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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Annie Stasse
Le camp des "protests" en Thailande
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C’est le 18 octobre 2008 qu’ils ont été délogés de l’avenue Si Ayutaya, artère importante de Bangkok. Tous les taxis ou tuk tuk qui ne doivent pas trop s’occuper des informations de leur pays arrivaient devant la barrière de fils barbelés en rouspétant, puis devaient faire un grand détour.

Le 15 octobre 2008 j’arrive devant une vingtaine de flics assis paisiblement dans des fauteuils, parlant et rigolant entre eux, derrière une rangée de fils barbelés. Je leur montre mon appareil photo avant de m’avancer : ils sont demandeurs de photos d’eux-mêmes. Par une ouverture entre deux tas de pneus, l’un orné d’une rose fanée, je pénètre dans le périmètre qui contient le Ministère de la culture, le siège du gouvernement et le poste municipal de police. Tout autour des cars de flics stationnés et quelques estafettes. Sur le trottoir un petit marché alimentaire où se trouvent des stands de la panoplie du bon flic : casquettes, bottes, insignes de décorations, vestes gris-vert, casques, ainsi que les tenues de sortie en noir-chic. Au bout de ce périmètre, derrière plusieurs déploiements de barbelés se profilent les grandes tentes du sitting.

Le lendemain du délogement plus rien n’y parait sinon quelques barbelés poussés dans un coin. Mais quand j’avance, je découvre que les protestataires tiennent toujours un immense périmètre. Pour y accéder il faut passer pénétrer une première rangée de pneus où se tiennent des gardiens qui font ouvrir les sacs, 10 mètres plus loin une deuxième rangée de pneus renforcée par des centaines de packs d’eau. Là est l’entrée. Je crois arriver sur une foire-expo : des allées remplies de stands à perte de vue de face et de gauche ou les Thaï déambulent. Je cherche le coin des politiques. Je finis par trouver le camp retranché contenant les différents niveaux : passants, militants, responsables, chefs politiques . La encore, partout des packs d’eau sont entassés sur plusieurs dizaines de mètres, et font comme des séparations entre chaque secteur.

Les campements sont sous bâches plastique, quelques matelas ou ce qui en tient lieu, les uns allongés les autres assis, on ne tient pas debout. Plus loin une télévision devant des sièges plastique, diffuse en boucle des discours politique et des affrontements avec la police où les nuages de gaz lacrymogène cachent les scènes qui à l’occasion se montrent violentes et sanglantes. Un peu partout d’autres postes de télévision devant d’autres bancs où les intéressés s’asseyent pour écouter et regarder attentivement. Des photos témoignant de violences sanguinaires sont exposées à côtés de caricatures d’hommes politiques.

En s’avançant on découvre des cuisines où chacun s’active à la préparation ou la distribution de nourriture. Des monceaux de sacs de 50 kg de riz, d’autres monceaux d’autres réserves de nourriture. Ils ont de quoi tenir encore longtemps.

En pénétrant dans l’arrière du camp, qui est derrière une porte ouverte et entoure de murs, on découvre un périmètre de tentes individuelles que je suppose réservé aux responsables et chefs politiques du sit-in.

Les couleurs des teeshirts ou drapeaux de chaque parti sont : jaune pour le parti démocratique - le jaune étant aussi la couleur du roi -, la couleur de soutien a Thaksin est rouge.

Ils sont là depuis le 25 mai 2008, soit 145 jours.

Quelques faits historiques récents :

- 19 septembre 2006 - Coup d’Etat militaire alors que le Premier ministre Thaksin Shinawatra est à l’Assemblée générale des Nations unies. Le général à la retraite Surayud Chulanont est nommé premier ministre en octobre.

- 31 décembre 2006 – Une série d’attentat à la bombe non revendiqués à Bangkok tue trois personnes.

- Avril 2006 - Un premier projet d’une nouvelle constitution est approuvé par un comité nommé par l’administration militaire.

- mai 2007 - Le parti Thai Rak Thai parti forme par Thaksin en 1998, dissout par decision constitutionnelle le 30 mai 2007 est interdit. Des milliers de soldats sont mis en alerte.

- Août 2007 - Les électeurs approuvent par référendum une nouvelle constitution rédigée par les militaires.

- Décembre 2007 - Des élections générales marquent la première étape importante vers un retour à un régime civil. Le Parti du pouvoir du peuple (PPP), considéré comme la réincarnation du Thai Rak Thai (les Thaïlandais aiment lesThaïlandais) de Thaksin remporte le plus de voix.

- Janvier 2008 - Un parlement élu se réunit pour la première fois depuis que les militaires ont pris le pouvoir en septembre 2006.

- Février 2008 - Retour au régime civil. Samak Sundaravej est nommé premier ministre.

- 2 septembre 2008 - Le premier ministre déclare l’état d’urgence

- 2 septembre 2008 - Après les affrontements entre manifestants pro gouvernement et les protestataires anti-gouvernement du PAD l’Alliance du Peuple pour la Démocratie (People Alliance for Democracy) - qui a du mal a trouver sa place d’opposant comme dans tout régime démocratique -, le premier ministre déclare l’état d’urgence. Les bagarres de la nuit précédente ont fait un mort et des douzaines blessés. Les militaires disposent désormais directement des pouvoirs de police et c’est le général Anupong Paojinda, chef de l’armée qui se retrouve en charge de la sécurité.

- fin octobre 2008 - Thaksin est interdit de séjour au Royaume Uni (GB), il doit trouver un autre pays d’accueil

- debut novembre 2008 - Thaksin s’adresse par telephone à 90 000 supporters rassemble dans le stade Rajamangala à Bangkok

Les quotidiens en anglais - Bangkok Post et The nation - sont remplis chaque jour des controverses entre hommes politiques sur les moyens de résoudre la crise qui dure ; le scandale des morts et des blesses agite les consciences sans résultats concrets - à ce jour - et des demandes en réparations ou non pour les familles.




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