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Dark Enlightenment.
L’ombre des Lumières au pays du bitcoin souverain

La langue anglais aime le dark (Dark Vador, l’ange déchu sur une musique parfaitement rodée) ) et le black (black is black, la tautologie parfaite). La position de l’adjectif avant le mot qualifié renforce la noirceur. Ce n’est pas une question poétique du type Soleil Noir, mais l’ombre portée d’une doctrine fondamentale de notre destin occidental. Sans objet et sans lumière, il n’y a pas d’ombre.

Un peu d’Enlightenment

Traductions

Le français privilégie les Lumières en opposition à la scolastique et aux pesanteurs cléricales dominantes.

Kant donne une définition précise de Aufklärung : « L’Aufklärung, c’est la sortie de l’homme hors de l’état de minorité dont il est lui-même responsable. L’état de minorité est l’incapacité de se servir de son entendement sans la conduite d’un autre. On est soi-même responsable de cet état de minorité quand la cause tient non pas à une insuffisance de l’entendement mais à une insuffisance de la résolution et du courage de s’en servir sans la conduite d’un autre. Sapere aude ! [Ose savoir !] Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Voilà la devise de l’Aufklärung ».

L’anglais Enlightenment s’appuie sur les notions d’éclaircissement, de lumière et de de culture.

En espagnol on retrouve l’idée de d’éclairage (aclaracion, par exemple éclaire ma lanterne) avec en plus une dimension spirituelle proche du bouddhisme ou de l’hindouisme : iluminacion.

En russe prosvetleniye a aussi une dimension sprituelle, new âge en langue vernaculaire.

Les idées fortes des Lumières

Les Lumières s’étalent entre le XVIIème et XVIIIème siècles européens,

Les piliers de ce courant de pensée
  1. Priorité à la réalité humaine, au réel au détriment ses spéculations métaphysiques. L’homme et l’aventure humaine occupent les penseurs. Tous les champs sont explorés, mais les productions diffèrent d’un auteur à l’autre et selon les pays.
  2. L’anthropologie prend elle devant de la scène philosophique. Kant y consacre un opus entier.
  3. Un nouveau rationalisme se détache de celui de Descartes. La transcendance n’est plus le lieu exclusif de la cause première.
  4. La foi est exclue du savoir. Émerge ainsi avec l’anthropologie une intelligibilisation du monde.
  5. Le réel devient rationnel avant Hegel.
  6. Le matérialisme revient en force. Marx fait sa thèse sur Démocrite, le fondateur du matérialisme pré-socratique. La Mettrie et d’Holbach enfoncent des idées parfois sacrilèges dans les esprits.
Les conséquences et les acquis
  1. Voltaire fait le procès de la métaphysique et il déchaîne des débats fiévreux dans les cours européennes.
  2. Le Moi prend une nouvelle et radicale dimension. Le corps n’est plus un tombeau et l’âme pâtit de vigueurs souvent libertines.
  3. Le progrès est dans toutes les têtes perruquées et poudrées. Le progrès est la désaliénation de l’homme.
  4. Introduction de plusieurs paradigmes de notre culture :
     La perfectibilité de l’homme avec comme conséquence une importance nouvelle et fondamentale à l’histoire comme théâtre des opérations de la libération de l’homme.
     L’anthropodicée met en avant le Moi inaugurant l’ère de l’individualisme. Stirner se révèle un kantien radical ce qui explique son anti-hegelianisme qui causera des vapeurs au jeune Marx corseté dans l’holisme pré-révolutionnaire. On peut reprendre la formule " Je serai ce que je serais " comme tranposition de l’homme comme dieu sécularisé.
  5. La confiance dans la nature humaine auto-produite induit la philanthropie laquelle oblige à concevoir une doctrine puissante du droit différente du droit naturel qui a tenu le haut du pavé juridique pendant des siècles. L’opposition droit public / droit civil devient un pivot de la doctrine. Rousseau caractérise la conscience comme " un instinct divin ", ce qui lui attribue une puissance morale non sans risque holistique.
  6. L’humanisme obligé développe une doctrine de l’État comme agent social et politique.
  7. La liberté s’inscrit dans les gènes de la pensée des Lumières. La Révolution Française a des accents post-kantiens. L’homme n’est libre que sous et par la loi (Montesquieu).
  8. Le progrès mène au Bonheur et à l’Éden sur terre (Buffon). La fabrication du nouveau citoyen passe par l’éducation (La Nouvelle Héloïse, Werner deux best-sellers intemporels, du moins jusqu’à l’inculture actuelle.)
Les faiblesses
  1. On trouve un mélange de scientisme et d’une forme d’enchantement mythique. Certains y voient un idéalisme et une impasse.
  2. La réalité reste cantonnée aux élites éduquées qui deviennent progressivement le fer de lance de révolution à venir.
  3. L’extension poétique et narcissique du Moi mène au romantisme (Strum und Drang dérivé du l’Empfindsamkeit un sentimentalisme exacerbé) et à ses dérives. Le romantisme allemand mélange sentiments, esthétique et nostalgie. Tous les arts en toute l’Europe sont touchés par le tsunami. Ce courant marque d’un sceau imprescriptible la musique, par exemple, qui atteint des sommets orchestraux vertigineux (jusqu’à mille exécutants avec canon : Berlioz). Le post-romantisme perdure. Il correspond à la révolution industrielle dont le penchant au gigantisme écrase le baroque et le classicisme
  4. La dénaturation de l’homme encourage la coupure avec la nature (Les montagnes sont des monstres par Rousseau condamné à franchir régulièrement les Alpes à pieds). Le développement économie frémissant s’appuie sur la dénaturation et la profanation du monde naissantes.
  5. L’ambiguïté du lien entre Liberté, Loi, État conduira aux pires extrémités politiques.
  6. La glorification des sentiments et des passions réveillent des démons maçonniques ou des extravagances piétistes, ésotériques (Swendenborg et un peu Balzac dans Séraphita). L’anticléricalisme mondain règne dans les milieux avertis.
  7. Il est possible de qualifier cette période d’illuminisme tant elle déborde dans toutes les directions.

Le Dark Enlightenment.

L’impossible traduction.

En effet, traduire dark Enlightenment soulève quelques difficultés.

  1. D’abord, comme nous le verrons, il n’est à une opposition systématique et symétrique à son ainé. Anti-Lumières ou contre-Lumières ne conviennent pas.
  2. Lumières noires ou sombres évoquent la poésie ou l’astronomie (trou noir). Le Dark E. n’est pas satanique, il ne fait pas l’apologie de la noirceur.
  3. Néo-réaction (NRx) ne met pas en évidence l’aspect de changement radical révolutionnaire.
  4. L’anti-démocratie serait un contresens ; le D.E se vaut une hyper-démocratie dédiée à la puissance individuelle et universelle.
  5. Néo-fascisme oublie l’anti-étatisme viscéral du D.E.
  6. Hyper-conservatisme nie l’aspect essentiel du D.E tourné vers la domination du présent à partir du vision radicale du futur.
  7. Libéralisme absolu s’approche le plus du D.E, mais Il apparaît dans un contexte historique précis et géocentré (USA) magnant le protectionnisme avec dextérité enraciné sur une domination Tech sans pareille. Le slogan América First résume la contradiction interne du libéralisme américain.
  8. Le D.E s’apparente au libertarianisme dont il diffère pourtant par bien des aspects. D’ailleurs, ces deux courants spécifiquement américains révulsent les bonnes âmes européennes enkystées dans le jacobinisme et la protection sociale de l’individu : les deux ennemis fondamentaux du D.E.

La traduction littérale me paraît inadaptée. Pour ma part, j’y vois une figure majeure
du néoTotalitarisme dont les préceptes états-uniens se répandent dans en Europe par un travail de sape souterrain.

Le D.E comme fusion nucléaire de la pensée totalitaire.

Le Dark s’appuie sur les fondements de l’ Enlightenment dont Il retourne, détourne et transmute des idées principales.

L’héritage européen et théorie D.E

La pensée politique américaine, parfaitement décrite par Tocqueville, a pris lentement son indépendance en raison de la bêtise des élites européennes nombrilistes, euro-centrées, coloniales et dominatrices. Le renversement commence au moment de la première guerre mondiale avec l’arrivée des troupes américaines sur le territoire européen. La puissance de l’industrie fascine les esprits, le chewing-gum séduit et Charlot fait rire. La doctrine gramscienne de la conquête par la culture fonctionne. Mais quand la bise fut venue, l’occupant s’accrocha à son rochet (malgré quelques tentations isolationniste). Le Dollar et la consommation devinrent des idoles. (Vaste sujet).

  1. Le D.E considère la liberté incompatible avec la démocratie. Pire encore la "démocratie mène au fascisme." reprend un thème libertarien. Il renverse l’hymne à la liberté par le droit des Lumières. Cela rappelle l’avant-gardisme futuriste italien - la radicalité au service de l’autoritarisme nouveau. La démocratie implique :
     Un formalisme de type rousseauiste : " la volonté générale " domine sans partage.
     La démocratie générant une bureaucratie et des partis qui la captent à leur profits.
     L’idéal des démocrates est de faire perdurer leurs privilèges.
     La démocratie devient un système de castes, un gouvernement réduit et autoritaire de type monarchie absolue.
  2. Le D.E s’appuie sur des " gov-corps " des petites unités rurales ou urbaines pour l’industrie.
  3. La liberté de circulation des néo-citoyens est synonyme de " voter avec ces pieds ". " " No Voice, Free Exit " dans le texte. Cela rapproche le D.E du libertarianisme classique.
  4. Pour le D.E, il ne s’agit pas de limiter le pouvoir de l’État, mais de le privatiser. Le schème organisationnel de D.E se rapproche des sectes puritaines égalitaristes et partisanes de la " démocratie interne ( laver son linge sale en famille), on élit le Bischop (l’évêque ) : Quakers, Anabaptistes, Amish…).
  5. L’orientation économique et politique reposent sur l’efficacité érigée en principe intangible qui traduit une haine de la bureaucratie. Le D.E lutte contre l’État, les institutions intermédiaires et se concentre sur l’individu producteur de lui-même.
  6. Le D.E théorise un " huperracisme "s’appuyant sur la nécessité de la bio-diversité. Une société saine corrige les inégalités et améliore le QI. Le suprématisme blanc affleure chez certains adeptes.
  7. Il n’y a pas de rejet systématique des impôts, toutefois si le néo-citoyen ne trouve pas un retour sur investissement satisfaisant, il doit aller planter sa tente ailleurs. Bref, un nomadisme fiscal et des intérêts personnels.
  8. Comme les Lumières, le Dark Enlightenment se donne comme l’incarnation de l’idéal occidental dont il serait la quintessence contre les vieilleries de l’Europe.
  9. Le D.E se réclame d’une économie pure adossée aux " Techs " les plus avancées. " « À côté de la machine à vitesse, ou du capitalisme industriel, il y a un ralentisseur de plus en plus parfaitement pesant [...] comiquement, la fabrication de ce mécanisme de freinage est proclamée comme un progrès. C’est le grand œuvre de la gauche et dans le “système politique techno-autoritaire” de la Chine et de Singapour."
  10. Le D.E adopte les thèses de l’accélérationnisme (qui n’adhère à pas l’hyperracisme de D.E). La transformation radicale de la société doit venir d’une accélération du capitalisme et des processus qui y sont historiquement associés, plutôt que de son renversement. L’intensification du capitalisme favorise l’idée d’accentuer les tendances autodestructrices du capital, pour en précipiter finalement la chute. Les marxistes ont donc tort de croire à la disparition de l’État et à la dégénération interne du capitalisme. Le capitalisme n’est pas un cannibalisme [1] la transformation radicale de la société doit venir d’une accélération du capitalisme et des processus qui y sont historiquement associés, plutôt que de son renversement. L’accélérationnisme de gauche prétend hâter le « processus d’évolution technologique » au-delà de l’horizon du capitalisme en se réappropriant la technologie moderne dans des buts socialement bénéfiques et émancipateurs. L’accélérationnisme de droite promet l’intensification sans limites du capitalisme lui-même, éventuellement dans l’idée d’amener à une singularité technologique. Donc, il s’agit bien d’utiliser les outils les plus sophistiqués issus de la Tech de la Silicon Valley. Les principaux cerveaux du D.E vivent et créent leurs logiciels dans cet Eden du numérique décomplexé.
  11. La méfiance viscérale de D.E pour le droit en réaction contre les Lumières classiques peut donner à croire qu’il fricote avec les agneaux de l’ ’’ art-right " . Le D.E le plus extrême pencherait vers une doctrine du non-droit et un rejet de l’état de droit comme étant la maladie honteuse de l’occident. L"I.A deviendrait le juge, la Cour d’appel et de Cassation. Les rares avocats programmeraient leurs plaidoiries finalisées ou non par une I.A générative. Quelles économies de temps et d’argent !
  12. La monnaie concentre les critiques de DE, car elle fait l’objet de structures aberrantes (Banques, Bourses …). La cryptomonnaie issue des cerveaux de la Silicon-Thinking est le moyen de court-circuiter la pieuvre monétaire. D.E est la manifestation radicale de B to B ( du business au business). L’entre-soi crypté conquiert de plus en d’adeptes. La Tech favorise les aventures personnelles, mais aussi parvient à conquérir le " marché politique " . Le succès de Trump doit beaucoup au travail de sape de la D.E. D’ailleurs, le progressisme de la Silicon Valley vient de muter, l’ennemi chinois mobilise les fortunes et déplace les enjeux.

Commentaires et discussions.

Commentaires
  1. L’aversion pour le droit n’identifie pas le D.E comme un mouvement fascisant ou passéiste, malgré de sombres raisonnances, qui avaient une conception transcendantale du droit, mais correspond bien à une dégénérescence accélérée et sa résorption dans les " gov-corps " de l’individu maître de son destin. L’homo lupus (Hobbes) a maintenant sa place au Musée Grévin.
  2. La liberté classique cède devant une liberté systémique. Vance dans son discours de Munich a parfaitement renvoyé la vieille Europe à ses fantasmes étatiques.
  3. Le D.E développe une philosophie politique redoutable :
    1. Le territoire traditionnel est radicalement contesté. Le " gov-corps " doit remplacer l’État/Nation qui sévit depuis des siècles. Ces vieilleries issues de la monarchie et de la Révolution française ont parfaitement prouvé leur impuissance à changer de braquet. Sans parler des fleuves de sang qu’elles ont répondus dans le monde entier. Les libertaires doivent être attentifs à ce courant de pensée, car il se rapproche, de loin certes, aux phalanstères et du communalisme. La démocratie directe a donc un redoutable concurrent.
    2. Le D.E constitue le vecteur avant-gardisme du retour à l’Empire qui se profile sous nos yeux. L’atomisation territoriale ou individualiste induit afin de ne pas imploser un partenariat homogène avec un système de concentration : l’EMPIRE. Ce mouvement vient de loin, il peut servir de clé de lecture aux tensions internationales actuelles. Trois empires redressent la tête : USA/RUSSIE/CHINE. L’Europe du morcellement impuissant peut chercher sa puissance dans l’immense poubelle de l’histoire. Les gesticulations et les nombrilismes signent son chant du cygne. Nulles trompettes de Jérico ne fera tomber les murailles des néo-empires entrain de se répartir des zones d’influence.
  4. Ce redéploiement radical n’est possible que par la puissance de la Tech et à son ralliement des élites. Toutefois, la puissance de la Tech peut être considérée comme l’Empire Global, au delà des différences. La philosophie a, depuis deux siècles, déjà pensé cette vision du monde comme état commercial fermé ( Fichte, 1880, traduction fr. 1980)
  5. Certains critiques parlent de techno-monarchisme ( Le Monde). La fragmentation prônée par le D.E n’est pas un néo-féodalisme, mais une utopie rationnelle et totalisante qui rendre parfaite dans le déploiement du néoTotalitairsme dont il est une expression particulièrement préoccupante. Ce n’est pas une néoréaction, mais un Néo-réactionnisme par sa puissance révolutionnaire et ses alliances avec le pouvoir trumpien.
  6. Le D.E développe une pensée gramscienne de conquête des esprits préparant une " auto-coordination " invisible ". La main invisible du Saint-Empire-Numérique (SEN) en cours de déploiement et celui tout aussi radical du Nouvelle Esprit Te chnologique. D’autant que l’informatique Quantique apportera des potentialités Tech imprévisibles.
  7. Les États bureaucratiques et policiers, le capitalisme de surveillance freinent et inhibent la Machination du monde. L’hyper-libéralisme du D.E possède une force internationale, car il s’appuie sur les schèmes de son modèle qu’il veut libérer de ses pesanteurs : démocratie, état de droit…Avec le dépérissement de la démocratie le néo-citoyen devient enfin un sujet, prêt pour une nouvelle individuation. La D.E pense avec les outils des Lumières contre Elle. C’est un inversion radicale.
  8. L’hyperracisme rejette la filiation et la mystique du sang. La génétique nouvelle ouvre des possibilités : l’eugénisme comme compagnon de route du D.E.
  9. Je n’ai pas trouvé de d’allusions à la guerre et à la paix perpétuelle ou non. Simplement, le D.E fustige le patriotisme comme une adoration des vieilles idoles. La libre circulation des personne et idées annulent les adhérences anciennes.
Camarades, encore un effort…
Documentation.

https://legandcontinent.eu/fr/2...

https://fr.wikipedia.org/wiki/Accélérationnisme

lemonde.fr/idees/article/2025/0...

Éléments N°212, pages 55/57 : Rencontre avec le père de la néoréaction : Cutis Yarvin. " Le progressisme tend irrésistiblement vers le chaos. "

NIMH
Traité Néoréactionnaire - PENSER L’ACCÉLÉRATIONNISME, 300 pages
Éditions du Royaume, ex éd. Hétairie

https://lvsl.fr/pourquoi-les-ba...