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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Charles Daget
La Communauté par le retrait et autre essais, G. Landauer
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tu as entendu parler à l’école, il n’était ni un roi, ni
un général, ni un héros de bataille, il ne portait aucun
uniforme et il n’arborait aucune médaille. Mais il se
battait pour une humanité plus lumineuse, il servait
l’esprit de justice, il servait l’alliance fraternelle de tous
les producteurs. »

Ernst Toller à son neveu Henry, décembre 1921.

Notice du livre


GUSTAV LANDAUER est l’un des plus brillants essayistes de la
fin de l’ère wihelminienne, ce « génie de la liberté », qu’il accorde
généreusement à Shakespear, il le possède lui-même en partage.
Pourtant, en France, cette figure lumineuse est maintenue dans
une demi-pénombre, les timides tentatives de traduction se sont
jusqu’à maintenant heurtées à une indifférence polie – un seul
des essais de Landauer est traduit en français : La révolution1. La
relative ignorance dans laquelle est tenue l’oeuvre de ce penseur
singulier, contraste ainsi étrangement avec l’importance que lui
ont accordé certains intellectuels sous la République de Weimar,
tels Martin Buber, Margarete Susman ou le jeune Gershom
Scholem. Il convenait donc d’attirer l’attention des lecteurs
français sur la cohérence des idées de cet intellectuel libertaire,
qui a influencé, discrètement mais sûrement, certaines formes de
la pensée critique de langue allemande et qui demeurel’un des
principaux théoricien du socialisme libertaire.

De la social-démocratie à l’anarchisme

Gustav Landauer est né le 7 avril 1870 à Karlsruhe, dans
une famille juive, son père est un commerçant aisé. En 1889,
il commence des études de philologie et de philosophie à
Heidelberg, puis à Berlin, avant de les poursuivre à Strasbourg,
puis à nouveau à Berlin ; mais au début des années 90, il est chassé des universités prussiennes, en raison de ses sympathies
socialistes. Il rompt alors avec son milieu familial et devient
résolument socialiste ; il est l’un des animateurs de la gauche de
la SPD – « les jeunes » –, très critique de l’attentisme des chefs et
de leur trahison des idéaux révolutionnaires. Comme la direction
de la SPD n’arrive pas à faire taire « les jeunes », elle préfère,
en 1891, lors du congrès d’Erfurt, provoquer une scission et
les exclure. Les exclus forment « l’Association des socialistes
indépendants », que Landauer représente aux congrès socialistes
internationaux de Zurich en 1893 et de Londres en 1896, il est du
reste exclu de ces deux congrès en compagnie des anarchistes – à
Londres, en 1893, August Bebel, le pape de la social-démocratie
allemande, en vient même à l’accuser d’être un agent provocateur.

En 1893, les socialistes indépendants créent un hebdomadaire,
Der Sozialist, dont Landauer devient rapidement le rédacteur en
chef ; l’hebdomadaire est poursuivi sans relâche par les autorités,
en 1896 il doit cesser de paraître. Ayant rompu avec la socialdémocratie,
Landauer évolue vers l’anarchisme pour demeurer
socialiste. En outre, il devient, avant la guerre de 1914, l’une
des plus originales figures des lettres allemandes : littérature,
traduction, critique, dramaturgie, philosophie, politique, il aborde
avec bonheur tous ces domaines et bouscule les conventions
intellectuelles des élites de l’Allemagne wihelminienne.
En 1893, Landauer est condamné à un an de prison pour
« incitation à la désobéissance envers l’État » ; en 1899, ayant
« outragé les autorités », il retrouve les prisons impériales, pour
six mois cette fois-ci. Après ces déconvenues carcérales, il
s’éloigne du militantisme et il part à Bromley, près de Londres,
en compagnie de la poète Hedwig Lachman, ils y passent l’année
1901 auprès de Pierre Kropotkine, le vieux prince de l’anarchie,
avant de se marier une fois de retour en Allemagne. Landauer
est à la fois proche et éloigné de la pensée de Kropotkine. Il lui
doit sa conception très positive du Moyen Âge, qui, selon lui,
ne se réduit pas à une époque de ténèbres, car il s’agit aussi d’un
âge d’accomplissement, fondé sur le principe de la stratification
de sociétés autonomes – ligues, communes, corporations,
guildes, coopératives –, c’est-à-dire sur leur interpénétration et
leur soutient mutuel, sans centralisation du pouvoir politique.
Toutefois, contrairement à Kropotkine, Landauer ne pense pas
qu’il suffit de détruire l’État pour instituer une société libre. À
ses yeux, l’État est l’expression des rapports antagoniques que
les individus entretiennent au sein de la société bourgeoise, ils
ne peuvent donc lui échapper qu’en contractant de nouveaux
rapports ; c’est là une reprise originale du motif développé par
Étienne de La Boétie. Pour Landauer, comme pour La Boétie,
c’est précisément parce que la servitude est dite « volontaire »,
et non pas nécessaire ou naturelle, que chaque homme peut s’en
arracher et établir de nouveaux rapports avec autrui, qui ne seront
ni des rapports de soumission ni des rapports de domination2.
Comme Kropotkine qui, en 1891, dans le journal La révolte,
déclarait « un édifice social, fondé sur des siècles d’histoire, ne se
détruit pas avec quelques kilos de dynamite », Landauer s’élève
avec virulence contre les attentats anarchistes, mais il pousse sa
critique de la violence plus loin que Kropotkine et il se rallie au
pacifisme de Tolstoï – toutefois, il en nuancera ultérieurement
le caractère absolu. Cette sympathie du penseur libertaire pour
la pensée et pour le personnage de Tolstoï n’est pourtant pas le
signe d’une évolution vers le christianisme, Landauer n’est pas un
penseur religieux

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