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10 ans de Promedios
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Bastien rentre d’un séjour au Mexique où il était convié pour fêter l’anniversaire des 10 premières années de Promedios. Quel bilan tirer de cette décennie de vidéo zapatiste ?

- Bonjour Bastien. Pourrais-tu revenir un peu sur la génèse de Promedios et son évolution au cours de ces 10 années ?

Promedios est une association née en 1998 - aux USA puis au Mexique - d’un besoin des zapatistes : on veut communiquer, mais on veut le faire nous-même. Promedios s’échine donc à offrir matériels et formations vidéo. Depuis 2002 nous relayons avec une asso créée ici (Promedios France), les films ainsi réalisés par les zapatistes. Concrétement, on traduit, on sous-titre, on organise des projections et des débats et on a finit par établir un réseau de vente des DVD dont les bénéfices sont remis aux Conseils de Bon Gouvernement. Nous avons à notre actif une tournée en salles de cinéma (mai-juin 2006) mais aussi des projections... en Palestine (novembre 2007). D’autres initiatives ont lieu ailleurs en Europe, Italie, Allemagne, Espagne, chaque asso travaillant de manière autonome.

- Les festivités liées à l’anniversaire de Promedios ont été annulées, pour quelles raisons ? est-ce à cause des tensions qui secouent actuellement le Chiapas ?

Hé oui.. Les rencontres, ateliers, débats initialement prévues avec les vidéastes zapatistes ont été annulées deux jours avant notre départ. Nous avons hésité à partir. Finalement c’est sur place qu’on s’est rendu compte de la gravité de la situation : tentatives d’expulsion de certains villages, harcèlement policier, hausse de l’activité dans les casernes militaires du coin... ça sent la guerre. ! Du coup, impossible que les vidéastes locaux passent du temps ailleurs qu’à exercer vigilance et présence pour filmer et témoigner en cas d’attaque. Et puis c’était peu sûr d’organiser un évènement avec 100 à 150 personnes, surtout des étrangers. Tous les gens travaillant avec Promedios autour du monde étaient conviés - tous ne seraient pas venus, billet d’avion oblige - pour fêter les 10 dernières années et mettre en chantier les questions liées au futur de l’asso.

- C’est à dire ?

Promedios n’est pas une ONG qui soutien les zapatistes, mais une émanation des zapatistes eux-mêmes ; l’autonomie de l’activité doit perdurer et pour cela l’association doit être gérée directement par les conseils de bon gouvernement, ce qui n’est pas encore tout à fait le cas à l’heure actuelle. C’est un projet de communication autonome populaire, dont les tentatives sont nombreuses en Amérique Latine (pour ce qui de la vidéo, voir par exemple ce que font le CLACPI – Collectif Latino-Américain de Cinéma des Peuples Indigènes – et Ojo de Agua à Oaxaca). Promedios, c’est du Do It Yourself, mais version paysanne, vidéo et indigène…

- Quels ont été tes rapports avec les gens que tu as rencontrés ? Dans quel état d’esprit les as-tu trouvés ? Comment ressentent-ils la situation actuelles et quelles sont leurs perspectives ?

A San Cristobal, puisque nous ne sommes pas allés dans les caracols comme c’était prévu, les analyses vont bon train, et tout le monde s’accorde à dire que la situation n’a jamais été aussi proche de la guerre. L’annulation des rencontres et festivités de l’anniversaire de Promedios a suscité pas mal de déstabilisation, et du coup pas mal de craintes. Une compagnie de clowns a également dû annuler les représentations qu’elle devait donner dans les caracols.
Moi je suis allé deux jours au caracol de Roberto Barrios, avec notamment un camarade du CSPCL, pour remettre l’argent de la vente du café Mut’Vitz, et là ça a été encore plus dur pour nous : là où l’an dernier il y avait deux bonnes heures de route et de piste pour aller à Roberto Barrios, il ne faut aujourd’hui que 30 minutes : une immense route bitumée passe juste devant le caracol ; un pont permet même de franchir le fleuve qu’on traversait à gué.

- La contre-insurrection gouvernementale ne prend pas que des formes militaires ?

Exactement. Il y a des formes « civiles » de faire la guerre, ou tout au moins de la préparer. Comme monter les gens les uns contre les autres, harceler constamment (tirer des coups de feu en l’air voire blesser et tuer, emprisonner, ou tout simplement menacer et insulter), et construire des routes permettant aux militaires d’intervenir rapidement là où ils veulent. Le film « La terre est à ceux qui la travaillent ! » montre justement des émissaires gouvernementaux qui tentent pitoyablement de récupérer des terres à Bolon Ajaw, près des cascades d’Agua Azul, convoitées par l’industrie touristique, dans la zone de Roberto Barrios. C’est là qu’ont lieu les plus graves incidents de ces dernières semaines.

- Puisque tu parles du café Mut’Vitz, les ventes à l’étranger ont elles un impact important et des retombées conséquentes pour les populations qui le cultivent ?

La vente du café des coopératives zapatistes (et pas seulement celui de Mut’Vitz) a des retombée non seulement pour les producteurs de café mais pour l’ensemble des communautés zapatistes. Le café est en effet payé aux producteurs (à travers les coopératives) à un prix supérieur à celui du marché (1,90 dollar la livre cette année). Mais surtout l’intégralité des bénéfices est ensuite reversée aux Conseils de Bon gouvernement, les autorités zapatistes. Il est ensuite utilisé pour différents programmes en fonction des nécessités. Par exemple, cette année, le conseil de bon gouvernement de Morelia a décidé d’utiliser l’argent que nous avons remis en février pour construire des écoles et améliorer celles existantes dans les différents municipes autonomes.

- Merci pour le temps consacré à cet entretien.


Liens :

http://promediosfr.free.fr/

www.clacpi.org

www.laneta.apc.org/ojodeagua

« La terre est à ceux qui la travaillent ! » :
http://chiapas.indymedia.org/display.php3?article_id=144005&keyword=&phrase=




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