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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Michel Warschawski
Merci les anars
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Jeudi 15/01, 7 h 39.

La rédaction de Siné Hebdo m’avait demandé un article traitant des différences entre Hamas et Hezbollah. Après le massacre d’aujourd’hui, je ne m’en sens pas capable. En une journée, 73 personnes ont perdu la vie à Gaza. En une journée, 24 enfants ont été privés de leur adolescence, par un État, mon État, qui assassine avec préméditation. Amis lecteurs, aujourd’hui on se tait. Dès demain, on se remet au travail. À l’ordre du jour : préparation d’un tribunal international pour les bouchers du ghetto de Gaza. Dimanche 18/01, 15 h 44. Hier soir, nous étions environ 3 000 à défiler dans les rues de Jaffa. Nettement moins qu’il y a 15 jours, mais c’était de loin la manifestation la plus combative et déterminée depuis des années. Chacun a son point de rupture, et je pensais avoir atteint le mien avec le carnage de jeudi (depuis trois semaines, notre vocabulaire peine à rendre compte des divers paliers de l’horreur). J’avais annoncé aux camarades de la coalition antiguerre que je ne viendrais pas, et leur avais demandé de me libérer de mes responsabilités organisationnelles. Je suis rentré chez moi pour dormir et ne plus recevoir de messages m’annonçant une nouvelle saloperie, ni voir, même de loin, des cadavres d’enfants calcinés. Mais à 60 ans, on ne se refait pas.

Je me suis quand même rendu à la manifestation de Jaffa. Je ne le regrette pas, grâce à mes jeunes copains des Anarchistes contre le mur. Je savais qu’eux seuls pouvaient exprimer ma volonté de dire à tous les criminels, mais aussi à tous ceux qui se taisent, ou encore à ceux qui pleurent des larmes de crocodile sur « les morts des deux côtés » et qui accusent le Hamas d’en:avoir fait trop ou pas assez : « On vous hait, on n’a rien, mais rien, à voir avec vous. » Entouré de ces jeunes tatoués habillés de noir, je faisais vraiment grand-père, et leur façon de manifester, leurs slogans merveilleusement rimés et provocateurs me sont étrangers. Cela faisait pourtant longtemps que je ne m’étais pas senti aussi bien dans une manif. Pas besoin d’être « politiquement correct » ni de choisir les mots qui ne fâchent pas, susceptibles de convaincre les hésitants.

Exprimer au contraire, haut et fort, ce qu’on a au fond du ventre : la rage. Qui, ailleurs qu’ici, a déjà entendu des anars manifester leur solidarité en criant tout au long du parcours, et sans état d’âme, Allah Hou Akbar ? Les anars sont les seuls à ne pas être récupérables. Les flics de l’Anti-émeute ne s’y sont pas trompés qui, par douzaines, entouraient notre bloc avec l’envie manifeste d’en découdre, sans parler des quatre agents provocateurs déguisés en Palestiniens masqués, et que j’ai rapidement repérés et fait éjecter. Et puis, au moment de la dispersion, la chaleureuse poignée de main de Jonathan, un des meneurs ; comme on les appelle : « Merci Mikado, c’est vraiment chic de ta part d’avoir manifesté avec nous. » Tu as tout faux, Jonathan : merci à vous d’exister et de me donner l’envie de continuer.

Michel Warschawski



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