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13 novembre 2008

Lire « L’insurrection qui vient » avec Lémi plutôt que le brûler avec Libé…

L’article est immonde. Et dépasse tout ce que Libération a pu produire de plus médiocre et pathétique jusqu’à maintenant. C’est dire…

Dans un papier intitulé Sabotage SNCF : le petit bréviaire anarchiste qui intéresse les enquêteurs, un certain C. B. (dont on espère que c’est la honte qui l’a empêché de signer en toutes lettres…) fait médiocrement oeuvre de basse police en alignant pour le compte L’insurrection qui vient, bouquin publié voilà un peu plus d’un an aux éditions La Fabrique. Le scribouillard, davantage supplétif du ministère de l’Intérieur qu’il n’est journaliste, y aligne pour le compte un livre qui constituera bientôt la seule charge pesant encore (toutes les autres s’étant effondrées…) contre ceux qu’on s’acharne à nous présenter comme des terroristes ferroviaires. En parfait petit soldat de la morale, de l’ordre et de Michèle Alliot-Marie, ce pseudo-journaliste rappelle que le meneur supposé du groupe serait l’un des membres du mystérieux Comité Invisible qui a signé L’Insurrection qui vient. Puis, de cette même façon idiote qu’ont procédé les enquêteurs du ministère de l’Intérieur, ce C. B. transforme le bouquin en une pièce à charge, exhumant quelques très brefs passages, présentés comme particulièrement représentatifs de l’état d’esprit des saboteurs, et isolant quelques phrases censées porter la promesse du terrorisme. Aussi débile que ridicule.

Le livre du Comité invisible mérite mieux que cela. Histoire de remettre un chouia les choses en perspective, Article11 vous propose donc une chronique de L’Insurrection qui vient. Elle avait été postée en juin 2007 par Lémi sur son premier bloug, Zapa, bien avant qu’on ne commence à s’intéresser aux trains qui n’arrivent pas à l’heure. Elle mérite d’être republiée ici, telle quelle. Parti depuis peu faire le guignol en Amérique Latine pour quelques mois, connecté épisodiquement à internet, Lémi n’aura même pas eu son mot à dire dans l’histoire. Bien fait…

Le propos du Comité Invisible tient en peu de mots : la France, son système de valeur et son organisation sociale, traversent une période noire. Voire pire. « Ce qu’il y a, c’est une civilisation en état de mort clinique. » Entre perte des repères et disparition de toute forme d’idéalisme, la seule solution serait la révolte pure et simple. Sans chichis.

L’impasse du présent

« Sous quelque angle qu’on le prenne, le présent est sans issue. Ce n’est pas la moindre de ses vertus. »

Les auteurs, regroupés sous un mystérieux et un chouia paranoïaque – il nous semble – « Comité invisible », ont pris modèle sur les sept cercles de l’enfer de Dante pour poser l’impasse du temps présent. Chaque cercle symbolise un domaine particulier de nos existences scellé du sceau de l’impasse absolue : l’impasse du rapport au soi, l’impasse des rapports sociaux, l’impasse de l’urbain, l’impasse politique, l’impasse écologique… Autant d’apories de nos sociétés disséquées, montrées sous un jour éminemment critique. Avec comme point de départ, base de lancement à la réflexion, les émeutes de novembre 2005, que les auteurs placent comme révélateur implacable de l’évidence de l’insurrection à venir : « L’incendie de 2005 n’en finit plus de projeter son ombre sur toutes nos consciences. Ces premiers feux de joie sont le baptême d’une décennie pleine de promesse. »

Résumé et raccourci, ça donne :

Le système représentatif a fait son temps et n’est plus adapté. D’ailleurs qui croit encore à la politique ? Et surtout : aux politiques ? « De gauche à droite, c’est le même néant qui prend des poses de cador ou des airs de vierge, les mêmes têtes de gondole qui échangent leurs discours d’après les dernières trouvailles du service communication. »

La société de consommation a modelé des individus hagards et désorientés, sans identité, courant après des besoins qu’on leur impose et ignorant ceux qui comptent vraiment.

Le tissu urbain est une vaste zone déshumanisée – « la métropole est cette mort simultanée de la ville et de la campagne » – , ou la Police – au sens large du terme – régit toute forme de vie sociale.

La vie en société n’en est plus une, c’est une vie en réseau, technologisée à outrance, dépouillée de toute forme de vie, « où l’on ne partage rien sinon des codes ».

Le travail, matraqué partout comme dernier rempart de la crise, est méprisé autant que courtisé : « On déteste les patrons mais on veut à tout prix être employé. Avoir un travail est un honneur, et travailler est une marque de servilité. Bref : le parfait tableau clinique de l’hystérie. »

Le chiffon de l’économie et de la croissance à tout prix, agité depuis tant d’années, finit par apparaître pour ce qu’il est, un leurre pour décérébrés – « Trente ans de chômage de masse, de ‘crise’, de croissance en berne, et l’on voudrait encore nous faire croire en l’économie (…) ; à force, on a compris ceci : ce n’est pas l’économie qui est en crise, c’est l’économie qui est la crise. »

La catastrophe écologique, conséquence des ravages du capitalisme effréné, est désormais un atout dans la grande course au fric : « L’excitation morbide qui anime journalistes et publicitaires à chaque nouvelle preuve du réchauffement climatique dévoile le sourire d’acier du nouveau capitalisme vert. »

On pourrait continuer longtemps la longue litanie de ce constat implacable. C’est que le livre saute habilement d’un sujet à l’autre, distillant des évidences qui toutes convergent vers un même point : l’impasse totale de notre temps, sa grande escroquerie, son emprise sur les cerveaux. D’où la nécessité d’une insurrection, rompant avec tout ce qui a pu préexister.

Penser l’insurrection

« Il n’est pas question d’occuper, mais d’être le territoire. »

Face à ce champ de ruines, tout est à reconstruire. S’indigner ne suffit plus. S’engager ne sert à rien. Et avec qui ? « Toutes les velléités de ‘faire de la politique autrement’ n’ont jamais contribué, à ce jour, qu’à l’extension indéfinie des pseudopodes étatiques. » Il n’y a plus à attendre. Attendre, c’est déjà abdiquer. Il faut malmener le présent. Un seul moyen : le refus de tout ce qui régit nos sociétés actuelles. En bloc. Refus du travail aliénant. Refus du diktat de la réussite sociale. Refus de l’omniprésence des forces sécuritaires.

Toute autre forme de résistance, composant avec les anciennes formes du passé serait dépassée, improductive au possible. Tout ce qui peut constituer un ‘milieu’, avec ses modes de pensée préexistants et intellectuellement coercitifs, est à bannir : « Tous les milieux sont contre-révolutionnaires, parce que leur unique affaire est de préserver leur mauvais confort. »

Seule solution ? Une Commune. Derechef : « Une commune se forme à chaque fois que quelques-uns, affranchis de la camisole individuelle, se prennent à ne compter que sur eux-mêmes et à confronter leur force à la réalité. »

Les moyens du refus ? Tout. Tout doit être prétexte à construire l’insurrection, à fonder la commune, à flouer le système. Incivilités, abattage du mobilier urbain, sabotage, arnaques, pillage…
Puis, quand l’insurrection sera là, il faudra la développer intelligemment, s’organiser, profiter des faiblesse de l’adversaire. Avec une règle d’or : « A chaque réseau ses points faibles, ses nœuds qu’il faut défaire, pour que la circulation s’arrête, pour que la toile implose. »


Et ?

A l’arrivée, malgré l’évidence du constat, beaucoup de choses nous dérangent dans ce texte. D’abord, le manque de rigueur à l’œuvre dans les démonstrations, l’impression de voir parfois colporté un tissu de rumeurs. Si certains faits – la plupart même –, sont irréfutables, d’autres ne sont que des suppositions. Posées en évidence, en axiomes indépassables, elles nous dérangent un tantinet.

Du livre transparaît aussi une certaine fascination malsaine pour la décrépitude du temps présent. Fascination pour les émeutiers de 2005 transformés ici en gavroches post-modernes, en vengeurs de la république – La réalité nous semble assez éloignée.
Fascination pour tout ce qui peut constituer une récupération du système : fraude au RMI, glande au boulot… – Profiter du système, n’est ce pas encore le conforter ?
Fascination pour la révolte sous toutes ses formes – on comprend – et amalgamation à tout va – on aime moins (Non, Bassora et la Seine St Denis ne sont pas comparables, et de loin...)
Fascination pour toute forme de réaction violente, quelle qu’elle soit – Personnellement, on ne nous enlèvera pas de l’idée que 40 cagoulés qui tendent une embuscade à deux flics et les démolissent à la barre de fer sont des raclures que rien n’excuse.
Enfin, fascination à se voir tombé si bas. Comme une jouissance née des bassesses de notre civilisation, de sa course folle vers toujours plus d’inhumanité.

Bref, on n’adhère pas à l’intégralité du propos du Comité invisible (d’ailleurs, pourquoi cet anonymat ? Voudrait-on nous faire croire que se dévoiler constituerait un danger ?). Mais si certaines choses dérangent dans la démonstration, d’autres semblent d’une justesse limpide. Amalgamées, elles forment un ensemble remettant en question beaucoup de certitudes. Et elles dépoussièrent des éternelles rengaines d’extrême extrême gauche quelquefois salement déconnectées de notre temps. A lire, donc.



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