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Michel Onfray
Du bon usage du sabotage
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Siné hebdo – n° 11 – mercredi 19 novembre 2008, article circulant sur le net

Anarchistes, les saboteurs de TGV à la petite semaine ?
Curieux qualificatif pour des rigolos
qui servent surtout le dogme sécuritaire.

Le journal Libération, qui l’eût cru ? fut créé par Jean-Paul Sartre. Aujourd’hui, il roule pour Ségolène Royal qui ne rêve que d’une chose : un mariage politique avec François Bayrou. Qu’aurait pensé de cette belle ligne politique l’auteur de On a raison de se révolter ? La stratégie éditoriale est simple : discréditer la vraie gauche, la gauche de gauche, et associer le plus possible gauche véritable et ultra-gauche, et ultra-gauche avec terrorisme.

La poignée de crétins qui, semble-t-il, jouissait d’immobiliser les TGV en sabotant les caténaires donne aux tenants de cette logique une excellente occasion d’avancer leurs pions. D’où une couverture du journal (« L’ultra-gauche déraille ») suivie de deux pages intérieures vaguement démarquées de la thèse du ministre de l’Intérieur : « Ultra-gauche, mouvance anarcho-autonome », avec un éditorial qui, discrètement, tout de même, recourt au conditionnel. On ne sait jamais...

La bande de rigolos qui croit contribuer à l’avènement du grand soir en stoppant cent soixante TGV pense avec autant de profondeur que Michèle Alliot-Marie. Car ces actes d’adolescents attardés produisent : d’une part, un réel désagrément de centaines de milliers d’usagers qui ne sont pas tous des capitalistes se dirigeant vers la Côte d’Azur pour y dépenser les bénéfices gagnés dans leurs entreprises mais aussi, et souvent, et surtout, des gens qui travaillent et, pour ce faire, doivent se déplacer ; d’autre part, une justification de l’augmentation du déploiement de la police, de l’armée, des contrôles, de la présence d’hommes et de femmes armés et en uniformes, autrement dit, d’un dispositif sécuritaire qui fait la joie du gouvernement...

Que ces demeurés se réclament de l’anarchisme et de l’anarcho-syndicalisme s’ils le souhaitent. Mais qu’alors ils lisent Émile Pouget et son petit livre intitulé Le Sabotage. Ils y trouveront un manuel de luddisme (lutter contre la tyrannie des machines), de sabotage, d’obstructionnisme (respecter à la lettre le règlement et ralentir ainsi la production), de combat par « la méthode de la bouche ouverte » (révéler ce que l’on sait des malversations du patron) mais porté par une éthique très simple : il s’agit en effet d’inviter au sabotage, mais toujours dans la mesure où il est préjudiciable au patron, jamais aux employés, aux usagers, aux consommateurs. Pouget explique que fabriquer du pain avec des morceaux de verre ne s’apparente pas au sabotage, pas plus que substituer un produit dangereux ou mortel à une substance qui soigne quand on est préparateur en pharmacie. L’éthique du sabotage ? « Il vise à améliorer les conditions sociales des foules ouvrières et à les libérer de l’exploitation qui les étreint et les écrase. »

J’appelle sabotage négatif celui qui se révèle préjudiciable aux usagers, aux consommateurs et pas au patronat. Et sabotage positif celui qui, à l’inverse, « vise le patronat à la caisse », selon l’expression de Pouget, et fait le bonheur des usagers. Qu’on invente des formes modernes de luttes qui permettent, par exemple, de transformer les grèves en fêtes gratuites pendant lesquelles on voyagerait sans billets. Ou qu’on défende la gratuité des transports en commun – ce à quoi je souscris. À quoi servent, sinon, les impôts ?

Michel Onfray
Siné hebdo – n° 11 – mercredi 19 novembre 2008




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