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Pierre Sommermeyer
La Chine en Afrique
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« Le président de la République populaire de Chine Hu Jintao s’est efforcé de minimiser la distance entre son pays et l’Afrique par huit visites d’État. C’est son premier déplacement outre-mer en 2007 et son troisième en Afrique depuis qu’il a accédé à la présidence ».

C’est en ces termes que le site officiel de la présence chinoise en Afrique, chinafrique.com, en présente la « coopération tous azimut ». Ce qui est certain c’est que cela montre bien l’importance que ce continent représente pour la Chine. Ce pays a un gros avantage aux yeux des Africains, il n’est lié en aucune sorte au colonialisme, s’il fut présent sur les côtes orientale du continent ce fut bien avant l’arrivée des Portugais. En plus le Chinois est coloré, donc il est différent du blanc, incolore par définition. Enfin, en aucune façon, les Chinois n’apparaissent comme des donneurs de leçon. La façon dont les Africains se gouvernent est leur problème. La Chine veut juste faire des affaires. Si la coopération sino-africaine est efficace tout le monde y gagnera. Cela correspond-t il à la réalité ? C’est à voir.

La Chine et la Zambie

Lors de son passage en Zambie, début février 2008, le président chinois Hu a déclaré que les relations entre la Chine et la Zambie représentent « une nouvelle forme de partenariat stratégique ». Pourtant l’accueil ne fut pas aussi chaleureux que le voudrait le discours officiel. Selon la presse locale il y aurait eu plus de réclamations que d’acclamations. Un mois avant son arrivée, une usine chinoise de textile venait de fermer laissant un millier d’ouvriers sur le carreau. Son utilité devenant nulle du fait des nouveaux intérêts chinois pour tout ce qui concerne l’extraction de minerai et autres ressources naturelles d’une part et l’arrivée en masse de bien de consommation courante, donc du textile à des prix subventionnés.

Mais cela n’est qu’un à coté de l’arrivée de la puissance chinoise dans ce pays. Dans les cinq années qui viennent cinquante compagnies chinoises prévoient d’investir plus de 8O0 millions de dollars dans zone détaxée en Zambie située dans la ceinture du cuivre à 420 km au nord de Lusaka, la capitale. Ces investissements permettront au pouvoir zambien de construire des routes de développer les télécommunications comme la distribution de l’eau.

Le ressentiment de la population zambienne

Les choses ne se passent pas toujours comme on voudrait. Cette présence massive devient insupportable, semble t il. La présence croissante des chinois en Zambie est à l’origine de l’offensive de l’opposition politique accusant le pouvoir zambien de favoriser l’exploitation croissante de la main d’oeuvre locale.

Cette hostilité est si forte que le président chinois a abandonné les plans de lancement d’une fonderie dans une mine de cuivre appartenant aux Chinois d’un montant de 200 millions de dollars à cause de la colère des mineurs face aux conditions de travail.

Pour Lui Peng, patron de la plus grande entreprise de construction chinoise en Zambie, l’avantage d’importer de la main d’ouvre de Chine est préférable que d’avoir des ouvriers africains qui sont comme les Anglais, ils veulent des poses-thé et un grand nombre de jours de congés, ce qui signifie un plus grand coût.

Largement méconnu aux Etats unis et en Europe ces protestations révèlent le ressentiment croissant créé par l’importation de main d’œuvre chinoise dans cette Afrique ravagée par la pauvreté et le chômage. Insensiblement des immigrants chinois à bas salaires sont débarqués par bateaux vers des chantiers de grande ampleur comme des filatures ou des mines à travers le continent africain. Si l’on ne sait pas encore quels sont les chiffres, les économistes avancent qu’ils sont déjà plusieurs dizaines de milliers en Zambie. Il semble bien que cette attitude de venir avec leurs ouvriers soit partagée par la plupart des entreprises chinoises qui ont obtenu des contrats liés aux investissements et subventions chinois.

Ce qui fait dire au ministre zambien du commerce et d’industrie : « Il y a des travailleurs chinois qui poussent la brouette. Ce n’est pas le type d’investissement dont nous avons besoin. Je comprends qu’il y a un milliard 200 millions de Chinois mais ce n’est pas une raison pour les envoyer en Afrique. Nous devons prendre cela en compte pour ne pas nous retrouver avec la situation des Indiens en Uganda. S’il s’agit juste d’échanger nos ressources contre des produits bon marché et des travailleurs ce ne sera pas à notre bénéfice ». Il défend aussi l’idée que son gouvernement avait tort d’avoir ignoré ce ressentiment croissant.
Un dicton actuel zambien dit « nous avons déjà eu des gens mauvais avant, le blanc était mauvais, les Indiens furent pires, mais les Chinois sont les plus méchant de tous »

Des secteurs du gouvernement chinois travaillent dur à perfectionner l’industrie d’exportation massive d’humains vers des pays comme la Zambie. S’il peut sembler non efficace d’exporter des centaines de milliers de travailleurs chinois, il apparaît que pour les entreprises chinoises avoir des ouvriers, qui ne soient pas soumis aux règles locales de travail et de salaire et qui ayant peur d’être renvoyé en Chine en cas d’indiscipline syndicale ou tout autre activité non « légale »par exemple, est tout à fait rentable.

La Chine au Sénégal

La Henan Chine est une entreprise de travaux publics installée au Sénégal. Laissons la parole à un blog consacré à ce pays : « Esclavage et exploitation, tels sont les mots employés par l’entreprise Henan Chine. "Les ouvriers vivent une misère" disent les syndicalistes de l’entreprise. L’entreprise semble faire peu de cas des droits des travailleurs. Les entreprises chinoises ont la réputation de travailler vite et pas cher. Mais cela a un prix qu’il faut bien que quelqu’un paye. En l’occurrence les ouvriers. "Pour un travail de 12 heures/jour ces ouvriers gagnent un salaire de 325 ou 375 Francscfa de l’heure (environ un demi euros), sans majoration en ce qui concerne les heures supplémentaires effectuées." affirment les employés qui rajoutent : que les jours fériés ne sont pas rémunérés, les cotisations sociales dues à l’IPRES ne sont pas versées bien que retenues sur les salaires.Les Chinois présentés comme de véritables Pères Noël de la coopération n’ont pas la réputation d’être des philanthropes et n’en sont pas. Je ne vois pas très bien pourquoi ils traiteraient mieux les ouvriers sénégalais que les ouvriers chinois. »

La Chine en Guinée équatoriale

L’exploitation n’est pas réservée aux seul Africains. Fin mars 2008, une émeute a eu lieu, dans ce pays d’Afrique, rassemblant 200 travailleurs chinois. L’armée locale a fait feu et deux d’entre eux on été tués et quatre blessés. Que s’est il passé ? On a peu de détails sur l’affaire. D’un côté comme de l’autre la publicité n’est pas désirée. Il semblerait qu’il y ait eu une grève qui aurait entraîné un affrontement violent avec d’autres travailleurs chinois qui travaillaient pour d’autres entreprises de travaux public. Ces grévistes ont été renvoyés immédiatement dans leur pays. Mais les jours suivants 200 nouveaux travailleurs les remplaceront sans perdre de temps.

La Chine au Nigeria

Pour les « pirates du delta », ces guérilleros nigérians qui luttent contre les multinationales qui exploitent les champs pétrolifères dans les eaux territoriales du Nigeria, il n’y a pas de différence entre les uns et les autres. Fin janvier, ils ont kidnappés trois employés chinois dans les locaux du plus gros trust pétrolier chinois, la Chinese National Petroleum Company, présent comme bien d’autres multinationales dans cette région du globe. Sept autres sont portés disparus. Ils seront de retour onze jours plus tard. En général les otages sont relâchés après paiement d’une rançon. Au même moment cinq ingénieurs des télécoms chinois avaient été libérés.

Et en Namibie, d’autres…

L’année dernière une entreprise de textile appartenant à un groupe malaisien Ramatex a importé un grand nombre d’ouvriers bengladi pour travailler là. Ce groupe avait passé un accord pour son implantation en promettant d’embaucher 8000 ouvriers sur place. En fait au lieu de tenir sa promesse, Ramatex en a fait venir environ 2000 d’Asie, la plupart du Bangladesh. Ils avaient été recrutés par des entreprises de travail temporaire.

Ces travailleurs migrants furent soumis à une ségrégation à l’envers. les contacts avec la population locale leur étaient interdits. Pour obtenir cet emploi, ils avaient du s’engager à rembourser les frais de transports. Etant donné leurs très faibles salaires ils risquaient d’être liés à jamais à leur employeur par un système de dette permanente et renouvelable. Quand certains d’entre eux protestèrent, il furent immédiatement licenciés et renvoyé chez eux. Les travailleurs namibiens qui furent embauchés étaient essentiellement des femmes. Elles furent obligées de passer un test de grossesse, le patron chinois n’étant pas à une insulte près leur en fit payer les frais. Tricherie sur les salaires, heures supplémentaires non payées, licenciement illégaux poussèrent ces travailleurs du textile à la grève. Ils furent battus et mis à la porte. Conséquence de ce mouvement social, Ramtex a fermé ses usines et les a transféré en Chine, pays du capitalisme libre.

Pour ne pas en finir avec cela

A la lecture de tous ces faits on peut se demander pourquoi notre presse n’en fait pas état. La plupart des informations qui sont dans cet article ont été trouvées sur le net, elles sont donc accessibles à quiconque est un peu curieux. Elles ont en commun de n’être que peu rentable d’un point de vue médiatique. Ce sont des histoires d’ouvriers, exploités comme il y en a beaucoup partout. Pas de quoi en faire un fromage. Comme cela concerne que des noirs et des jaunes, peut être le racisme sournois, basique n’est il pas loin. Noirs, jaunes, blancs, rouges, nous sommes tous ensemble dans la galère de la mondialisation, à nous de ne pas l’oublier.

Pierre Sommermeyer




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