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Divergences, Revue libertaire internationale en ligne
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Jean Luc DEBRY
Le socialisme selon Marx, par Michel Henry,
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Sulliver, 2008,
101 p., 13 €

Les éditions Sulliver, auxquelles il faudrait rendre hommage pour l’ensemble des titres présentés dans leur catalogue, viennent de rééditer trois petits textes de Michel Henry. Introduction à la pensée de Marx (1969), La vie, la mort : Marx et le marxisme (1984), Forces productives et subjectivité (1974), forment en effet un ensemble cohérent qui prépare à la lecture de l’œuvre majeure de Michel Henry simplement intitulée : Marx I Une philosophie de la réalité et Marx II Une philosophie de l’économie, (1976). Dans une note de lecture parue dans Gavroche n° 153, nous vous avions présenté, lors de la publication d’Entretiens, toujours chez Sulliver, ce philosophe atypique et iconoclaste dont la pensée demeure vivante des années après sa disparition en 2002.

Pour Michel Henry « le marxisme fait écran entre Marx et nous », et il ajoute que l’auteur du Capital et des Manuscrits de 44 n’a aucun rapport avec le marxisme, seul responsable du désastre que l’on sait, laissant à Lénine, Trotski, Staline et Mao la responsabilité des conséquences spirituelles et morales d’avoir construit l’idéologie marxiste et le monde à la lumière de cette idéologie. Il propose de façon convaincante et rafraîchissant de remonter aux sources, non pas à la façon d’Althusser pour consolider un dogme enfermant dans sa gangue idéologique mortifère une pensée vivante, mais plutôt à la façon d’un Maximilien Rubel, auquel d’ailleurs il rend hommage.

Michel Henry n’est pas de ceux qui écartent l’œuvre du jeune Marx (1840- 1846) pour ne retenir et sacraliser les œuvres dites de la maturité. Ce philosophe, fin connaisseur de Hegel et de Feuerbach, rend hommage aux œuvres des années 1840, notamment à L’idéologie Allemande. Il nous invite en somme « à lire Marx pour la première fois ». Et d’insister, à juste titre, sur les racines "vivantes” de l’œuvre de Marx. Pour autant, lorsqu’il tend à présenter les catégories sociales comme une simple addition d’individus dont leur habitus détermine ceux de leur classe, et non l’inverse, semble vouloir réduire ces catégories à des comportements individuels, on peut avoir envie d’ouvrir une polémique et trouver ce raccourci fort discutable.

En revanche, son développement à propos du divorce entre procès de production et procès de travail, est extrêmement instructif, subtil et plein d’enseignement, à méditer. Par ailleurs sa présentation de l’individu social autour duquel s’articule sa réflexion sur le socialisme, société d’abondance et de liberté, dans lequel la praxis n’est plus occupée à la production et au terme duquel la surabondance ne signifie pas en fin de compte autre chose que la liberté de la praxis » ouvre des perspectives qui, dans l’état de profond découragement où nous nous trouvons parfois en ces temps de contre-réforme, ne peuvent pas nous laisser indifférent.

Jean Luc DEBRY




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