du néolibéralisme, qui a été implanté petit à petit, mais avec férocité dans le monde et
dans notre pays durant les vingt dernières années, a laissé derrière lui un sillage de peuples
dépouillés, de droits du travail anéantis, de services de base à la population privatisés et chers, d’une
éducation privatisée de fait et avec le fantôme de la confessionnalisation à sa porte, et bien sûr d’une
série de crimes et de répressions à l’encontre des peuples qui ont résisté à ce modèle néolibéral
déprédateur de la vie, de la culture et de l’espérance.

Qu’il suffise, pour exemples, de nos propres peuples d’Oaxaca en 2006 et de nos 26 frères et soeurs,
hommes et femmes oaxaquègnes assassinés par l’État criminel d’Ulises Ruiz et de Vicente Fox, et
de la guerre implacable et génocidaire qu’aujourd’hui lance l’État sioniste-terroriste d’Israël contre le
peuple palestinien désarmé et de nos plus de mille frères et soeurs, hommes, femmes et enfants,
assassinés par l’État terroriste d’Israël que gouverne le criminel Ehoud Olmert. L’assassinat d’Alexis
Grigoropoulos dans la Grèce de l’hypocrite Union des capitaux européens et l’assassinat public de
l’Afro-Américain Oscar Grant dans les nouveaux États-Unis d’Obama, tous deux perpétrés par des
policiers, montrent également que même si, en haut, la couleur des partis, des gouvernements et des
gouvernants change, en bas la couleur est toujours la même, la couleur rouge du sang.

Ce modèle néolibéral que les pays impérialistes du monde ont imposé aux pays pauvres à coups de
sang et de feu, mais aussi à coup d’élections, de partis politiques et de démocraties oligarchiques, a
éliminé toute intervention de l’État dans la protection minimale du bien-être des peuples qu’ils
disent servir et gouverner, et face aux lois sacrées du libre-échange se prosternent de la même façon
les politiciens de droite que ceux supposés à gauche. Selon cette logique, le seul rôle souhaitable
des gouvernements à l’ère du libre-échange est celui de gendarmes armés pour protéger les intérêts
des grandes compagnies et firmes transnationales qui aujourd’hui ordonnent et régulent la vie des
êtres humains. De là, l’unité étonnante que montrent les gouvernements émanant de tous les partis
politiques quand les peuples s’opposent à la spoliation qu’ordonnent les transnationales sans visage.

Les répressions d’Atenco, d’Oaxaca, des villages qui s’opposent au barrage de La Parota dans le
Guerrero, des normaliens du Guerrero et du Michoacán, des enseignants du Morelos, des peuples
zapatistes du Chiapas, ne sont que quelques exemples de l’obéissance inconditionnelle de la classe
politique de tous les partis (PRI, PAN, PRD, PT, Convergencia) envers les grandes firmes, même
s’il faut pour cela réprimer les peuples mêmes qu’ils disent gouverner. Mais ces peuples sont aussi
des exemples de la résistance digne et de l’espérance qui, malgré tout, se niche encore dans l’âme
rebelle du Mexique profond et rude, celui d’en bas et de plus en bas encore.

Oaxaca ne fait pas exception. À l’injustice historique dont souffrent nos peuples depuis plus de cinq
cents ans, quand a débuté l’invasion impérialiste et avec elle la guerre d’extermination contre nos
peuples, nos cultures, nos langues et notre façon de vivre, à ces blessures jamais cicatrisées de notre
histoire s’ajoutent aujourd’hui, infâmes, la violence et le crime du gouvernement néolibéral et
assassin d’Ulises Ruiz qui se prolongent dans la spoliation du territoire, des forêts, de l’eau, de la
culture, des minerais du sous-sol et même du vent qu’aujourd’hui pratiquent les grandes firmes
transnationales sur les territoires des peuples originaires dans tout l’État, dans les villes et dans les
montagnes, les vallées, les côtes, la jungle et les forêts.

Déguisés en projets de développement de bien-être et d’emploi, les transnationales de l’énergie, de
l’eau, des mines, du tourisme et du commerce aiguisent leurs crocs pour dépouiller à n’importe quel
prix les territoires et les ressources des peuples d’Oaxaca. Dans l’isthme de Tehuantepec avec le
projet de génération d’énergie éolienne, chez les peuples de la Sierra sud et de la Mixtèque avec le
mégaprojet minier, sur le territoire des peuples chontals de l’Isthme avec le projet routier de
Huatulco, dans les villages côtiers avec les projets immobiliers de tourisme transnational, sur le
territoire des Indiens urbains de la ville d’Oaxaca où des entreprises rapaces comme Chedraui
[chaîne de supermarchés] rasent les derniers arbres qui survivent au milieu de ce béton qui prétend
ensevelir nos racines, et sur le territoire des peuples de la côte, où on prétend imposer le barrage
hydroélectrique du Paso de la Reina.

La crise économique mondiale qui a commencé l’année dernière au cour de l’empire capitaliste, les
États-Unis, mais qui s’étend rapidement à la majeure partie du monde globalisé où ont été imposés
ou acceptés les articles de foi du néolibéralisme, vient rendre plus aiguë encore la situation déjà
difficile de faim et d’injustice des peuples du monde, mais elle vient aussi démontrer l’échec du
modèle néolibéral. Les mêmes firmes qui auparavant réclamaient l’effacement de l’État devant la
rapacité spéculative du libre-échange qui conduit l’économie et le sort des nations du monde,
accourent à présent très aimables afin de réclamer l’intervention multimillionnaire des
gouvernements de tous les pays pour les sauver de la catastrophe de leurs propres excès.
C’est là la toile de fond du spectacle macabre mais plein d’espérance de l’effondrement irrémédiable
de l’hégémonie impérialiste des États-Unis qui, avec des râles de monstre à l’agonie, se lance dans
des guerres génocidaires contre les peuples du monde qui résistent à leur ambition. Et tandis que
bien des États impérialistes (Union européenne, Chine, Russie) se préparent à les remplacer ou
réaccommoder un nouvel ordre mondial multi-impérialiste, dans le monde entier des peuples se
soulèvent encore et encore, et toujours plus fortement contre l’oppression des gouvernements, des
capitaux et des États totalitaires, et à la recherche de la justice, de la liberté, de la paix et de la
dignité.

À présent, nous, peuples d’Oaxaca qui en 2006 avons réuni nos chemins de lutte et de résistance
dans le mouvement de l’Assemblée populaire des peuples d’Oaxaca, nous nous trouvons au seuil
insondable du changement social.

De sorte que nous nous trouvons ici, à la croisée des chemins de l’histoire, sur cette voie de non-retour
dans l’histoire de l’humanité, à la frontière impossible à concrétiser entre le vieux monde qui
tombe en morceaux et le nouveau monde qui surgit de ses ruines. À coup sûr, un nouvel ordre
mondial et une nouvelle société émergeront de cette conjoncture historique. Le sens de cette
nouvelle société dépend des luttes et de l’organisation que nous mettrons en oeuvre, nous ceux d’en
bas et de plus en bas, qui pendant des siècles et des générations avons été seulement masse de
manoeuvre de politiciens, chair à canons, numéros dans les élections, pourcentages dans les indices
de pauvreté et croix anonymes de cimetières oubliés.

Cette année 2009 commence, et la faim de notre corps sera très grande, pourvu que la faim et la soif
de justice de notre esprit le soient encore plus ! Il y a de l’espoir, mais il n’est pas sur les écrans de
télévision, ni dans les gouvernements, ni chez les politiciens et leurs partis, il se trouve en nous,
hommes et femmes du Mexique profond, de l’Oaxaca de Magón.




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